LA FRANÇAFRIQUE N'EST PAS UNE FATALITÉ ! INFORMEZ-VOUS ! ENGAGEZ-VOUS !

Pensez à consulter également la PAGE FACEBOOK DE SURVIE GIRONDE

Survie Gironde est une antenne locale de l'association
SURVIE. Financièrement, l’association dépend pour l’essentiel des contributions de ses adhérent-e-s et de ses donateur-rice-s, garantes de son indépendance. Elle ne perçoit pas d'argent de l'Etat (excepté les aides sur les contrats salariés), de parti politique, religieux, ou de syndicat.
Pour cette raison, si vous êtes sensibles aux messages défendus par SURVIE, il est important de soutenir l'association.
Pour cela, vous pouvez :
- faire un don, adhérer et/ou vous abonner à Billets d'Afrique et d'Ailleurs, le bulletin mensuel de SURVIE,
- contribuer à la diffusion la plus large possible des messages de l'association,
- vous rapprocher de Survie Gironde pour agir à nos côtés.
Survie Gironde a besoin de vous
pour multiplier ses moyens d'action et lutter contre la françafrique à l'échelle locale !

LA FRANÇAFRIQUE N'EST PAS UNE FATALITÉ !
INFORMEZ-VOUS ! REJOIGNEZ-NOUS !


samedi 19 janvier 2013

Mali: "pas sûre que l’intervention militaire puisse résoudre en profondeur les problèmes"


Source: alternatives économiques: http://alternatives-economiques.fr/blogs/collin/2013/01/16/questions-sur-le-mali-a-berangere-rouppert-chercheur-au-grip/

Auteur d’une récente note d’analyse « L’étonnant consensus autour de l’intervention française au Mali, B. Rouppert du Think Tank belge le GRIP (pour Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité) porte un nouveau regard sur cette guerre, bien différent de celui que l’on peut trouver dans la presse française..

Question : L’intervention militaire de la France entre-t-elle dans un cadre onusien ?
Berangère Rouppert : La résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) ne semble pas ici prise comme base légale de l’intervention qui demande que tout soutien au Mali se fasse dans le cadre de la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali sous commandement africain). La plupart des commentateurs justifient l’intervention par le risque de sanctuarisation qui se profilait ainsi que sur le risque de voir Bamako tomber en quelques jours.
Paris a  en effet justifié son action sur la base de l’article 51 de la Charte de l’ONU qui souligne le « droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée». La question est là : qu’est ce qui prévaut ? La Charte des Nations unies ou le long processus de négociations multilatérales qui dure depuis un an et qui a abouti à ce consensus de la résolution 2085 ? En outre, ce même article 51 précise que ce droit à la légitime défense collective peut s’exercer  « jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales » : or, les mesures avaient déjà été prises par le CSNU et plaçaient tout appui des États membres dans le cadre de la MISMA. La France ne se place pas dans ce cadre-ci puisqu’elle agit en bilatéral. L’arrivée précipitée des contingents ouest-africains et du général nigérian commandant la MISMA pourrait être interprétée comme la construction d’une légitimation a posteriori, faisant de la France une composante à part entière de l’intervention sous commandement africain.
L’on justifie également cette intervention par la demande officielle d’aide du président malien par intérim au président français. Mais le président Traoré est assis sur une légitimité toute relative puisqu’elle émane d’un accord-cadre dont la constitutionnalité pose question car signé entre une organisation régionale et une junte arrivée au pouvoir par un coup d’état, et dont la valeur juridique est inconnue.

Question : Quel avenir pour cette intervention française au Mali ?
Berangère Rouppert : C’est tout le problème : où va-t-on ? Quelle est la stratégie de court terme, de moyen terme, de long terme et les possibilités de respecter les objectifs fixés ? Car l’objectif c’est de passer rapidement le relais à la CEDEAO. Mais quelle est la capacité actuelle des forces ouest-africaines à prendre le relais ? La question se pose en effet puisque le déploiement de la MISMA n’était prévu que pour septembre 2013 en raison des préparatifs nécessaires au bon déroulement de la mission : la préparation des contingents qui devaient partir, leur équipement, leur financement, des questions de logistiques. Là, leur arrivée est précipitée même si elle va prendre une, deux ou trois semaines et donc il est légitime de ce fait de s’interroger sur la capacité des forces ouest-africaines à soutenir l’effort de guerre  intensif nécessaire en lieu et place des forces françaises. Il en va de même pour l’armée malienne que l’on nous disait indisciplinée, corrompue, mal équipée, insuffisamment formée et qui devait bénéficier d’une formation par l’Union européenne : l’UE va certes déployer sa mission plus tôt que prévue mais il va falloir revoir le type de formation à dispenser sur du court terme et non plus du moyen terme et identifier les bataillons à former sachant que les plus opérationnels se trouvent sur le front.
Étant donnés ces doutes, l’on peut penser que les Français seront présents pour un long moment au Mali en première ligne jusqu’à ce que les forces africaines soient opérationnelles puis comme une composante importante de cette mission internationale sous commandement africain.
Par ailleurs, se pose la question de la sortie de crise. En effet, chasser les islamistes de Gao, Kidal et Tombouctou à grands renforts de bombardements aériens peut en effet ne prendre que “quelques semaines” ; en revanche, s’assurer que les combattants ne reviennent pas, s’inscrit dans la longue durée. Dans ces conditions, le risque d’enlisement, sur fond de guerre asymétrique, se profile à l’horizon. L’on ne peut écarter le risque que l’intervention française dans une ancienne colonie, bien qu’avalisée par de nombreux acteurs et demandée par le président malien par intérim, ne serve la cause des groupes islamistes et n’entraîne une mobilisation de nouvelles recrues séduites par les thèmes de la lutte contre l’ancienne puissance coloniale et, plus largement, de la lutte contre l’Occident.

Question : Comment expliquez-vous l’absence de soutien européen et américain à cette intervention militaire française ?
Berangère Rouppert : Les partenaires de la France ont répondu présents, par un soutien politique tout d’abord et par un soutien en termes logistiques, transport de troupes, évacuation médicale, ainsi que l’a demandé le gouvernement français. L’action de la France a été précipitée et a anticipé l’action internationale. La stratégie reste floue, la stratégie de sortie crise, si elle existe, n’est pas rendue publique. La prudence vient peut-être du fait que les Américains ont expérimenté en Afghanistan les limites de l’intervention militaire pour résoudre le problème des groupes islamistes. La France dit intervenir pour lutter contre le terrorisme international et mettre un coup d’arrêt aux actions des islamistes au Mali. Je ne suis pas sûre que l’intervention militaire puisse résoudre le problème des groupes islamistes et plus largement les problèmes du Mali qui sont d’ordre socio-économiques. C’est en s’attaquant aux problématiques socio-économiques que l’on obtiendra des résultats durables à même de diminuer l’influence des groupes islamistes et de combattre la diffusion de l’idéologie islamistes ou à tout le moins sa capacité d’attraction en ce qu’elle est à même de répondre mieux que l’État aux attentes des citoyens.

Question : La France intervient-elle pour soutenir un allié ou pensez-vous que d’autres raisons peuvent expliquer cette action?
Berangère Rouppert : Les flous sont encore nombreux. Peut-être que le temps aidera à les dissiper. La France dit intervenir pour lutter contre le terrorisme international et mettre un coup d’arrêt aux actions des islamistes au Mali. Comme je l’ai dit précédemment, je ne suis pas sûre que l’intervention militaire puisse résoudre en profondeur les problèmes à l’origine de l’enracinement de ces groupes au nord-Mali. En outre, l’Irak et l’Afghanistan l’ont montré, si les opérations militaires peuvent toucher durement les islamistes, elles ne les annihilent pas et ils sont toujours là.
La France a parlé de la protection de ses ressortissants au nombre de 6000 ; pourtant les responsables militaires sur place aux premiers jours de l’intervention ont dit que ce n’était pas « la priorité » (voir RFI du 13 janvier) même s’ils prenaient cette dimension en compte. Pour ce qui concerne les intérêts économiques, ils ne sont pas si importants que cela : la France n’est pas un gros investisseur dans le pays ni un gros fournisseur ; le Mali n’est pas un client important non plus. Il n’est pas sûr donc qu’il faille chercher de ce côté-ci.
Je pense qu’il faut considérer la situation sous un angle régional. La France a dans la région des partenaires économiques importants, au premier rang desquels se trouve l’Algérie ou encore la Côte d’Ivoire : la stabilité de la région lui importe beaucoup donc. A cela s’ajoute la dimension énergétique : en effet, qu’il s’agisse de la Mauritanie ou du Niger, de nombreuses firmes françaises, Total et Areva entre autres, exploitent le sous-sol de ces deux pays. Un glissement du conflit vers le nord-Niger pourrait être très préjudiciable à la France : l’approvisionnement en uranium via la firme Areva pourrait être perturbé, ce qui serait à même de perturber le fonctionnement de l’énergie nucléaire civile en France.

Question : Connaissez vous la réaction de la Chine et de la Russie devant cette action militaire française ?
Berangère Rouppert : Par la voix de son envoyé spécial pour l’Afrique, la Russie a rappelé, au lendemain de l’intervention française, que « toute opération militaire en Afrique peut et doit être menée sous la direction des Nations unies et l’Union africaine ». Une manière de condamner l’intervention française et de dire qu’elle se situe hors cadre onusien. Pourtant, l’ambassadeur russe à l’Onu a annoncé en début de semaine que « les actions sont conformes aux normes du droit international, elles s’inscrivent dans le cadre la résolution 2085 et sont conformes au droit international, ce recours à la force militaire ayant été décrété à la demande du gouvernement malien ». Quant à la Chine, elle met elle aussi l’accent sur la nécessité de voir se déployer rapidement la mission internationale prévue dans le cadre onusien.
La Russie et la Chine ont des intérêts énergétiques dans la zone sahélienne et privilégient la non-déstabilisation de la zone sahélienne. L’arrivée de la Chine au Sahel s’inscrit dans le cadre de sa politique destinée à sécuriser ses approvisionnements énergétiques d’une part, et, d’autre part, dans le cadre du développement du nucléaire civil. La China National Petroleum Corporation, la Chinese National Off-shore Oil Company et Sinopec sont présentes dans les pays sahéliens, notamment au Niger, en Mauritanie et au Tchad, et mènent également des prospections au Mali. Quant à la compagnie russe Gazprom, elle a commencé sa pénétration au Sahel par l’Algérie et le Nigeria. Via Gazprombank NGS, filière de Gazprom, la Russie a fini par obtenir du Niger en 2011 un accord de concession minière pour la recherche et l’exploitation de gisements d’uranium.

mercredi 16 janvier 2013

L'édito de Billets d'Afrique et d'Ailleurs (janvier 2013)

Retrouvez ici chaque mois l'édito du mensuel publié par SURVIE :
Billets d'Afrique et d'ailleurs.
S'abonner à Billets d'Afrique et d'ailleurs.


Arcana imperii


Le procès des assassins de Firmin Mahé devait être l’occasion d’appliquer pour la première fois la loi pénale ordinaire à des exactions commises par des militaires français au cours d’opérations extérieures. On n’a pas été déçu : en prononçant des peines ridicules au regard de l’horreur du crime commis, la cour d’assises de Paris a reconnu à l’armée coloniale droit de vie et de mort sur l’indigène. En fait de lois de la République, c’est la loi de Lynch que la justice française a consacrée, avec l’approbation de tous les canards qui font l’opinion. 
 
C’est en effet à l’issue d’un véritable lynchage que Firmin Mahé a trouvé la mort ce 13 mai 2005. Blessé à la jambe par le tir d’une patrouille de la Force Licorne, il est emmené au camp français de Bangolo, où il est roué de coups, voire pire – le corps n’a jamais été rendu à la famille. Puis, peut-être pour dissimuler l’horreur de ce premier crime, quatre militaires l’emmènent inconscient dans un véhicule blindé, où il est étouffé au moyen d’un sac plastique.
Devant la Cour, les militaires français ont justifié ce déchaînement de violence en accusant cet homme d’être le chef des « coupeurs de route » qui mettaient à feu et à sang la « zone de confiance » créée par la France en janvier 2003, dans le cadre des accords de Marcoussis . Rien ne vint conforter ce récit hormis le témoignage d’une Ivoirienne exfiltrée en France après les faits et gratifiée sans délai de la nationalité française. Pourtant c’est ce conte qui fit autorité dans le prétoire. Pis, violant la présomption d’innocence dont elle est censée être une gardienne vigilante, l’avocate générale fit savoir dans son réquisitoire qu’elle « pensait » que Mahé était un dangereux criminel. De même, l’ensemble de la presse adopta sans réserve le point de vue de la défense, transformant des assassins en héros conformes à l’image du soldat français secourant la veuve et l’orphelin, quitte à enfreindre les règles sacrées du droit des gens.
Avocats de la défense, magistrats comme faiseurs d’opinion justifièrent ce crime par « la situation exceptionnelle » qui prévalait dans la zone de confiance. Pourtant, comme le souligne le journaliste Théophile Kouamouo, « à aucun moment, il n’a été question du pays qui avait conçu cette « zone de confiance », sans administration, sans police et sans justice, véritable foutoir organisé, dont le seul intérêt était qu’elle garantissait de la meilleure manière la partition de la Côte d’Ivoire : la France. »

Alors qu’elle aurait dû, au terme de l’accord de défense qui la liait à la Côte d’Ivoire, repousser les rebelles qui s’attaquaient à un État de droit, la France institutionnalisa la criminalité par les accords de Marcoussis, qui leur confiaient les ministères de la Défense et de l’Intérieur et créaient cette zone de non-droit, laissant le champ libre à toutes les exactions. Le maintien de l’ordre étant le prétexte de l’opération Licorne, on comprend dans ces conditions que l’armée n’ait eu d’autre choix que de faire endosser ces crimes à un innocent – c’est ainsi que le droit appelle tout homme qui n’a pas été régulièrement jugé et condamné, on a honte de devoir le rappeler à une magistrate chevronnée. (Lire par ailleurs page 7)

Ce n’était qu’un exploit parmi d’autres de nos soldats en Côte d’Ivoire.
En septembre 2003, quatre d’entre eux, censés garder la BCAO de Bouaké, ramassèrent 38 millions de francs CFA tombés des mains des rebelles alors que ceux-ci emportaient 20 milliards de francs CFA.
En septembre 2004, douze soldats français s’emparèrent de 65 millions de CFA à l’issue du casse de la BCAO de Man, dont ils avaient la garde. Ces affaires furent réglées en famille, sans la moindre publicité, par l’ex-tribunal aux armées.
Le 6 novembre 2004 le bombardement du cantonnement de l’armée française de Bouaké, tua neuf soldats. Les soldats français, qui occupaient l’aéroport de Yamoussoukro, détruisirent les avions de retour à leur base, et leurs pilotes biélorusses furent exfiltrés au Togo après avoir été brièvement retenus. Ce bombardement servit de prétexte à la descente des forces françaises sur Abidjan et à la résidence du président Gbagbo. La mobilisation populaire qui s’ensuivit s’acheva par la fusillade de l’Hôtel Ivoire, le 9 novembre, au cours de laquelle le détachement français déchargea ses armes sur la foule, faisant des dizaines de morts.
En Côte d’Ivoire, comme au Rwanda, l’armée française fut l’école du crime : c’est ce qui ne doit pas être dit.

Le 16 janvier 2013 par Odile Tobner


La France intervient au Mali et réaffirme son rôle de gendarme en Afrique

C’est finalement le 10 janvier 2013 que la France est entrée en guerre au Mali. La communication du gouvernement français, reprise sans questionnement par les principaux médias, tend aujourd’hui à légitimer par tous les moyens et tous les arguments cette nouvelle intervention militaire française sur le sol africain et son rôle de "gendarme de l’Afrique". 
Pour Survie, association qui dénonce depuis longtemps l’ingérence et la domination de la France envers ses anciennes colonies africaines, il est important de rappeler quelques éléments de contexte et d’analyse critique sur cette intervention française, sans minimiser l’ampleur de la crise que connait le Mali.
La menace que font peser ces groupes armés sur la population et l’intégrité du Mali est indéniable. Leurs exactions sont connues et ont provoqué la fuite de centaines de milliers de personnes. Après le calvaire vécu par les populations dans le Nord, le soulagement des Maliens en ce moment est compréhensible. Si l’intervention française semble effectivement avoir mis un coup d’arrêt à l’offensive vers le sud du pays de mouvements armés qui se revendiquent d’un islam radical, il existe cependant d’autres motifs, militaires et politiques, à l’opération Serval rendant la conduite française des opérations critiquable.

Le camouflage multilatéral d’une opération française

Cette intervention ne s’inscrit pas dans le cadre des résolutions de l’ONU. Des mois de négociations ont permis de faire voter trois résolutions du Conseil de Sécurité, ouvrant la voie à une intervention internationale sous responsabilité africaine et pouvant faire usage de la force, mais officiellement sans implication directe des militaires français.
En informant simplement le Conseil de Sécurité sur le fait que son intervention urgente "s’inscrit dans le cadre de la légalité internationale" eu égard aux dispositions de la Charte de l’ONU, elle a finalement pu justifier une décision bilatérale. Ce changement majeur, qui met ses « partenaires » devant le fait accompli, est complaisamment occulté afin de laisser à nouveau croire que la France met en œuvre une volonté multilatérale actée au sein de l’ONU. Il est donc nécessaire qu’elle respecte au plus vite les résolutions de l’ONU.

Une fois de plus, la France joue le rôle de gendarme de l’Afrique, en appuyant sa stratégie sur ses relations bilatérales avec des "régimes amis" africains, sur la présence permanente de son armée dans la région et sur sa capacité de projection de forces. Ainsi, les hélicoptères utilisés pour stopper l’offensive adverse sont ceux des forces spéciales françaises de l’opération Sabre, présentes au Burkina Faso voisin (et en Mauritanie) depuis deux ans et renforcées au mois de septembre. C’est surtout le dispositif Epervier, en place au Tchad depuis 1986 alors qu’il était supposé provisoire, qui est mobilisé. À travers l’opération baptisée Serval, ce sont donc les liens que Paris entretient avec des régimes totalement infréquentables, ceux d’Idriss Déby et de Blaise Compaoré, qui se trouvent une nouvelle fois renforcés.
Le rôle phare de la France est reconnu par la plupart de ses partenaires occidentaux qui lui emboitent le pas timidement dans cette intervention (Royaume-Uni, Etats-Unis, Allemagne) sans pour autant engager de troupes combattantes, tandis que d’autres restent en retrait.

Une intervention directe décidée dans l’ombre

Ce scénario rentre dans la logique développée par le nouvel exécutif français, prônant l’intervention militaire comme un "préalable" à la restauration de la paix dans le pays (également en proie à une crise institutionnelle grave). Ces derniers mois, la France n’avait en rien contribué à l’émergence d’une solution collective discutée par l’ensemble des Maliens et de nature à favoriser un consensus politique, préalable à une réorganisation rapide des forces de sécurité. Aujourd’hui, la présence de soldats français jusque dans Bamako - sous couvert de protection des ressortissants - représente une pression importante sur les autorités maliennes en état de grande faiblesse.
L’option d’une intervention directe et rapide des forces françaises était déjà prévue, au vu de la rapidité de mise en œuvre, et ce bien avant que l’offensive ne se rapproche de Sévaré-Mopti. L’aval du Parlement n’est pas nécessaire à l’Élysée pour déclencher une opération extérieure, ce qui marque l’insuffisance de la modification constitutionnelle de juillet 2008 relative au contrôle parlementaire des opérations extérieures. De rares réactions critiques dans la classe politique soulignent cette absence de concertation. La nature préméditée de cette intervention armée aurait indiscutablement dû susciter une prise de décision parlementaire.

Dans l’immédiat, l’opération Serval a déjà basculé dans une phase offensive et semble devoir se prolonger dans la durée. Cette logique occulte délibérément les risques pour la population malienne et les Etats de la région, de même que les perspectives politiques et la période post-conflit. Le bilan accablant des récents antécédents français en Afrique montre pourtant que ces risques sont bien réels. Les interventions de 2011 en Côte d’Ivoire et en Libye ont en effet débouché sur des situations internes explosives, passées sous silence.

En conclusion, la crise malienne et cette nouvelle intervention militaire française en Afrique révèlent l’échec de 50 années de "coopération" avec l’Afrique : armées incapables de protéger leurs populations, chefs d’Etat médiateurs de crises eux-mêmes putschistes, accords de défense et bases militaires qui ont perpétué le rôle de gendarme de l’Afrique que la France s’est historiquement octroyé. On ne peut que constater l’incapacité des institutions africaines et multilatérales à organiser la moindre opération de sécurisation dans la région sans avoir recours au poids lourd français, qui a tout fait pour se rendre incontournable. Ces événements appellent une fois de plus à une remise en cause de l’ensemble du cadre des relations franco-africaines.

14 janvier 2013

 

lundi 24 décembre 2012

Acharnement politico-judiciaire contre Marc ONA ESSANGUI dans sa lutte contre l’accaparement des terres par le groupe Olam au Gabon

Survie a décidé de signer ce communiqué collectif de soutien [1] à Marc Ona Essangui, figure emblématique de la société civile gabonaise et de la contestation de la politique criminelle du régime d’Ali Bongo. On peut légitimement craindre, au regard du motif et du calendrier, que ces poursuites soient un prétexte de cette dictature françafricaine pour intensifier la répression.

Depuis de nombreuses années, la Société Civile gabonaise, notamment Brainforest dont Marc Ona Essangui est responsable n’a jamais cessé de se battre aux côtés des populations pour la défense de leurs droits, la protection de l’environnement et la transparence dans la gestion du pays.

En effet, alors que de nombreuses familles gabonaises n’ont toujours pas digéré la destruction non concertée de centaines d’habitations à Libreville en 2010 sans indemnisation ni relogement, le gouvernement gabonais décide de concéder près de 300 000 hectares de terre à la compagnie Singapourienne Olam pour la production d’huile de palme et la réalisation de plantations d’hévéa cultures sans consulter au préalable les populations locales et avec une étude d’impacts biaisée, selon la société civile locale.
Une contre étude réalisée par les experts de la société civile gabonaise montre les dégâts environnementaux, sociaux et économiques du projet.

Une pétition ayant obtenue des milliers de signatures des communautés locales s’opposant au projet a eu le soutien d’une cinquantaine d’organisations internationales qui reconnaissaient par là le bien-fondé de cette lutte menée de front par Marc ONA ESSANGUI [2].
Malheureusement, toutes ces réactions n’ont pas suffi pour décourager le groupe Olam et le gouvernement gabonais qui se sont lancés dans des campagnes de séduction dans les médias et auprès des populations.
Pourtant une réunion extraordinaire présidée par le Premier Ministre du Gabon a réuni les différents protagonistes et décidé de surseoir le projet. Hélas, le président de la République et les membres de son cabinet qui sont les principaux promoteurs de cette structure asiatique ont rejeté cette décision consensuelle.

Contre toute attente et non satisfait de ne pouvoir réaliser les objectifs de leur propagande au profit d’un groupe dont la réputation reste peu recommandable [3] et au détriment de son Peuple privé de ses terres, le régime gabonais par le biais du chef de cabinet d’Ali Bongo, Liban Souleymane, décide de poursuivre Marc ONA ESSANGUI en justice aux motifs que ce dernier aurait cité son nom dans l’implication du dossier Olam.
Sachant que plusieurs appels à libération de dizaines de citoyens gabonais victimes de parodies judiciaires sont restés sans suite, que la santé du jeune Nicolas Ondo, leadeur du mouvement estudiantin est préoccupante depuis sa sortie de prison et que les différents rapports sur les droits de l’homme du pays sont accablants, nous redoutons avec inquiétude et gravité que cette procédure judiciaire initiée par Liban Souleymane contre ONA ESSANGUI n’apparaisse comme une volonté manifeste du gouvernement gabonais d’empêcher la mobilisation du Peuple Gabonais contre un projet jugé scandaleux.
Le fait qu’un journal proche du pouvoir ait rendu publique la convocation au tribunal de Libreville de Marc ONA ESSANGUI avant que ce dernier n’en soit en possession, l’acharnement violent de groupes proches du pouvoir contre Marc Ona [4] sont autant de signaux qui ne trompent point.

Ce procès prévu le 26 décembre, en pleine période de fêtes de fin d’année est un moyen de bâillonner le cri des populations mais surtout d’étouffer la contestation grandissante de ce projet d’Olam conduite par Marc Ona Essangui.

A la suite de la Convention de la Diaspora Gabonaise, nous confirmons notre soutien à Marc ONA ESSANGUI dans ses combats pour les droits des peuples et la gouvernance et nous invitons le gouvernement gabonais à plus de retenue et de respect de son Peuple.
Par ailleurs, nous invitons la communauté internationale à rester vigilante et à exiger du gouvernement gabonais le respect de ses engagements pour les droits de l’homme et de la bonne gouvernance.

[1] Co-signé par le mouvement Ça suffit comme ça !, EELV, le Parti de Gauche et Survie

[2] Lettre ouverte au gouvernement gabonais du 08/10/2012

[3] Cf le rapport rendu par la société « Muddy Waters Research » sur la société Olam

[4] http://blogs.mediapart.fr/blog/dite... et http://ditengou.com/?p=nws&id=2...


 Publié le 24 décembre 2012 sur : http://survie.org
 

samedi 15 décembre 2012

Assises du développement : une concertation en trompe-l’œil

Promues à grand renfort de communication, les Assises du développement lancées par Pascal Canfin le 5 novembre à Paris veulent faire croire à un changement de méthode dans le dialogue avec la société civile, cumulant au passage beaucoup d’écueils : objectifs flous, occultation de thèmes sensibles, organisation « descendante ». Sans oublier le rôle ambigu accordé aux ONG dans le processus.


 

La volonté affichée du gouvernement et de son ministre délégué au Développement de se concerter avec la société civile sur le thème ambigu du « développement », dans le cadre du processus des « Assises du développement » est défendue comme la concrétisation d’une promesse de campagne. Celle de renouer avec la démarche « participative » érigée en 1999 par le gouvernement Jospin, via la création d’un Haut Conseil de la Coopération internationale, instance très rapidement neutralisée dans ses critiques et disparue en 2008.
Six mois après l’élection de François Hollande, on peut aussi y voir un vaste attrape-nigaud, tant il ne fait aucun doute que les grandes lignes de la politique gouvernementale sont déjà bien définies et ancrées dans la continuité en matière monétaire, économique ou diplomatique, et les rares propositions réformatrices soigneusement balisées.

« Vous êtes le carburant de ces Assises », déclarait pourtant le ministre délégué aux participants des Assises dans son discours d’ouverture du 5 novembre, « [...] et sans carburant – c’est un écologiste qui vous le dit – [...] le moteur s’arrête ». En écho à la célèbre métaphore d’Omar Bongo sur la relation franco-africaine, la voiture sans chauffeur et sans carburant, on pourrait être déjà tenté d’extrapoler la philosophie de ces Assises : le gouvernement aux commandes, les ONG (remisées au rang de seul combustible) au charbon.

Au vu des premiers documents et compte-rendu produits, ces Assises ont tout l’air d’incarner un dialogue biaisé, destiné à faire converger un maximum d’acteurs vers une destination déjà tracée par la diplomatie française. Cette direction, c’est bien celle du développement économique de la France via la défense de ses intérêts à l’étranger, dans les pays émergents mais aussi encore et toujours en Afrique.
Cela implique la poursuite de la domination monétaire française dans la zone CFA, le maintien de relations privilégiées avec des États présentant des intérêts stratégiques pour l’ancienne métropole, quelle que soit la nature de leur régime et la promotion des intérêts des acteurs économiques et financiers tricolores (à l’image des largesses octroyées par les contrats C2D aux entreprises françaises, en Côte d’Ivoire notamment). Autant de sujets absents ou à peine évoqués dans le programme de ces Assises.

La relation avec l’Afrique occultée

Si la notion de « développement » promue par Pascal Canfin a clairement pour objectif d’enterrer la notion de « coopération » et d’inclure plus systématiquement des pays émergents, c’est bien l’Afrique, peu mentionnée dans le discours ministériel, qui concentre encore l’essentiel des flux d’APD et des interventions des ONG. Plus qu’une réforme sémantique, c’est bien une analyse critique des pratiques passées qu’a subies ce continent qu’il conviendrait donc aujourd’hui de mener avant de prétendre proposer une vision nouvelle du développement. On n’enterre pas la Françafrique en la cachant sous le tapis.
Pas un mot non plus sur la corruption, les Droits de l’homme, dans le discours, ce qui confirme bien combien l’action du secrétaire d’Etat a été circonscrite aux thèmes les moins sensibles politiquement et les plus adaptés à son curriculum vitae personnel (flux financier, développement durable, dialogue avec la société civile), Laurent Fabius se chargeant des affaires jugées « sérieuses ».
Dans une interview à France Inter, le dimanche 25, Pascal Canfin conservait la même prudence, alignant les phrases creuses sur l’Afrique, sa démographie, sa croissance, son insertion dans la mondialisation (sous- entendant l’intérêt économique que la France pouvait y trouver), n’évoquant que très brièvement la corruption, le rôle des entreprises françaises, et le contenu de l’enterrement de la Françafrique promis.

Lots de consolation

De ces interventions et du programme des Assises ne ressortent que des incantations sur le développement soutenable et une vision (supposée nouvelle) du développement à défendre après 2015 (date de bilan du processus de promotion des objectifs du Millénaire pour le développement). Plus quelques éléments de cadrage technique sur les thématiques développées au cours des Assises (efficacité de l’aide, financement du développement, relation de l’Etat avec les partenaires du développement, etc.).
La part belle est une nouvelle fois laissée aux flux financiers, au volume et à l’efficacité de l’aide accordée aux pays en développement en bilatéral, multilatéral, via des mécanismes supposés « innovants ». Et, pour point d’orgue, la carotte agitée depuis toujours par les politiciens qui souhaitent amadouer les ONG en période électorale ou juste après les élections.
La part de l’APD transitant par ces dernières, qui regrettent depuis fort longtemps que proportionnellement cette part soit en France la plus faible de tous les pays de l’OCDE. Une promesse de doublement de cette part, réaffirmée par Pascal Canfin dans son interview à France Inter suffirait-elle à faire crier victoire à ces ONG ?

Notons tout de même, parmi les avancées, la concrétisation annoncée de quelques promesses faites aux ONG en matière de taxation financière ou d’encadrement des paradis fiscaux (processus déjà largement entamé sous le gouvernement précédent), maigre concrétisation d’un plaidoyer intense et tenace. Enfin, l’annonce de la volonté de la France de renégocier les Accords de partenariat économiques (APE) imposés par l’Union européenne aux pays africains, la promesse de ne pas intervenir auprès de la Justice dans les affaires de « Biens mal acquis » et la volonté annoncée de ne plus amalgamer les dispositifs de financement du développement avec ceux de contrôle des migrations peuvent également être considérées comme des avancées positives.

Un processus descendant

Après le fond, la forme. Pas plus reluisante. Le mode d’organisation même de ces Assises prouve leur manque d’ambition. Le processus de « concertation » a été lancé au mois d’octobre, dans le cafouillage le plus complet. Convoquées une semaine avant la date de la première réunion préparatoire, tenue le 23 octobre, les associations, ONG et autres structures « pressenties » et donc « présélectionnées » pour participer au processus n’ont pu que constater la logique prévalant dans cette organisation : calendrier imposé, format des premières rencontres pré-établi jusqu’au minutage des interventions. Plus grave, les cinq thématiques retenues, floues dans leur intitulé, non problématisées, ont été tout bonnement livrées clé en main aux futurs participants, avec peu de possibilités d’en ajouter de nouvelles.
Parmi les autres faiblesses relevées, l’absence de représentants des pays du Sud, hormis ceux choisis par les organisateurs, la mise en place de collèges de représentants avec des quotas, sans oublier la difficulté à savoir qui avait invité ou devait inviter qui, et au final, qui pourrait être représenté. De l’aveu de certains participants, le niveau des interventions au cours de la première session des Assises, le 5 novembre, était, au final, consternant.

Continuité dans la forme

Fallait-il s’attendre à autre chose ? Non, certainement, si l’on se fie à la nature du dialogue mené depuis quelques années par l’actuelle majorité présidentielle à l’égard des ONG françaises. En effet, si les campagnes électorales de 2007 et 2012 ont bien produit leur lot de rencontres de concertation entre le PS et la société civile, ces concertations ont rarement été à la hauteur des enjeux, faute d’un réel intérêt des candidats socialistes des deux dernières élections envers les problématiques de coopération internationale.
Hormis quelques échanges suivis d’engagements dénués de tout contenu précis sur la « Françafrique », la corruption ou les Droits de l’homme, les discussions avec les candidats eux-mêmes ont été réduites à leur plus simple expression, trop souvent tournées sur des revendications d’ordre corporatiste comme l’augmentation de l’APD et de sa part consacrée aux ONG.
En atteste la rencontre du 12 mars dernier au siège de campagne du candidat Hollande. Orchestrée par Coordination Sud, la campagne Action mondiale contre la pauvreté et le staff du candidat, la rencontre avait rassemblé un cortège hétéroclite d’ONG, fondations, per­sonnes, ressources et autres erreurs de casting (dont Pierre Bergé, grand argentier de la lutte contre le Sida... et du PS). Une rencontre fourre-tout, brassant un nombre considérable de thématiques, où le candidat et son équipe ont alors pu enfiler les perles et les demi-promesses sans mécontenter grand monde, à part Survie (qui n’a obtenu aucune réponse satisfaisante à son interpellation sur les relations franco-africaines), à défaut de satisfaire qui que ce soit.
Cette formule de rencontre ayant prouvé son inefficacité, elle a été reconduite à la veille du départ de François Hollande à Kinshasa, en octobre dernier. Invitée à la dernière minute à une « réunion de préparation du déplacement présidentiel » rassemblant pêle-mêle des ONG peu concernées par les enjeux réels de ce déplacement, Survie a refusé de participer à cette rencontre.

Les ONG, dupes ou complices ?

Ces insuffisances interrogent la nature même du dialogue existant entre les ONG françaises et le gouvernement et posent la question du risque d’instru­men­talisation des premières par le second, dans un contexte de fragilité économique, de recherche de visibilité qui font de la légitimité auprès des pouvoirs publics un enjeu en soi.

Comment expliquer, par exemple, l’absence quasi-totale de mobilisation des ONG françaises lors de la nomination du françafricain Dov Zerah à la tête de l’AFD en 2009 ou l’absence de propositions de réforme du rôle et du statut de cette Agence lors de la dernière campagne présidentielle ?
Indifférence ou crainte de voir la source de financement se tarir ?
Et plus récemment, comment, sans faire de procès d’intention, comprendre la présence aux côtés de François Hollande en octobre à Kinshasa de Jean-Louis Vielajus, le président de Coordination Sud (la principale plateforme d’ONG de développement et d’urgence) ?
Cette présence ne risque-t-elle pas d’avoir pour principale fonction de permettre à la communication élyséenne d’insister sur le changement de style avec les président précédents (qui, eux, voyageaient avec des entrepreneurs), comme le soulignait La Lettre du Continent (n°645) ?

Les ONG anglo-saxonnes, de plus en plus présentes en France, ont poussé assez haut le curseur en matière de lobbying, de plaidoyer, de course à l’image. A telle enseigne que des fondations sans base sociale hormis celle du mécénat telles que One ou la Fondation Bill Gates sont désormais des interlocuteurs réguliers des dirigeants français. Elles ont leurs entrées à l’Elysée ou au Quai d’Orsay ou dans les instances de négociations internationales (G8-G20).

Critiques émoussées

Ces ONG ont introduit la culture de la stratégie des petits pas et du plus petit dénominateur commun. De plus en plus, les communiqués « se félicitent de » la moindre petite avancée, qui n’« exigent » plus, ne s’indignent plus, se contentant de dire que le gouvernement « devrait » (traduction du « should » anglais) faire ceci ou cela.
De plus en plus concurrencées et dépendantes des financements publics, les ONG françaises tombent souvent dans la facilité du plaidoyer à tout prix. Elles multiplient les contacts avec les décideurs et cela leur confère un rang, une reconnaissance, attestant auprès des donateurs du sérieux des démarches accomplies.

L’aseptisation du ton, l’annihilation de la capacité de révolte sont des risques palpables quand, tout autant que la dépendance financière vis-à-vis des institutions et la quête du Graal du doublement de l’APD, les proximités partisanes constatées entre certains diri­geants et les responsables du PS, émoussent parfois les critiques. Sans aller jusqu’à parler de connivence, il est indéniable que l’élection d’une majorité socialiste et écologiste a multiplié les passerelles entre le monde des ONG et celui des pouvoirs publics, ce qui n’est pas condamnable a priori, pourvu que chacun sache rester à sa place et conserver son indépendance.

Ces constats ne sont pas nouveaux et chaque démarche de concertation ou de médiation avec la société civile initiée par les pouvoirs publics engendre son lot de réticences et de méfiance face à une possible instrumentalisation. Le Grenelle de l’environnement a eu un effet dévastateur à cet égard et le « Grand débat sur l’énergie » organisé au mois de novembre 2012 par le ministère de l’Environnement a suscité des prises de position hostiles (celle de Greenpeace en particulier).

Au terme de cette analyse, il apparaît que la seule vertu de ces Assises est peut-être de proposer la possibilité d’un cadre de confrontation entre institutions et acteurs issus de la société civile, donnant l’occasion aux seconds de réinvestir le champ revendicatif et de réfléchir à leur positionnement vis à vis des pouvoirs publics.
A défaut de donner une place claire à la société civile dans un processus toujours attendu de redéfinition de la politique de coopération de la France.


Fabrice Tarrit, 11 décembre 2012
 Article paru sur survie.org

 

mardi 11 décembre 2012

La justice française ordonne au préfet d'accorder un titre de séjour à Agathe Habyarimana

Agathe Habyarimana, la femme du président rwandais assassiné le 6 avril 1994, Juvénal Habyarimana, lors d'une visite à l'Elysée, le 14 avril 1977.


A lire sur lemonde.fr


La justice française a "enjoint" à la fin de novembre au préfet de l'Essonne de délivrer un titre de séjour à Agathe Habyarimana, veuve de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, a-t-on appris, jeudi 6 décembre, auprès de son avocat. Mme Habyarimana, 70 ans, est soupçonnée d'être impliquée dans le génocide de 1994.

"On a bien senti qu'il y avait des contingences politiques dans ce dossier", a indiqué Me Philippe Meilhac, précisant que la demande avait été présentée "au moment où la France et le Rwanda renouaient leurs relations diplomatiques". La requête de Mme Habyarimana, "est l'archétype d'une demande de séjour pour vie privée et familiale", a estimé Me Philippe Meilhac, car "elle n'a plus d'attache dans son pays et toute sa famille est en France".
Mme Habyarimana est souvent présentée comme l'une des dirigeants de l'"akazu", le premier cercle du pouvoir hutu qui, selon ses accusateurs, a planifié et mis en œuvre le génocide déclenché par l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion transportant son époux. Selon l'ONU, environ huit cent mille Tutsis et Hutus ont été tués au cours de ce génocide. Une enquête est ouverte à Paris depuis 2008 pour "complicité de génocide", à la suite d'une plainte d'une association française, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

LA PRÉFECTURE AVAIT INVOQUÉ UNE "MENACE À L'ODRE PUBLIC"

La préfecture de l'Essonne avait rejeté en mai 2011 la demande de titre de séjour de la veuve de l'ex-président rwandais, invoquant notamment la "menace à l'ordre public" que constituerait Agathe Habyarimana. A cette époque, elle faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international émis en octobre 2009 par les autorités rwandaises pour génocide et crimes contre l'humanité. Selon son avocat, la demande d'extradition formulée par Kigali a depuis été rejetée.
Mais ce refus de lui attribuer un titre de séjour avait été annulé par le tribunal administratif de Versailles en octobre 2011. Saisie par la préfecture, la cour administrative d'appel a confirmé à la fin de novembre le premier jugement et a "enjoint" au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme Habyarimana un titre de séjour dans le délai d'un mois.

mercredi 5 décembre 2012

Hollande fait la paix avec Déby et prépare la guerre

Nous publions ici le communiqué de SURVIE relatif à la réception totalement passée sous silence du dictateur tchadien Idriss Déby à l’Elysée par François Hollande ce mercredi 05 décembre.

Vous pouvez retrouver ce communiqué en suivant le lien :
http://survie.org/francafrique/tchad/article/hollande-fait-la-paix-avec-deby-et


Après quelques hésitations, le dictateur tchadien Idriss Déby sera reçu à l’Elysée par François Hollande mercredi.
Cette rencontre plusieurs fois reportée, aura lieu sur fond de négociation sur une intervention militaire au Mali appuyée par la France, qui souhaite mobiliser les troupes claniques de l’armée tchadienne.

L’accueil annoncé à l’Elysée du dictateur tchadien Idriss Déby le 5 décembre conclut un vrai-faux suspense qui a duré plusieurs semaines. Les reports de ce rendez-vous sont probablement le signe de houleuses tractations dans lesquelles les questions liées aux violations des droits humains au Tchad n’auront au final pas pesé lourd face à la volonté de la France d’obtenir le soutien de N’djamena dans le dossier malien. En effet, pour des raisons géostratégiques décidées en dehors de la volonté souveraine du Mali, la France fait depuis plusieurs mois pression sur le président tchadien pour obtenir la participation de ses troupes et de ses moyens militaires dans l’ « opération africaine » qu’elle promeut.
Une participation évidemment compromise si Hollande n’accepte pas de donner un minimum de caution diplomatique à Déby en le recevant à l’Elysée.

Le cas tchadien illustre cette incapacité de l’exécutif français à définir une ligne diplomatique claire et assumée concernant ses relations avec les dictateurs africains. A quoi bon en effet tenir un discours sur les droits humains sur les terres d’un dictateur à Kinshasa en octobre et se pincer le nez face à lui, si c’était pour rencontrer discrètement dans la même journée les despotes congolais et camerounais Denis Sassou Nguesso et Paul Biya ou si c’est pour recevoir à l’Elysée le dictateur tchadien Idriss Déby quelques semaines plus tard ?

Rappelons qu’Idriss Déby, souhaitant faire jouer au maximum son potentiel de négociation, avait pris soin de décliner l’invitation à Kinshasa, sans doute d’en l’attente d’être « mieux traité » à Paris. C’était prendre peu de risques. Les visites ministérielles au Tchad en juillet dernier de Laurent Fabius et Pascal Canfin avaient en effet laissé envisager, sur fond de crise au Mali, une continuité dans la politique française de soutien « pragmatique » au dictateur, le chef de la diplomatie française y faisant étalage des « relations d’amitié qui demeurent » .

En fait d’amitié, c’est l’armée tchadienne qui est soutenue sans discontinuer par le dispositif militaire français Epervier, lancé en 1986 par le gouvernement Fabius – ce dispositif est constitué d’un millier d’hommes, d’une force d’aviation et de renseignement sophistiqué, renforcé ces dernières semaines. L’armée tchadienne, en phase avec la volonté farouche d’Idriss Deby de se maintenir au pouvoir, est une des plus puissantes de la région. Habituée à des opérations dans des zones désertiques, elle compterait « 30.000 hommes équipés d’armes modernes et de moyens aériens » [1] .
Dans un pays classé parmi les plus pauvres de la planète, l’armée plétorique de ce pouvoir couvé par les bons soins de la France aurait davantage de quoi inquiéter que de réjouir quiconque.

En effet, Idriss Déby est responsable d’une partie des massacres et atrocités commises sous le régime d’Hissène Habré, dont il fut le chef d’État major, avant de le renverser en 1990 avec l’appui de la France. A la tête de l’État, il n’hésita pas à ordonner de nouveaux massacres et des exactions insoutenables [2] , et s’est maintenu au pouvoir par les armes, toujours soutenu par la France. 

Un soutien tricolore multiforme : économique, via les largesses en aide publique ; diplomatique, par la validation d’élections truquées (quand la France n’a pas elle-même contribué à organiser la fraude comme lors de la présidentielle de 2001) ; militaire enfin, l’armée française repoussant les rébellions de 2006 ou 2008 et continuant à fournir en armes un régime qui a renoncé à investir dans les secteurs sociaux de base et n’hésite pas, comme le dénonce Amnesty International, à recruter des enfants soldats.

Aujourd’hui, alors que les Tchadiens réclament la démocratie, la fin de la répression contre les opposants, victimes d’arrestations arbitraires, la vérité dans les multiples affaires criminelles impliquant le régime tchadien (dont la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamet Saleh en février 2008), et surtout des politiques publiques au service des populations, la France accepte de redonner une caution d’honorabilité à Idriss Déby.
Avec pour seul espoir que les soldats tchadiens, supposés spécialistes du Sahel (du moins quand la France les appuie), sinistrement réputés pour leur clanisme, leurs exactions et leurs multiples retournement d’alliances dans les différents conflits internes, ne constituent un soutien utile sur le terrain malien.

Naïvement ou à dessein, le Président de la république française s’engouffre dans une realpolitik promue avec son Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius et opte délibérément, sous des prétextes fallacieux, pour une politique criminelle de réhabilitation d’un des pires despotes du continent.
Un manque de lucidité particulièrement étonnant tant les exactions du régime Déby sont connues et documentées, y compris par des conseillers du président de la République, telle l’ancienne députée Marie-Hélène Aubert [3] qui de part ses travaux passés est bien informée de la nature du régime d’Idriss Déby .

Une diplomatie française qui s’évertue à voir Idriss Déby comme une solution plutôt que comme un problème n’est décidément pas prête à rompre avec la Françafrique.



[1] « On y trouve aussi huit hélicoptères de combat, Mi-17 et Mi-8 ainsi que deux avions de chasse Sukhoï et des avions de reconnaissance aérienne » selon RFI ( jeudi 15 novembre 2012, Nord du Mali : option militaire et dialogue politique menés de front).

[2] Cf. Annexe 1 - Exemples d’exactions commises par Idriss Déby

[3] Auteur d’un rapport parlementaire en 1999 sur les entreprises pétrolières qui avait consacré plusieurs pages au cas tchadien. Voir http://www.assemblee-nationale.fr/l... Mme Aubert avait par ailleurs témoigné en faveur du Président de Survie François-Xavier Verschave lors d’un procès intenté en 2001 par trois chefs d’Etat africains dont Idriss Déby, où elle avait décrit les exactions commises par Idriss Déby et son armée sur les populations civiles (cf. Annexe 1).


Contact Presse : danyel.dubreuil@survie.org 01.44.61.03.25

lundi 26 novembre 2012

L'édito de Billets d'Afrique et d'Ailleurs (Novembre 2012)

Retrouvez ici chaque mois l'édito du mensuel publié par SURVIE :
Billets d'Afrique et d'ailleurs.
S'abonner à Billets d'Afrique et d'ailleurs.


Paris célèbre le franc des colonies françaises d’Afrique

Le titre du colloque qui s’est tenu le 5 octobre à Bercy sous l’égide du Trésor et de la Banque de France, « Regards croisés sur quarante ans de zone franc » est trompeur. En réalité, c’est en 1945 que le franc CFA, franc des colonies françaises d’Afrique, a été créé. Ces pays gardent cette monnaie après les pseudo-indépendances octroyées par la France, mais la prédation ne pouvant avancer que masquée, CFA signifie désormais quelque chose comme « communauté financière africaine ».
Entre la France et les États africains de la zone franc sont formalisés, en novembre 1972 pour les États membres de la Banque des États d’Afrique centrale et en décembre 1973 pour les États membres de la Banque centrale d’Afrique de l’Ouest, des accords de coopération monétaire qui « marquent le départ de l’habillage juridique d’une pratique de rente propre à la colonisation » selon le statisticien camerounais Dieudonné Essomba.
Ces accords donnent à la France le contrôle de l’économie de ces pays. Ils établissent une parité fixe entre le franc CFA et le franc français, puis l’euro à compter de 1999. Le véritable institut d’émission du franc CFA est la Banque de France : ni la BCAO de Dakar, ni la BEAC, de Yaoundé ne décident de la masse monétaire qui circule dans leurs États :
« Le franc CFA n’est la créature d’aucun État africain ; il est la créature de l’État français, il n’est donc que le franc français lui- même »
Citation tirée, comme les suivantes, de Monnaie, servitude et liberté. La répression monétaire de l’Afrique (1980), de Joseph Tchoundjang Pouemi (1937-1984)
Enfin ces États doivent déposer leurs réserves de change auprès du Trésor français, c’est-à-dire « payer le Trésor français pour garder leurs devises ». Surtout le CFA a permis à la France d’acquérir les matières premières de son empire colonial avec sa propre monnaie. La garantie illimitée que la France devait en contrepartie apporter au CFA s’est révélée une « absurdité logique » au mieux, un mensonge dans le pire des cas. La prétendue parité fixe n’empêcha pas la France d’imposer, en janvier 1994, une dévaluation de 50% du CFA qui eut des effets dévastateurs pour les ménages africains. Elle a ainsi divisé par deux sa facture énergétique africaine, en plein envol du prix du pétrole, tandis qu’elle multipliait par deux, dans les pays de la zone franc, le prix des équipements dont ils manquent cruellement.

Rien d’étonnant que cinq des dix derniers pays en termes de développement humain appartiennent à la zone franc. Selon le classement de la banque mondiale elle-même, le Botswana, dénué de ressources, est plus développé que le riche Gabon. Des pays comme le Cameroun ou la Côte-d’Ivoire ont accompli l’exploit de devenir des pays pauvres très endettés, objet de la sollicitude du club de Paris. Ce groupe informel de pays développés créanciers de pays pauvres est présidé par Michel Camdessus, qui fut directeur du Trésor français, gouverneur de la Banque de France, enfin directeur général du FMI de 1987 à 2000.
C’est ce même Camdessus qui est venu chanter les louanges de la dévaluation de 1994 au colloque susdit.

Car en guise de « regards croisés », on n’eut qu’une grand-messe françafricaine, toutes les interventions portant aux nues le franc CFA. Aucune grande voix africaine n’est venue troubler ce flot de louanges. Les pères de la critique du CFA sont morts : Sylvanus Olympio, premier président du Togo, assassiné au moment où il s’apprêtait à créer la monnaie togolaise, Joseph Tchoundjang Pouemi, économiste camerounais, « suicidé » peu après avoir publié un ouvrage décisif sur le sujet.
Le docile Ouattara, qui a fait toute sa carrière au FMI et à la BCAO avant d’être mis par nos armées à la tête de la Côte-d’Ivoire, y a en revanche prononcé un éloge inconditionnel du CFA, « un atout indéniable », et de ces accords « qui ont atteint leurs objectifs ». C’est le même pourtant qui a été tendre sa sébile auprès du Club de Paris, arguant de « la pauvreté galopante » et de « l’insuffisance des infrastructures » dont souffre son pays : c’étaient donc là les objectifs de la zone franc.


12 novembre 2012 par Odile Tobner

 

dimanche 25 novembre 2012

CdI: Quand Poncet disait en novembre 2004 : «Je veux des morts ivoiriens»





2004, à l'occasion de laquelle neuf soldats français et 64 civils ivoiriens (dont Antoine Massé, correspondant à Duékoué du quotidien Le Courrier d'Abidjan) ont perdu la vie dans des conditions jamais élucidées par le moindre procès ? Sans doute. Le site d'investigation Mediapart a ouvert le feu hier dans une enquête intitulée "MAM aux prises avec deux affaires ivoiriennes", mêlant dans le récit novembre 2004 et le meurtre, le 13 mai 2005, de Firmin Mahé, décrit comme un dangereux "coupeur de routes" par l'armée française.

Mediapart révèle pour la première fois les propos d'un colonel français sur l'état d'esprit qui était celui du général Poncet avant le massacre de l'Hôtel Ivoire, le 9 novembre 2004. "Le bombardement de Bouaké a créé une ambiance plus que tendue, propice aux représailles, régnant fin 2004-début 2005 au sein de la force Licorne. "Je veux des morts ivoiriens’’, aurait ainsi déclaré le général Poncet, le patron de la force Licorne, lors de la prise par les soldats français de l’aéroport d’Abidjan, et de la destruction des bombardiers et hélicoptères de l’armée ivoirienne selon le témoignage d’un colonel qui figure dans le dossier Mahé." Et effectivement il y eut des morts ivoiriens. 
Mediapart s'étonne également de la "clémence" dont a bénéficié Poncet au sujet de l'assassinat de Mahé, dont il avait pourtant été décrit comme le cerveau. "C'est un officier écœuré qui a fini par dénoncer à sa hiérarchie l’assassinat de Firmin Mahé. Ce crime est ensuite signalé au procureur du tribunal aux armées, le 12 octobre 2005, par le chef d’état-major de l’armée de terre, et donne lieu quelques jours plus tard à une information judiciaire pour «homicide volontaire». (...) La magistrate met en examen le général Henri Poncet, fin 2005, pour «complicité d’homicide volontaire». Le patron de la force Licorne a en effet été mis en cause au cours de l’instruction par le colonel Burgaud. Le général dément, et explique qu’il a seulement couvert ses hommes a posteriori, en validant une version tronquée de la mort de Firmin Mahé. Après le changement d’affectation de la juge, la collègue qui reprend le dossier Mahé, Florence Michon, accorde – en juillet 2010 – au général un non-lieu qui étonne les spécialistes, et a un parfum entêtant qui évoque la «raison d'Etat». Une "raison d'Etat" liée à ce que Poncet sait sur la vraie histoire du bombardement du camp français de Bouaké en novembre 2004 ? Il n'est pas interdit de se poser la question.

jeudi 8 novembre 2012

Guinée équatoriale : Claude Guéant et la « Françafrique d’Obiang »


Publié le mercredi 24 Octobre 2012 par Fouâd Harit. Source: Afrik.com


Claude Guéant et Todoro Obiang - Serge Bithoul au centre sur le canapé de gauche / Photo : Guineaecuatorialpress.com

Claude Guéant, au secours des entreprises françaises. La semaine dernière, l’ex-ministre de l’Intérieur français était en voyage d’affaires en Guinée équatoriale. Qu’a-t-il donc pu bien y faire ?

Après sa défaite symbolique aux dernières élections législatives à Boulogne, face au dissident UMP Thierry Solère, Claude Guéant est déjà à pied d’œuvre. A peine constitué, son cabinet d’avocats s’est pour la première fois envolé vers l’Afrique. Plus précisément en Guinée équatoriale, selon une annonce faite à L’Express la semaine dernière. Un pays où les relations avec l’hexagone se sont dégradées par l’affaire des « Bien mal acquis ». Peu importe, l’ancien ministre de l’Intérieur a gardé de bons contacts sur place. Ainsi, Claude Guéant s’y est rendu jeudi dernier pour aider, dit-il, une entreprise française en difficulté. Ce dernier est toutefois resté bien silencieux sur l’identité de l’entreprise bénéficiant de ses services...
Mais dans une photo parue sur le site Internet de l’association France-Guinée équatoriale, on aperçoit Claude Guéant à la tête d’une délégation composée notamment de son gendre Jean-Claude Charki, un banquier d’affaire, et de Serge Bithoul, PDG de GECI International, reçus par le président guinéen Obiang. Essaient-ils de vendre le Skylander, un avion dit « révolutionnaire » dont la construction est pilotée par Bithoul, en Guinée équatoriale ? L’association rappelle la passion du président Obiang pour les avions, il n’est donc « pas difficile de deviner autour de quoi a pu tourner l’entretien ». Une information confirmée ce mardi par le Républicain Lorrain.

Le Skylander est un avion civil biturbopropulsé. Les constructions menées par la société GECI International, à travers sa filiale GECI Aviation, ont démarré en 2001. Après un premier vol avorté en mai 2005, plusieurs reports, modifications et déménagements de site, la sortie du premier prototype n’était toujours pas réalisée en octobre 2012. Le pôle GECI Aviation est depuis 2008 implanté sur l’ancienne base aérienne de Chambley-Bussières, avec le soutien de la région Lorraine.

Un avion « involable » et invendable

Le Skylander n’a pour l’heure toujours pas trouvé acheteur. La « Françafrique d’Obiang » pourrait donc arriver à la rescousse de Serge Bithoul, par la voie (et la voix) de Claude Guéant. Cette visite d’affaires dans la sulfureuse Guinée équatoriale mitige certains ténors de la droite française, selon Le Républicain Lorrain, à l’instar de Gérard Longuet qui fustige la décision de Bithoul : « C’est très maladroit. [Le président] Obiang sent le soufre ; jamais Bitboul n’aurait dû aller là-bas. En plus, s’il échoue [à récupérer de l’argent], ce sera encore pire. Quand on déjeune avec le Diable, on prend de longues fourchettes ».
Le PDG de Sky Aircraft n’y voit, au contraire, aucun problème : « Le président Obiang n’est pas son fils, que je sache ! Le président, qui est francophone, n’a pas de problème avec la France. Des grandes sociétés du monde entier participent à de fructueux courants d’échanges avec la Guinée, qui est en pleine expansion ». La Guinée équatoriale est en effet en pleine expansion. Le pays est le troisième producteur de brut en Afrique, mais a l’une des populations les plus pauvres au monde. Nadine Morano, qui affirme entretenir des « contacts réguliers » sur le dossier Skylander, ne voit, elle aussi, aucun inconvénient à ce que Guéant et Bithoul fassent affaire avec le très controversé et opulent président Obiang.
L’entreprise qui a mobilisé plus de 130 millions de dollars pour la construction du biturbo n’a eu aucun partenaire dès le début du projet. Elle se retrouve aujourd’hui dos au mur. Il manquerait entre 150 et 180 millions de dollars d’ici à 2014. Toutes les solutions semblent désormais bonnes à prendre pour lancer un Skylander qui risque la chute libre avant même le décollage.