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lundi 19 septembre 2011

Soutien à l'association Cauri

Survie Gironde participe activement au Collectif Girondin pour le Rwanda, au côté de l'association Cauri. Depuis plus de 15 ans, nous tentons d'informer sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda. Ce rôle, souvent contesté, se retrouve sous une facette judiciaire. En effet, plusieurs personnes accusées de crimes génocidaires par des tribunaux rwandais, résident en France (cf le documentaire "Génocide au Rwanda: des tueurs parmi nous ?", diffusé le 28 juin sur France 2).
L'une de ces personnes a décidé d'attaquer l'association Cauri ainsi que 3 personnes, pour atteinte à la présomption d'innocence.
L'association Survie Gironde sera présente le 27 septembre pour apporter tout son soutien à l'association Cauri.
 
Nous reproduisons ici l'article publié par Cauri sur son blog :
 
Le 27 septembre 2011 à 14 h se tiendra au palais de justice de Bordeaux, le procès intenté par le docteur Sosthène Munyemana pour « atteinte à la présomption d’innocence » contre l’association Cauri et trois membres du Collectif girondin pour le Rwanda.
Ce procès n’est pas un événement isolé. Il s’agit d’une nouvelle péripétie d’une « affaire » qui dure depuis plus de quinze ans. Plus généralement, ce procès est symptomatique du climat qui prévaut en France dès lors qu’il s’agit de juger des faits relevant du génocide des Tutsi du Rwanda. Nous constatons, en effet, que depuis 1995, une vingtaine de plaintes ont été déposées visant des personnes accusées d’avoir participé au génocide de 1994,  mais aucune n’a encore abouti à un procès. A l’inverse, ceux qui doivent se défendre devant les tribunaux, ce sont les rescapé/es, leurs proches et tous ceux qui s’opposent aux discours négationnistes disposant de relais politiques et médiatiques en France… 
Au delà de notre situation particulière, l’issue de ce procès est importante. En effet, concernant cette question du génocide des Tutsi du Rwanda en France, depuis quelques mois, voire quelques années, on assiste à une offensive médiatique et judiciaire de la part des milieux négationnistes. En effet, dans ces cercles, on craint que la normalisation diplomatique entre la France et le Rwanda ne se solde par quelques conséquences judiciaires. Ces personnes nous associent depuis 1994 à un hypothétique « parti de l’étranger », un « cabinet noir » —pour reprendre les propos de Péan — à la solde du régime de Kigali présidé par Paul Kagame. On essaie aussi de faire croire que puisque certains d’entre nous sont des rescapé/es, il s’agirait de « régler des comptes personnels » avec le Docteur Munyemana. Ces manœuvres de diversion nous donnent parfois la nausée mais elles ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel de notre combat : la mémoire des victimes qui sont mortes parce qu’un projet génocidaire a été réalisé par des responsables du Hutu Power rwandais que les  plus hautes autorités civiles et militaires de notre pays n’ont pas arrêtés en 1994 dans leur folle entreprise mais qui, au contraire, ont été soutenus au-delà de l’imaginable.
Nous luttons contre la banalisation de ce génocide sous toutes ses formes, ce qui comporte des risques en France aujourd’hui  ; vous pouvez nous soutenir de différentes manières :
1°) en étant présent/e le jour de l’audience le mardi 27 septembre à 14 h au TGI de Bordeaux ;
2°) en contactant des personnalités et des organisations pour qu’elles nous adressent des messages de soutien demandant notre relaxe devant le tribunal le 27 septembre à Bordeaux
3°) en nous adressant un chèque de soutien à l’ordre de « Cauri » avec la mention « soutien procès »
4°) en signant (et en  faisant connaître) la pétition en ligne sur notre blog 
 
 

Franc CFA et Françafrique : après les billets, par ici la monnaie !

Ce lundi 19 septembre à Bercy, le ministre français des Finances préside la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales de la zone Franc, en présence du ministre de la coopération Henri de Raincourt. Tout un symbole : en pleine crise de la dette et de la monnaie européenne, ceux qui prétendent que la Françafrique n’existe plus ne trouvent rien à redire au maintien d’un de ses principaux mécanismes institutionnels, le contrôle monétaire par le franc CFA.

La semaine dernière, les développements médiatiques autour des « révélations » de Robert Bourgi sont venus une fois de plus étayer les soupçons de corruption de nombreuses personnalités politiques françaises de premier plan, dont l’actuel Président de la République. Mais l’association Survie rappelle que la nébuleuse criminelle de la Françafrique ne se limite pas à des transferts de mallettes de billets, complétés depuis longtemps par des montages sophistiqués dans les paradis fiscaux. Celle-ci repose surtout sur des mécanismes institutionnels tels que le maintien du franc CFA, seul système monétaire colonial ayant survécu à la décolonisation. Les pays de la zone franc n’ont aucune marge de manœuvre en termes de politique monétaire : depuis plus de 50 ans, ces décisions-là nécessitent l’accord de l’ancien colonisateur.

Cette quinzaine de pays monétairement vassalisés sont tenus de déposer la moitié de leurs réserves de changes sur un compte d’opérations au Trésor public français, et le gouvernement français possède toujours la capacité statutaire de contrôler, par son droit de vote et de véto, toutes les instances des banques centrales (BCEAO en Afrique de l’Ouest [1] , BEAC en Afrique centrale et BCC pour les Comores). Il peut donc imposer les grandes orientations monétaires de ces pays, comme cela avait été le cas sous le gouvernement Balladur lors de la dévaluation de 1994, dont les économies africaines ne se sont jamais relevées.
Cette ingérence française est justifiée par l’assurance qu’elle prétend offrir aux marchés financiers, transposition sur le plan monétaire du dogme de la « stabilité politique » qui permet à la France de soutenir les pires despotes du continent, en sous-entendant que ce serait pire sinon...
Elle est aussi présentée comme la garantie d’une prétendue « bonne gouvernance » de ces institutions monétaires ; cela n’a pourtant jamais empêché les dictateurs de se servir dans la caisse, et un câble diplomatique révélé par Wikileaks (09YAOUNDE608) cite un responsable de la BEAC selon lequel l’argent détourné était en partie canalisé « vers les partis politiques français. [...] Des deux côtés, mais surtout à droite, spécialement Chirac et y compris Sarkozy ».

Alors que la crise budgétaire des Etats européens repose la question de la souveraineté monétaire face aux marchés financiers, pratiquement personne ne s’étonne que les pays de la zone franc n’aient jamais eu ce droit souverain face à l’ancienne puissance coloniale : il est pourtant urgent que la France se désengage du système du Franc CFA.
L’association Survie appelle donc celles et ceux qui s’offusquent des livraisons de mallettes de billets de Robert Bourgi à ne pas seulement demander une enquête sur ces faits, mais à exiger un véritable examen de la politique française en Afrique, sur ses volets occultes comme sur ses mécanismes institutionnels, sans hypocrisie ni tabou.


Contact : Stéphanie Dubois de Prisque, chargée de communication stephanie.duboisdeprisque(a)survie.org 01 44 61 03 25

[1] Selon l’économiste togolais Kako Nubukpo, l’autorité de la France a été récemment réaffirmée lors de la création du Comité de Politique Monétaire de la BCAO puisque « le représentant du Trésor Français y a une voix délibérative, alors que le Président de la Commission de l’UEMOA [Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine] n’y détient qu’une voix consultative ! » (http://alternatives-economiques.fr/... )

L'édito de Billets d'Afrique et d'ailleurs (12 Septembre 2011)

Retrouvez ici chaque mois l'édito du mensuel publié par SURVIE :
Billets d'Afrique et d'ailleurs.
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La reconquête 

Drôle de saison 2011 pour l’Afrique, dans le style un pas en avant-deux pas en arrière. L’authentique émergence citoyenne en Tunisie et en Égypte a été éclipsée par les guerres de recolonisation en Côte-d’Ivoire et en Libye. On voudrait nous faire avaler l’ensemble dans un même emballage estampillé « Droits de l’homme » et « démocratie ».
Mais, si l’opinion française, tous partis politiques confondus, s’est laissée prendre à cet amalgame grossier, l’opinion africaine, quasi unanime mais inaudible, ne s’y est pas trompée. Elle qui a vu dans les interventions en Côte- d’Ivoire et en Libye une entreprise de reconquête impérialiste.
La puissance dominante, qu’on l’appelle France, ONU, États-Unis, OTAN, décide souverainement de ce qui relève des « Droits de l’homme » et de ce qui est appelé « démocratie ». Ainsi le grand démocrate Alassane Ouattara peut-il nommer aux plus hauts postes de l’armée ivoirienne des responsables de crime contre l’humanité, comme Martin Kouakou Fofié. Ce chef de guerre est accusé, entre autres atrocités, d’avoir, en juin 2004, lors d’un conflit au sein du mouvement rebelle, enfermé et laissé mourir dans un container cinquante personnes. Ce n’est pas cela, pas plus que la persistance des exécutions extrajudiciaires dans les dernières semaines en Côte-d’Ivoire [1] qui va troubler les agapes ducouple Sarkozy recevant dans leur villa du Cap Nègre le couple Ouattara, qui séjournent en France dans leur villa de Mougins. Ces liens personnels entre un président français et un satellite africain, cette confusion entre l’État et le privé, c’est précisément ce que le candidat Sarkozy avait condamné dans le néocolonialisme gaullien. Il fait pire puisque, dans ce passé censé révolu, c’est Foccart qui assumait cette collusion, et non de Gaulle à Colombey. Quant à la révolte libyenne, dirigée par des ministres de Kadhafi, elle a triomphé grâce aux bombardements et aux fournitures d’armes de certains pays de l’OTAN, la France en tête. Le président du conseil exécutif du CNT (Conseil national de transition), Mahmoud Jibril, qui présidait jusqu’en 2011 le bureau du développement économique national, est un partisan résolu de la privatisation et de la libéralisation de l’économie libyenne. Cette victoire s’accompagne d’un déchaînement d’humiliations, d’exactions, de lynchages et d’assassinats à l’encontre des populations noires vivant en Libye censées être pro-Kadhafi, en fait victimes du racisme des « combattants de la liberté ». On ne décomptera jamais, dans l’info-spectacle, les milliers de disparus dans la fuite éperdue de ces populations en Méditerranée et dans le désert, dégâts collatéraux qui ne pèsent pas lourd face à la récupération du contrôle sur le pétrole libyen.
Pour un tyran abattu, dans des conditions plus que contestables, combien de despotes protégés ? On ne demande pas à la France de faire progresser l’idéal démocratique en bombardant les résidences des présidents africains consacrés par la fraude mais on est en droit d’en attendre au moins un rappel des droits civils et politiques et une restriction des relations avec des potentats qui emprisonnent et tuent leurs opposants, répriment leur population et pillent leur pays.
C’est au contraire la complicité de la France qui va permettre à un parti qui détient le monopole des ressources publiques et a un président installé à perpétuité de se pérenniser le 9 octobre prochain au Cameroun. La France a fourni tout l’arsenal nécessaire à la répression afin de permettre aux multinationales d’exploiter toutes les ressources et tous les services du pays, tandis que la quasi totalité de la population vit dans la misère.
Cette nouvelle forme de colonie, c’est sûrement cela qu’on appelle « démocratie » puisque personne, dans la France politico-médiatique, n’y trouve matière à vertueuse indignation.

Odile Tobner

[1] communiqué de HRW, 5 août 2011

samedi 17 septembre 2011

Affaire Bourgi: derrière les malettes, le pillage de l'Afrique et le nauffrage de notre démocratie

Ce n’est certainement pas une soudaine bonne conscience qui vient de pousser Robert Bourgi à détailler au Journal du Dimanche comment il a transmis pendant des années d’importantes sommes d’argent liquide aux plus hautes autorités de l’État français et à une frange de la classe politique de droite. Quelles que soient les motivations réelles de ces « révélations », elles démontrent plus que jamais la nécessité d’un changement radical dans les relations franco-africaines et d’un assainissement du monde politique et de nos institutions.

L’association Survie lutte depuis plus de 25 ans contre le système françafricain, dont le financement occulte des partis politiques français n’est qu’une facette. Il s’accompagne du pillage des matières premières des pays africains, d’une position quasi monopolistique des entreprises hexagonales sur bien des marchés des anciennes colonies françaises et surtout du soutien à des régimes autoritaires par la diplomatie et les forces armées. La conséquence directe de cette politique est la paupérisation de populations entières qui ne bénéficient pas de l’exploitation des ressources naturelles de leurs pays et subissent depuis les indépendances le joug de régimes soutenus à bout de bras par une diplomatie française complice des détournements et des exactions. S’il restait des naïfs pour y croire, l’image d’Epinal de la France « amie » de l’Afrique qui distille de l’ « aide » au développement en prend une nouvelle fois sérieusement pour son grade.

L’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy va au-delà d’un discours de façade sur une prétendue « rupture avec la Françafrique ».



Le soutien aux putschistes mauritaniens, les félicitations à l’élection frauduleuse d’Ali Bongo, la complaisance passée envers le régime de Ben Ali, mais toujours d’actualité envers ceux de Blaise Compaoré au Burkina Faso, d’Idriss Déby au Tchad ou encore de Denis Sassou Nguesso au Congo Brazzaville et de Paul Biya au Cameroun sont autant de signes que si la forme a peut-être changé, l’essence demeure.



Sous Sarkozy, les interventions françaises au Tchad en 2008, dans le Sahel, et cette année en Côte d’Ivoire et en Libye marquent même un regain dans le volet militaire de la Françafrique.

Au regard de cette continuité, difficile de croire au désintéressement de l’actuel président français, quand tous ses prédécesseurs ont profité d’un système si lucratif. Celui-ci a bel et bien adoubé Robert Bourgi en toute connaissance de cause concernant les agissements occultes de ce fils spirituel de Jacques Foccart et a fait de lui une pièce importante de son réseau de contacts et de négociations parfois occultes avec les chefs d’Etat africains, Omar Bongo en tête, avec lequel Nicolas Sarkozy affichait une proximité confondante.


A l’heure où certains commentateurs, ceux là même qui parfois s’étonnaient que l’on parle encore de Françafrique, s’amuseraient presque de cette « course à la valise » presque aussi « folklorique » et croustillante que les diamants de Bokassa, il est utile de dépasser la cap de l’anecdote. Au-delà des mallettes et des millions d’euros évoqués dans cette affaire, il est utile de rappeler que l’Afrique est victime d’une prédation économique et financière particulièrement sophistiquée. Depuis l’affaire Elf, il est ainsi de notoriété publique que les paradis fiscaux offrent une opacité parfaite pour les transactions occultes. Sur ce plan aucun doute que l’Afrique est bien entrée dans l’Histoire et dans la mondialisation, pour ceux qui se sont permis d’en douter.

Il est également utile de rappeler que cette affaire illustre l’absence totale de contrôle de la politique de la France en Afrique, que ce soit par le Parlement, la société civile et autres contre-pouvoirs. Au-delà des mécanismes institutionnels défaillants il y a aussi le renoncement de beaucoup qui « savent » ou « devinent » et se taisent.

Toute la lumière doit aujourd’hui être faite, en particulier par la Justice, sur les faits mentionnés par Robert Bourgi, Michel de Bonnecorse et les autres acteurs françafricains qui s’affrontent aujourd’hui par déclarations et révélations interposées.

À l’aube de cette nouvelle campagne électorale, Survie réaffirme également la nécessité d’un examen complet de la relation franco-africaine qui pourrait être mené dans le cadre d’une commission d’enquête associant chercheurs, parlementaires, représentants de la société civile et africaines, témoins clés, etc. Contrairement aux travaux précédents, un tel audit devra poser toutes les questions qui fâchent, qu’il s’agisse du soutien aux dictateurs africains et aux contreparties obtenues, du financement occulte de la vie politique française, du rôle de l’armée française et de ses multiples ingérences, des multinationales, du franc CFA, etc.

Pour commencer, notre association appelle les médias et les candidat-e-s à la présidentielle à oser enfin mettre la Françafrique au cœur des débats. Comme d’autres « affaires » actuelles, l’actualité démontre une nouvelle fois qu’il s’agit bien d’un enjeu crucial pour la démocratie française et nos institutions.

A lire en complément :

mardi 16 août 2011

Documentaire : Quand le FMI fabrique la misère

En suivant ce lien : Quand le FMI fabrique la misère  vous pourrez visionner ce reportage d'environ 50 min qui démontre, en s'appuyant sur l'exemple du Ghana, comment le FMI oblige les pays pauvres à s'endetter tout en privatisant leurs Biens Publics (santé, éducation, accès à l'eau, etc). 
Résultat : des compagnies étrangères s'enrichissent copieusement pendant que les conditions de vie des populations se dégradent lamentablement.


Plusieurs autres documentaires tout aussi intéressants sont disponibles sur ce même site, tels que :
Du sang dans nos portables
Water makes money : transformation de l'eau en argent  (sur Veolia et Suez)
Pétrole le prix de la dépendance
Le monde selon Monsanto
Notre poison quotidien : produits chimiques dans nos aliments
Du poison dans l’eau du robinet
Nos enfants nous accuseront
Etc...

samedi 6 août 2011

Gabon : En grève de la faim pour contester la dette auprès de la France

Un communiqué de Survie, le 5 août 2011.

Depuis le 14 juillet le gabonais Roland Désiré Aba'a, ingénieur, membre du conseil économique et social, fait une grève de la faim pour exiger notamment le démantèlement de toutes les bases militaires françaises installées au Gabon, l’annulation de la dette du Gabon vis à vis de la France et la renégociation des accords de coopération entre la France et le Gabon. Installé d'abord place de l'Indépendance à Libreville il en a été enlevé de force au bout de douze jours et a été hospitalisé. Sorti 24 heures après, il poursuit depuis le 28 juillet sa grève de la faim à son domicile à Owendo.
Son état est maintenant critique.

Cette protestation se déroule dans l'indifférence générale des médias et des politiques tant français que gabonais. Son issue peut être fatale. Roland Désiré Aba'a, en mettant en jeu sa vie, affronte seul une situation inacceptable, imposée à son pays. En dehors de tout calcul politicien il lance courageusement un défi aux forces qui réduisent l'Afrique à un statut perpétuel de vassalité.
Quelle qu'en soit l'issue, son action, dans sa dramatique simplicité, rejoint les revendications non violentes jugées d'abord utopiques mais qui firent progresser de façon décisive la liberté des peuples.

L'association Survie tient à rompre le silence sur cette protestation désespérée, qui ne restera certainement pas isolée mais fera école, et à relayer son message qui exprime une exigence fondamentale des populations africaines impuissantes.

Contact :
Odile Biyidi : 06 13 45 75 02

-- 
Stéphanie Dubois de Prisque
Chargée de communication
stephanie.duboisdeprisque@survie.org

Association Survie
107, boulevard Magenta
75010 Paris
Tél : 01 44 61 03 25
Fax : 01 44 61 03 20

http://survie.org

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Une interview de Roland Désiré Aba’a paru sur afrik.com :


Le Conseiller de la République Roland Désiré Aba’a, Ingénieur Expert en Recherche et Développement et membre de l’organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) est en grève de la faim depuis 9 jours, en vue d’exiger l’annulation de la dette extérieure du Gabon vis-à-vis de la France et la renégociation des accords de coopération entre les 2 pays. ‘’ Si la perte de ma vie peut permettre à démontrer à la communauté internationale que mon pays est confisqué, alors je descendrai dans ma tombe tout heureux’’, a-t-il affirmé dans l’interview que nous publions in extenso.
Afrik.com : Monsieur Roland Désiré Aba’a, qu’est-ce qui vous a poussé à entrer en grève illimitée de la faim ?
Roland Désiré Aba’a :
Il y a plusieurs choses qui m’ont poussé à opter pour la grève de la faim. D’abord la situation désespérée dans laquelle se trouvent la plupart de mes compatriotes, les contradictions politiques, économiques et sociales de notre pays. Sur le plan international, le Gabon est considéré comme un pays riche mais, sur le plan local, la réalité est assez triste. Notre niveau de développement est très faible et la majorité des Gabonais vivent dans la misère. Au regard de cette situation, nous avons mené une étude qui nous a permis de découvrir les facteurs responsables. Et parmi ces facteurs se trouvent notamment le contenu des accords de coopération signés entre la France et le Gabon. Les dispositions de ces accords ne sont pas favorables au développement du Gabon. La France est maîtresse de toutes les richesses du sol et du sous sol gabonais. Et notre pays est assujetti à la France sur tout programme et projet de développement et même dans l’achat des biens et services. Le 2e facteur touche la répartition des revenus de l’industrie extractive. A ce jour la patrie ne bénéficie que de 0,3% de la valeur internationale de tous les revenus de l’industrie extractive. Le 3e facteur de notre sous développement est lié au remboursement de la dette du pays auprès de la France, une dette qui dure depuis les indépendances. C’est pourquoi nous réclamons l’annulation de cette dette injuste pour permettre au pays d’avancer. Nous avons attiré l’attention des plus hautes autorités du pays sur ces 3 facteurs qui bloquent l’émergence du Gabon et entamé d’autres démarches sur le plan international mais, nous n’avons pas été compris. C’est pourquoi j’ai opté pour une solution non violente (la grève de la faim) pour défendre les intérêts de mon pays et une fois de plus attirer l’attention du gouvernement sur les questions évoquées.

Afrik.com : Pouvez-vous énumérer vos différentes revendications ?
Roland Désiré Aba’a :
Nous exigeons en termes de revendications le démantèlement des bases militaires françaises installées au Gabon. Ces bases militaires ne sont pas là pour la coopération militaire ni pour la sécurité des Gabonais. Elles sont uniquement là pour garantir et sécuriser les intérêts français en ce qui concerne l’exploitation des matières premières. Nous réclamons la renégociation du partage des revenus de l’industrie extractive entre la France et le Gabon, ainsi que l’annulation de la dette extérieure du Gabon vis-à-vis de la France.

Afrik.com : Quand les plus hautes autorités du pays clament haut et fort que le Gabon n’est plus la chasse gardée de la France, pensez-vous que ce sont des discours dans le vent ?
Roland Désiré Aba’a :
Plus de 60% des sociétés internationales qui travaillent au Gabon dans l’industrie extractive sont françaises. Toute l’industrie du bois est aux mains des entreprises françaises y compris celle des minerais. C’est dans le domaine pétrolier qu’on trouve quelques diversifications. Et puis si les arguments que j’avance depuis le début de ma grève de la faim le 14 juillet 2011 n’étaient pas solides, le gouvernement aurait apporté déjà la preuve du contraire.

Afrik.com : Depuis le début de votre mouvement de grève de la faim, avez-vous déjà reçu la visite de certains responsables de l’administration gabonaise ?
Roland Désiré Aba’a
 : Non. C’est par contre la France qui à travers ses autorités diplomatiques installées au Gabon a donné le signal fort en recevant une délégation du comité qui me suit pour explication. La France est prête à revoir ses accords de coopération avec le Gabon, à conditions que la demande soit formulée par les autorités gabonaises.

Afrik.com : Etes-vous prêt à aller jusqu’au sacrifice de votre vie si vos revendications ne sont prises en compte ?
Roland Désiré Aba’a :
Si la perte de ma vie peut permettre à démontrer à la communauté internationale que mon pays est confisqué, alors je descendrai heureux dans ma tombe. Faire une grève de la faim n’est pas un jeu d’enfant. Je suis prêt à mourir pour la cause que je défends.

Interview accordée à notre rédaction vendredi 22 juillet


mardi 2 août 2011

Au Tchad, la France ferme toujours les yeux

C’est par une simple photographie prise en Somalie par un reporter de guerre que la polémique sur l’assistance militaire américaine à des pays utilisant des enfants soldats a débuté aux Etats- Unis.
Elle montrait en effet un gamin d’une douzaine d’années enrôlé par l’armée du gouvernement de transition au cœur des combats de Mogadiscio. Des parlementaires ont publiquement dénoncé l’utilisation qui avait été faite de l’argent public, embarrassant l’administration Obama puisque cette aide militaire violait le Child Soldiers Prevention Act de 2008, interdisant au gouvernement toute assistance à des pays ayant recours à des enfants-soldats.
L’administration américaine n’ignorait pourtant rien de la situation puisqu’un récent rapport du département d’Etat avait identifié cinq pays utilisant des enfants soldats et bénéficiant d’une assistance militaire, de la livraison de matériel au paiement des soldes : le Tchad, la RDC, la Somalie, le Soudan et le Yémen (Human Rights Watch Weekly Newsletter). HRW cite également un officier supérieur tchadien : « Les enfants-soldats, c’est idéal parce qu’ils ne se plaignent pas, ne sont pas payés et si vous leur demandez de tuer, ils tuent. »

On peut donc se poser la question de l’attitude de la France dont l’armée est toujours présente au Tchad et qui soutient sans réserve son président, Idriss Déby.

Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense avait assuré avoir écrit à son homologue. Avec les effets que l’on sait.
Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 204 - Juillet Août 2011. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous.

La France à l’ONU : « Une puissance intéressée »

Tandis que Ban Ki-Moon commence son second mandat de secrétaire général des Nations unies, son représentant spécial en Côte d’Ivoire, Young- Jin Choi – qui s’était dépêché de régulariser l’élection d’Alassane Ouattara en décembre - est remplacé par le Néerlandais Bert Koenders.
Grâce à Wikileaks (télégramme 05THEHAGUE2309 et Billets n°198), on sait que la diplomatie américaine apprécie beaucoup le volontarisme des Pays-Bas à intervenir sur les différents théâtres d’opération - Irak, Afghanistan. L’État- major de l’armée néerlandaise disait en 2005 « envisager d’étendre leur implication militaire en Afrique », ciblant explicitement la zone des Grands Lacs (Burundi, Rwanda, l’est de la RDC), le Botswana, la Zambie et la Côte d’Ivoire, pour y « ajouter des yeux et des oreilles sur le terrain ».
Le diplomate américain ajoutait que « les Néerlandais sont les quatrièmes plus grands fournisseurs de programmes d’aide en Afrique ».

Quant aux Français, ils ne sont pas les derniers dans les remaniements en cours. InnerCityPress (le 9 juin) a rapporté qu’avant sa réélection, Ban Ki-Moon avait promis de reprendre un Français à la tête du Département des Opérations de maintien de la paix (DPKO).
Après Bernard Miyet (1997-2000), Jean-Marie Guéhenno (2000- 2008) et Alain Le Roy (2008-...), qui cédera sa place d’ici fin août, c’est, selon des sources à l’ONU citées par InnerCityPress, Éric Chevalier, qui devrait allonger la liste des diplomates français à la tête de ce département. Très proche de Kouchner – dont il a été le conseiller pendant plus de dix ans – Chevalier est l’actuel ambassadeur de France en Syrie. Le départ de Le Roy n’est peut-être pas étranger à certaines fuites de documents du département qu’il dirige.
InnerCityPress ajoute que Kofi Annan avait fait la même promesse que Ban Ki- Moon avant d’obtenir, lui aussi, son second mandat. C’était Jean-Marie Guéhenno qui avait été nommé. Après ses huit années à la tête du DPKO (2000-2008), Guéhenno figurerait aujourd’hui encore sur le registre du personnel de l’ONU !

Ce département est depuis quatorze ans aux mains de la France, sur dix-neuf ans d’existence. Son budget annuel atteint 7,8 milliards de dollars, dont 5,2 milliards pour des missions en Afrique.

Un télégramme édité par Wikileaks (06PARIS1720) confirme le rôle crucial de Paris dans les interventions des Nations unies en Afrique. Dans une « confession » de mars 2006, recueillie par l’ambassadeur des Etats- Unis à Paris, l’ex-ministre de la défense Alain Richard (1997-2002, sous Jospin) « [critiquait] la façon dont la communauté internationale et l’ONU (et spécialement Kofi Annan) « dépendaient de la France » (et à un degré moindre, le Royaume Uni) pour s’occuper des problèmes en Afrique. »
Le poids de la France à l’ONU sur certaines zones géographiques porte un nom, celui de « Puissance intéressée » (« Power concerned » en anglais). Dans le jargon diplomatique, ce terme désigne la puissance qui administre un « territoire non autonome » (« non-self-governing territory ») et se trouve chargée de transmettre les informations concernant celui-ci.
En 1946, la France s’est trouvée dans ce rôle concernant ses « colonies ». Et ça continue...
Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 204 - Juillet Août 2011. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous.
 

Une aide si intéressée

Le rapport d’information à propos de l’aide française au développement (AFD), déposé le 6 mai dernier par les sénateurs Christian Cambon et André Vantomme, n’est pas exempt de critiques sur la coopération française.

Même s’il est réaffirmé que l’AFD est un outil d’influence de la diplomatie française en fonction des intérêts géostratégiques, les rapporteurs font à leur tour un certain nombre de constats sévères que bien des ONG indépendantes avaient déjà réalisés.
Les rapporteurs ont été frappés par le contraste entre la place de la France dans les statistiques officielles de l’OCDE en matière d’aide au développement et la réalité des moyens sur le terrain alors que la France déclare un volume d’APD supérieur à la moyenne des pays donateurs. Mais « en vertu d’une interprétation autorisée mais large des critères de l’OCDE, des crédits qui ont un rapport lointain avec une aide de terrain effective, telle que, par exemple, la prise en charge du coût des étudiants et des réfugiés étrangers en France ou des dépenses pour Mayotte. » « On peut estimer ces dépenses à environ 18 % de l’APD déclarée par la France. » « Les variations du volume total de l’APD française depuis 2002 sont également marquées par le rôle essentiel de la comptabilisation des annulations de dettes qui représentent entre 10 et 30 % de l’APD française selon les années. »
« En outre, une partie croissante de l’aide au développement française s’effectue aujourd’hui sous forme de prêts, qui représentent ainsi 87 % des engagements de l’AFD. En 2009, l’APD hors écolage, TOM, dépenses liées aux réfugiés, prêts et annulations de dette, ne représentait plus qu’environ 57 % de l’APD déclarée. ».
Dommage que les sénateurs ne soustraient pas également d’autres éléments qui n’ont rien à y faire, comme les contributions financières au FMI et à la Banque mondiale, la coopération policière et militaire ou encore les intérêts versés sur les comptes d’opération que les pays de la zone franc CFA sont obligés d’avoir à la Banque de France.
Ce pourcentage serait encore largement revu à la baisse.
Le rapport souligne aussi cruellement « la forte capacité de proposition et d’innovation » de la France dans les enceintes internationales qui se traduit par de nombreux engagements et promesses financières.
Mais « il est vrai que, parfois, on peinerait à mesurer (...) la traduction concrète de ces engagements qui ne font pas toujours l’objet d’une affectation financière véritablement nouvelle et clairement identifiée, comme c’est désormais recommandé par l’OCDE. Certaines nouvelles « annonces » internationales s’appuient sur le recyclage d’une aide limitée ou une simple réallocation des subventions, non extensible, et déjà promise plusieurs fois.  »
 
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lundi 25 juillet 2011

L'édito de Billets d'Afrique et d'ailleurs (11 Juillet 2011)

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Double Bind

Le ministre français de l’Intérieur Claude Guéant, après Charles Pasqua naguère, après François Baroin alors qu’il était ministre des DOM-TOM, ressent un prurit concernant le code de la nationalité. Cette fois il s’est attaqué à la double nationalité en vain pour l’instant puisqu’il n’a pas été suivi par la majorité des députés UMP, mais c’est un ballon d’essai destiné probablement à séduire l’électorat populiste, à droite comme à gauche.
En effet, les dernières déclarations du député communiste André Gérin à propos de l’immigration, qui ne serait pas une chance pour la France, sont inquiétantes. On est dans une atmosphère qui empeste les années trente, avec des Doriot, des Laval, quand le nationalisme, avec le pétainisme, menait directement à la soumission à la force allemande des nazis.
Certes, selon la célèbre boutade attribuée à Karl Marx, l’histoire ne se répète pas, elle bégaie : la première fois en tragédie, la seconde en farce. Et il est vrai que Guéant a un côté indéniablement farcesque, même s’il joue une très mauvaise farce, dans le comique de répétition de ses saillies xénophobes. Héraut dérisoire d’un fascisme sénile, il s’en prend aux nouvelles générations de Français, qui reflètent simplement l’histoire de la France. Il ne peut le faire qu’en faisant mentir grossièrement les chiffres, technique de base de la propagande totalitaire, pratiquée au niveau de notre Jdanov de Fouillis-les- Oies (lire page 5).
La mode est à l’épuration. Il faut chasser les Français pas bien de chez nous des écoles de foot, sinon ils iront défendre d’autres couleurs, du fait de cette fameuse double nationalité qu’ils sont censés posséder comme un affreux privilège, issu tout droit de l’histoire coloniale. Il faut laisser ce privilège à la Suisse, laquelle n’est pas près de récuser la double nationalité qui lui permet de donner asile à tant de malheureux milliardaires persécutés par le fisc de leur pays natal. Les Suisses n’ont pas de colonies mais ils sont pragmatiques. Dans le même temps, en effet, l’empire français entretient son emprise sur des portions de planète bien loin de la « Métropole », comme dit Juppé, qui se mélange les pinceaux entre anciennes toujours colonies et régions nouvellement dites ultrapériphériques, anciennement départements d’Outre-Mer.
Il faut dire qu’entre tous ces États qui ne sont pas des États, tout en étant tenus ou non pour des États, un énarque y perd son latin – et surtout son français hélas. Comment distinguer entre ceux qui sont Français tout en n’étant pas si Français que cela, depuis que Baroin a proposé de ne plus considérer leur sol comme conférant la nationalité française à ceux qui y naissent, et ceux qui ne sont pas Français tout en restant quand même Français par l’assujettissement à l’armée et au Trésor français !
La rage de Guéant contre la double nationalité vient du fait qu’elle permet d’échapper symboliquement à une double contrainte, le double bind théorisé par Gregory Bateson comme situation mentalement destructrice, imposée à quelqu’un que l’on soumet à deux obligations contraires, en l’occurrence, pour les immigrés venant des colonies, l’injonction de s’intégrer et l’interdiction pratique de le faire, c’est-à-dire une forme d’anéantissement auquel la double nationalité répond par un enrichissement d’existence.
Subir à la fois la mondialisation de l’exploitation et l’enfermement des personnes dans le réduit national, c’est ce qu’on impose toujours plus aux pauvres. Guéant demande-t-il à Bolloré de choisir entre la France et l’Afrique pour ses affaires ?
À lui l’essor multinational et la supranationalité de ses intérêts. Et en plus avec Guéant le double pour lui cirer les pompes.

Odile Tobner