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lundi 11 février 2013

“Il faut qu’Areva paie la facture !”

Le 2 novembre dernier, Survie Gironde avait invité Ramatou Solli, coordinatrice du Groupe de Recherche sur les Industries Extractives au Niger (GREN), et nous étions nombreux à l'écouter témoigner du combat de la société civile nigérienne pour se réapproprier son sol et son sous-sol face à la prédation, entre autres, de la société française Aréva.

Retrouvez ci dessous un entretien publié sur le site de Survie, ainsi qu'un communiqué de presse du GREN du 31.01.2013

En lien avec ce communiqué, un article intitulé :



                                                 ___________________________

Enseignante, Ramatou Solli est coordinatrice du GREN, Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives au Niger, fondé en 2006 par dix organisations de la société civile nigérienne. De passage en France, elle témoigne....

Billets d’Afrique : comment est né le GREN ?
Ramatou Solli : Nous voulions « mettre notre nez » dans ce qui se passe sur les industries extractives. De 1968 – début de l’extraction de l’uranium – à l’an 2000 où l’association Aghir in man a commencé ses activités à Arlit, aucune organisation ne s’occupait de ces questions. En 2006, deux autres organisations se sont mises en place au niveau national, le GREN donc qui traite des conditions d’exploitation (de l’uranium mais aussi du pétrole ou de l’or), et le ROTAB qui se concentre sur l’analyse budgétaire.
Nous essayons de mettre en place des coordinations régionales. Nous formons les populations et organisons des séances de sensibilisation pour expliquer que les personnes sont confrontées à un danger silencieux lié à l’exploitation de l’uranium. Au GREN, nous travaillons surtout sur les impacts socio-environnementaux, qui sont de trois ordres : la radioactivité et les montagnes de stériles, l’eau et la santé des travailleurs et des populations.

Quels sont les enjeux liés à l’eau ?
Les mines d’arlit exploitées par Areva se trouvent dans une région désertique, où les eaux de surface sont très rares. La Cominak et la Somaïr [les sociétés minières] prélèvent dans la nappe fossile. Areva, qui a toujours tendance à tourner les choses en sa faveur, reconnaît elle-même avoir pompé dans le sous-sol de la région d’Agadez 270 milliards de litres d’eau de 1968 à 2009.
Le risque c’est que d’ici 30 à 40 ans, il n’y ait plus une goutte d’eau dans le sous-sol. De plus, l’accès à l’eau potable est une préoccupation majeure et constante : les populations de la région n’y ont pas accès et les habitants d’Arlit ont accès à une eau potable que nous soupçonnons fortement d’être contaminée. Il faut savoir qu’Areva pompe presque gratuitement l’eau. Nous souhaitons l’installation d’un compteur sur tous les forages d’Areva pour pouvoir évaluer la quantité d’eau annuelle utilisée.
En plus de régler sa facture d’eau, Areva doit prendre les dispositions pour que la population puisse s’approvisionner en eau potable.

Comment Areva a-t-elle réagi à la campagne du GREN ?
La première réaction a été de dire que nous ne savions pas ce que nous faisions, qu’Areva était une grande entreprise qui fait très bien son travail, qui paie des redevance superficielles à l’Etat et donc qu’elle ne devait rien. Actuellement, nous sommes en train de vérifier s’il y a dans les contrats miniers une disposition qui dispense Areva de payer l’eau. Pour ma part, j’ai presque mangé le contrat mais je n’ai pas vu un seul article qui parle de l’eau. S’il n’y a rien dessus, cela veut dire qu’Areva doit payer. Il n’y a pas non plus une seule disposition dans le code minier qui exonère de payer l’eau.

Les autorités sont-elles en alerte sur le tarissement probable des nappes fossiles ?
Il y a eu plusieurs manifestations pour la cause de l’eau à Arlit mais je n’ai pas vu une seule autorité locale ou nationale. Areva n’a fait aucune déclaration. La signature du contrat d’Imouraren montre que l’on a plutôt envie de continuer à piller et à gaspiller cette eau précieuse : 10 millions de m3 d’eau vont y être pompés par an.

Quel est l’impact de l’exploitation uranifère sur la santé des travailleurs et des populations ?
Pendant 18 ans, les travailleurs embauchés dans les mines n’ont pas été informés que l’uranium était radioactif. Selon les témoignages c’est seulement à partir de 1986 que l’on a commencé à leur dire que c’était dangereux. Plus largement, d’après les experts, les conséquences sur la santé peuvent se déclarer quinze ans après l’exposition. Alors que les populations d’Arlit sont là depuis au moins 40 ans, ce serait malhonnête de dire qu’elles ne sont pas confrontées à la radioactivité.
En 2010 sous la pression de Sherpa et de Médecins du Monde et peut-être pour éviter un procès dans lequel elle avait beaucoup à perdre, Areva a préféré mettre en place une stratégie qui sonne comme une reconnaissance tacite des conséquences de la radioactivité : les observatoires de la santé au Gabon et au Niger [1].
Curieusement ces observatoires concernent uniquement les anciens travailleurs alors que les mines de Cominak et Somaïr sont toujouts en activité et que la mine géante d’Imouraren n’est pas encore en exploitation. Ce n’est pas tout : dans le cadre de l’observatoire, le travailleur souffrant d’une maladie pouvant être liée à l’uranium doit prouver que celle- ci découle de son activité !
Une chose est sûre : beaucoup de personnes sont malades. Sur place, il n’y a pas de volonté d’enquêter sur les liens de cause à effet. Et le tableau désuet auquel les observatoires de santé se réfèrent pour l’indemnisation des maladies professionnelles est très contesté.
Le ROTAB a donc décidé de ne les pas intégrer , considérant que le processus était biaisé dès le départ. Au GREN, nous avons pensé qu’il était de notre responsabilité de rester à l’assemblée générale de l’Observatoire de santé de la région d’Agadez (OSRA) pour voir de près ce qui s’y passe, avoir des informations et avoir un regard critique. Cela nous a permis de constater que, depuis un an, on y fait plus du folklore que de l’observation. Areva fait surtout en sorte d’opposer les membres de la société civile en faisant miroiter quelques avantages matériels.

Comment le gouvernement perçoit votre travail ?
On nous traite parfois de bandits, on nous voit comme des opposants. Parfois, comme c’est le cas actuellement, nos interventions sont très appréciées car tout le monde a intérêt à ce que les revenus des industries extractives soient revalorisés. Par exemple, nous avons monté un réseau des parlementaires pour la transparence de l’industrie minière auprès duquel le message passe ; la population et les journalistes apprécient ce que nous faisons et sont de plus en plus informés.

La constitution de 2010 intègre des éléments sur l’exploitation des industries extractives, qu’est ce que cela change concrètement ?
La VIIe constitution du Niger stipule que les ressources naturelles sont la propriété du peuple nigérien ; les revenus issus du secteur extractif doivent être alloués en priorité aux secteurs de la santé, de l’éducation et de l’agriculture ; les montants versés à l’Etat par entreprise doivent être présentés de façon désagrégée ; les contrats doivent être publiés au Journal officiel.
C’est une vraie avancée, fruit de la lutte de la société civile puisque des militants faisant partie du conseil consultatif national [en 2010] se sont battus pour qu’elles y soient intégrées. Mais il faut constater que le seul changement à ce jour, c’est la publication systématique des conventions signées avec les entreprises au Journal officiel. Pour les autres points, rien de tangible. Il faut continuer à lutter pour que cela devienne concret surtout en ce qui concerne la santé, l’éducation et l’agriculture. Avec le ROTAB et Alternatives, nous avons remarqué que malgré les dispositions de la constitution et les discours du Président Issoufou et de son Premier ministre, qui prétendaient que l’éducation allait être financée à hauteur de 25% du budget national, ce sont en fait 14.5% qui sont alloués à ce secteur clé – et si l’on regarde de près, c’est 10% qui restent au niveau des ministères !

En 2012, le prix d’achat de l’uranium par Areva a été revalorisé. Récemment, le Président nigérien a haussé le ton après l’annonce d’un report de l’ouverture de la mine d’Imouraren. Comment interprétez- vous cela ?
Le budget du Niger est passé brusquement de 600 milliards de Francs CFA (917 millions d’euros) à 1 200 milliards (1,832 millions d’euros). Le gouvernement compte beaucoup sur les revenus à venir de l’exploitation de la mine d’Imouraren d’où la mauvaise humeur. Il demande donc la revalorisation du prix de l’uranium. En novembre, à l’occasion d’un Conseil des ministres, les autorités ont déclaré que les industries extractives ne contribuent qu’à 5.6% du budget du Niger mais cela n’a pas été suivi d’une stratégie, de propositions concrètes pour mieux tirer profit de cette industrie. Tout récemment, le président a contracté une nouvelle dette pour financer le Plan de développement économique et social 2012-2015 [qu’il était venu présenter aux bailleurs mi-novembre à Paris !] au lieu d’avoir une stratégie permettant de trouver des moyens de boucler le budget sans nous endetter.
Les Nigériens avaient de grands espoirs avec un président ingénieur des mines. Ils disaient : voilà quelqu’un qui s’y connaît mieux que Tandja (son prédécesseur), bien rôdé à la tâche, qui va faire en sorte que le Niger bénéficie pleinement de ses ressources. A vrai dire nous sommes très déçus, nous avons plutôt l’impression que le Niger cherche des solutions à court terme.

Propos recueillis par Juliette Poirson
Article publié le 04.02.2013

 [1] Le 18 décembre 2012, Sherpa a annoncé son retrait des accords avec Areva


                                         _________________________________



Communiqué de presse du GREN

Le Groupe de Réflexion et d’action sur les industries Extractives au Niger (GREN) a appris avec une grande consternation mais sans réelle surprise que les gouvernements français et américain ont décidé de l’installation imminente, si ce n’est déjà fait de bases militaire dans notre pays.
Il s’agit apprend – t- on pour les forces américaines de renforcer les opérations militaires en cours au Mali. Quant aux militaires français leur objectif serait d’ " assurer la sécurité des principaux sites d'exploitation d'uranium de l'entreprise française Areva au Niger".
Rappelons-le, la France s’est arrogé le droit de prendre les devants dans l’intervention armée au Mali en lieu et place des forces de la CEDEAO en vue de :
  1. s’ériger en défenseur d’une démocratie qu’elle a contribué à corrompre.
  2. S’octroyer les marchés de la reconstruction d’un pays qu’elle détruit elle-même,
  3. Tester toute sorte d’armes sans aucun contrôle ;
  4. S’accaparer des richesses naturelles et du sous- sol malien ;
  5. Réaliser son vieux rêve de posséder les richesses minières du sahel dont le Niger et ses ressources uranifères sont parties intégrantes.
Cette décision intervient au moment où les nigériens continuent à s’interroger sur le sens qu’il faut donner aux accords secrets signés entre AREVA et le directeur de cabinet du président de la République ;
Que le ministre d’état, ministre des Mines et du développement industriel affirme être désigné par le gouvernement pour conduire les négociations entre l’industriel français et notre pays ;
Et que l'Observatoire du nucléaire français est assigné en justice le 1er février au Tribunal de Grande Instance de Paris pour avoir accusé Areva de pratiquer la corruption auprès des dirigeants du Niger ;
C’est la preuve que la France agit au Niger comme en pays conquis et que les ressources naturelles du Niger lui appartiennent dans les faits comme au temps de la colonisation ;
Au vu de tout ce qui précède, le GREN apporte son soutien indéfectible à l’observatoire du nucléaire et à son dirigeant Monsieur Stéphane Lhomme dont le seul tort est d’avoir informé l’opinion sur les pratiques de AREVA ;Dénonce cette décision de l’état français et le silence coupable des autorités nigériennes .Appelle la société civile à se mobiliser pour une action d’envergure en vue de protéger l’intérêt des populations nigériennes.

Fait à Niamey, le 31 janvier 2013
La Coordonnatrice Nationale
Groupe de Réflexion et d’action sur les industries Extractives au Niger
GREN BP 11923, Niamey, Niger
Tél. +227 91 49 33 81/99 97 24 04


samedi 9 février 2013

Petite histoire des colonies françaises : Rencontres avec Otto & Jarry

Dans le cadre de l'édition 2013 de la Semaine nationale anticoloniale et antiraciste, Survie Gironde, le Collectif d'ailleurs nous sommes d'ici 33 et BD Fugue invitent Otto & Jarry pour deux rencontres autour du tome 5 de la Petite histoire des colonies françaises intitulé "Les Immigrés", paru fin novembre 2012 aux éditions FLBLB.

Les rencontres auront lieu le

  

mercredi 20 février 

 

- à 17h à BD Fugue 

10 rue de la merci à Bordeaux
(proche de la place Camille Jullian)

- à 20h à l'Athénée Libertaire
7 rue du Muguet à Bordeaux
(proche du cours V. Hugo)

 Elles seront suivies d'une séance de dédicace. 


Après avoir raconté et dessiné en 4 tomes l'aventure coloniale française à travers le monde, la décolonisation, puis le néocolonialisme (tome 4 : la Françafrique), Otto & Jarry poursuivent leur travail d'amateurs d'Histoire sans jamais se départir de l'humour potache qui les caractérise !
Ils s'intéressent donc logiquement dans ce dernier opus aux fluctuantes politiques migratoires en vigueur en France depuis le milieu du XIXème siècle et démontrent que "l'homme civilisé descend de l'immigré".


Une belle occasion pour Survie Gironde et le Collectif d'ailleurs nous sommes d'ici 33 de proposer un temps d'échanges avec les auteurs sur les réalités et raisons d'être des migrations en France et l'accueil réservé aux migrants, ainsi que sur le poids de l'histoire coloniale française dans les relations actuelles entre la France et l'Afrique.

Survie Gironde est heureux de retrouver Otto & Jarry que nous avions déjà reçu lors de la sortie du tome 4 sur la Françafrique.

Survie Gironde est membre du Collectif d'ailleurs nous sommes d'ici 33 qui réunit localement 25 associations, syndicats et partis politiques contre le racisme, contre la politique d'immigration actuelle et pour la régularisation des sans-papiers.

 Et comme Otto & Jarry ne font rien comme les autres, retrouvez la bande Annonce du livre sur le site de leur maison d'édition FLBLB !







 

Théâtre "Témoignages"

Nous vous signalons une soirée théâtre le 16 février prochain, à la salle Delteil, rue du onze novembre à Bègles, à 20h30.

La compagnie Blizart vous présentera son spectacle "Témoignages", avec l'association Cauri de Bordeaux, l'association Ibuka, et avec le soutien de la mairie de Bègles. 


Il s'agit de lectures de textes issus des livres de Jean Hatzfeld et de Révérien Rurangwa, accompagnées par les musiciens de Cauri.


Le prix de l'entrée est solidaire. 


Des objets artisanaux du Rwanda seront également exposés, ainsi qu’une table de presse. 
Un bar sera à la disposition des visiteurs et des spectateurs.





jeudi 7 février 2013

L'intervention militaire Française au Mali

Voici plusieurs liens où trouver des interventions ou publications de l'association Survie au sujet de l'intervention militaire française au Mali :

(retrouvez l'ensemble des articles de Survie sur le Mali en suivant ce lien)

Mali : Une élection sous influence française, cautionnée par l’Union Européenne et l’ONU (25.07.2013) 

 

Accord de Ouagadougou : une élection, mais pas de solution (08.07.2013)

 Tenir à tout prix le délai du 28 juillet pour l’élection présidentielle, non pas pour respecter le souhait des populations, mais pour redonner une apparence de légitimité à une oligarchie qui a largement contribué au déclin du pays : c’est le pari hasardeux que la France est en train d’imposer au Mali.

 

La France en guerre au Mali, enjeux et zones d’ombres (juin 2013)

Edition Tribord, 249 pages, 7 €
Ouvrage collectif de l’association Survie coordonné par Juliette Poirson et Fabrice Tarrit
 

France-Mali : les militaires remportent leur guerre d’influence au Parlement et à l’ONU (29.04.2013) 

A l’unanimité et sans réel débat l’Assemblée nationale et le Sénat ont voté lundi 22 avril 2013 la prolongation de l’opération militaire française Serval au Mali.

 

Mali : bienvenue dans un monde parallèle (03.04.2013)

Comme en Côte d’Ivoire, la France entend bien bénéficier de la couverture onusienne pour maintenir son armée dans le pays (ou à proximité immédiate), sous couvert de prêter assistance à la force de l’ONU, sans pour autant se plier aux contraintes qu’exigerait une participation officielle à cette force.

 


Mali : la France, chantre de l’autonomie du Nord (12.02.2013)
Après l’entrée en guerre de la France au Mali, et la prise des villes du nord, des personnalités politiques françaises, Laurent Fabius et Elisabeth Guigou en tête, mettent en avant les revendications du MNLA et l’autonomie du nord du pays. 
 

Un dossier très complet intitulé "Les zones d'ombres de l'intervention française au Mali" (24.01.13)


Communiqué de presse (14.01.13)



Passage à la Radio Française :






Autres articles que ceux de Survie (liste non exhaustive) :

Aminata Traoré, ancienne ministre malienne de la culture, dénonce l'"humiliante ingérence" de la France au Mali (mai 2013)

LE NAUFRAGE ET L’OFFENSE - "LE MALI EST A RENDRE AUX MALIENS " par Aminata D. Traoré (mai 2013)


Jean Batou  (source : ESSF)
Mali : refuser la géopolitique du « moindre mal ». Aux racines de la crise (04.02.13)

Introduction de son article :
"Pour appréhender un phénomène aussi complexe que le soulèvement touareg au Nord-Mali, de même que l’essor de l’islam politique et le rôle joué par les groupe djihadistes armés dans cette région, il importe de prendre de la distance par rapport aux compte-rendu émotionnels de la grande presse, qui réduit chaque événement à son apparence immédiate, contribuant à le rendre proprement insaisissable. Je commencerai donc par brosser un tableau social du Mali, dominé par la misère, de larges poches de famine, et la montée des inégalités sociales et régionales, dans un contexte marqué par la libéralisation économique et l’ouverture aux capitaux étrangers, sous la pression d’une succession de plans d’ajustement structurel, depuis la seconde moitié des années 1980. Ensuite, je reviendrai sur l’histoire des soulèvements touaregs, de la résistance à la colonisation française à la lutte contre les politiques centralisatrices et répressives du Mali indépendant. Enfin, je tenterai d’analyser le jeu spécifique de certains acteurs comme les investisseurs internationaux, les djihadistes étrangers et les trafiquants du Sahel. Je conclurai ce tour d’horizon en justifiant le refus de tout soutien à l’intervention militaire française."



 Achille Mbembe :
« C’est aux Africains de régler eux-mêmes leurs différends »
(28.01.2013)


Bérangère Rouppert (chargée de recherche au GRIP) : 
L’étonnant consensus autour de l’intervention française au Mali
(15.01.13)



mardi 29 janvier 2013

Avec Paul Biya, François Hollande poursuit la réception des dictateurs françafricains

Communiqué, le 29 janvier 2013


Tandis que l’opération militaire massive au Mali focalise l’attention et que responsables politiques et analystes s’évertuent à démontrer que les modalités d’intervention signent la fin de la Françafrique, François Hollande reçoit le plus vieux des « dictateurs amis de la France », ce mercredi 30 janvier à 15h, pour le plus grand bonheur du patronat français. Une lettre ouverte lui a été adressée et une conférence de presse est organisée de 10h à 12h à la Maison de l’Afrique pour dénoncer ce soutien renouvelé au régime camerounais.

Les regards sont toujours tournés vers le Mali, mais ce mercredi 30 janvier, c’est à une autre région d’Afrique que se consacre François Hollande. Et contrairement aux récentes réceptions des dictateurs burkinabè [1] et tchadien [2], la « lutte contre le terrorisme » ne peut pas être invoquée pour essayer de justifier que le président d’une relation franco-africaine « normalisée » reçoive le despote camerounais, au pouvoir depuis plus de trente ans [3].

La rencontre avec Paul Biya, « réélu » frauduleusement en 2011 [4] et qui s’apprête à organiser des élections législatives et sénatoriales pour lesquelles un blanc-seing français sera précieux, est officiellement placée sous le signe des droits humains. On nous annonce ainsi un président Hollande intraitable, très attentif à l’évolution du dossier de certains ressortissants français embastillés au Cameroun... Un patriotisme qui ne doit pas virer à l’indignation sélective, moins d’une semaine après la publication par Amnesty International d’un nouveau rapport sur les « multiples atteintes aux droits humains », qui dénonce « des exécutions illégales et des actes de torture », des poursuites pénales « pour museler les opposants politiques, les défenseurs des droits humains et les journalistes », et des persécutions homophobes [5]. Malgré cela, la France maintient scandaleusement une très importante coopération policière et militaire avec ce pays [6].

Pour désamorcer la critique, l’Élysée ne manquera pas de formuler ses vœux désormais traditionnels de « transparence » et de « bonne gouvernance ». Ce serait un gage de continuité, car Paul Biya, que ses concitoyens considèrent comme le plus corrompu des camerounais, instrumentalise régulièrement la lutte contre la corruption pour mener des purges contre ses adversaires et ses affidés les plus ambitieux de son propre appareil politique et asseoir ainsi son pouvoir autocratique : ce discours sur la « bonne gouvernance » est, au Cameroun comme partout en Françafrique, le nouvel outil de management de la dictature.

Victime emblématique de cette prétendue lutte contre la corruption, Paul Eric Kingué se démène en vain depuis près de 5 ans contre une justice aux ordres du pouvoir. Il paie le prix de s’être attaqué aux entreprises françaises présentes sur la commune dont il fut le maire [7], et qui disposent de puissants relais politiques. Cette affaire, comme la rencontre stratégique que Paul Biya aura au MEDEF le lendemain de son entrevue avec François Hollande, illustre qui sont les bénéficiaires de ce soutien renouvelé au régime de celui que la France installa au pouvoir en 1982. Les dirigeants et actionnaires des entreprises françaises présentes au Cameroun continuent en effet, malgré une concurrence croissante, d’être les premières à piller les richesses d’une population scandaleusement pauvre [8]. Le commerce bilatéral de la France avec le Cameroun, ce sont en effet 632 millions d’euros d’exportations et près de 300 millions d’euros d’importations [9], qui font le bonheur d’environ 200 entreprises locales appartenant à des français et d’une centaine de filiales de grands groupes français omniprésents dans l’économie camerounaise [10] : l’exploitation du pétrole (Perenco) et sa distribution (Total), l’agriculture et l’agroalimentaire (Compagnie fruitière, Vilgrain, Castel, Bolloré,..), le bois (Rougier), le ciment (Lafarge), les transports (Bolloré, Air France), la téléphonie mobile (Orange), les banques et les assurances (Société Générale, Le Crédit Lyonnais, Banques Populaires, Axa, ...), le BTP (Vinci, Bouygues, …).

L’association Survie renouvelle son exigence de refonte complète des relations franco-africaines, qui impose notamment de renoncer à toute coopération policière et militaire et d’instaurer un « service diplomatique minimum » avec les régimes n’ayant aucune légitimité démocratique. Avec le Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise (CODE), elle vient ainsi d’adresser une lettre ouverte à François Hollande, puisqu’il s’était mobilisé suite à la réception de Paul Biya par Nicolas Sarkozy en juillet 2009.

Afin d’exposer plus en détails la nature du régime camerounais et l’importance du soutien de la France à Paul Biya, le CODE et Survie vous invitent à une conférence de presse ce mercredi 30 janvier 2013 de 10h à 12h à la Maison de l’Afrique (7 rue des Carmes, 75005 Paris).




Lettre ouverte à François Hollande à l’occasion de la réception de Paul Biya Interpellation du CODE (Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise) et de Survie
http://survie.org/IMG/doc/CODE_Lettre_ouverte_Hollande_jan_2013_DEF.doc

Dossier de presse constitué par le CODE
http://survie.org/IMG/zip/Dossier-presse-CODE.zip

Election présidentielle du 9 octobre 2011 au Cameroun : Urgence contre la dictature !
http://survie.org/IMG/pdf/Dossier_de_Presse_Election_Cameroun_Survie_13octobre2011.pdf
 
 
Contact presse :
Danyel Dubreuil – Odile Biyidi,
Association Survie,
danyel.dubreuil@survie.org
(+33)1 44 61 03 25 – 06 52 21 15 61
 
 
 
[1] Communiqué de Survie du 17 septembre 2012 : « Blaise Compaoré à Paris : la Françafrique fait sa rentrée à l’Elysée ! »
[2] Communiqué de Survie du 4 décembre 2012 : « Hollande fait la paix avec Déby et prépare la guerre »
[3] « Élection présidentielle du 9 octobre 2011 au Cameroun : Urgence contre la dictature ! », Dossier de presse réalisé dans le cadre des actions du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique, Survie, mardi 4 octobre 2011
[4] « Cameroun : une mascarade électorale labellisée « acceptable » », Billets d’Afrique n°207, novembre 2011,
[5] Communiqué d’Amnesty International du 24 janvier 2013 : « Cameroun. Halte à l’impunité pour les graves atteintes aux droits humains » et rapport (anglais uniquement) « Republic of Cameroon : Make human rights a reality »
[6] Selon le ministère des affaires étrangères : « Le Cameroun tient une place particulière au sein de l’architecture de paix et de sécurité en Afrique centrale et dans le golfe de Guinée. Ce pays est le premier partenaire de la France en matière de coopération de sécurité et de défense. L’accord rénové de partenariat de défense conclu le 21 mai 2009 est entré en vigueur le 1er août 2012. » (voir http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pa... , mis à jour 10.01.2013)
[7] Communiqué de la FIDH du 29 octobre 2012 : « Cameroun : la FIDH appelle à mettre un terme au harcèlement judiciaire visant Paul-Eric Kingue depuis plus de 4 ans »
[8] « Le Cameroun des entreprises françaises », Billets d’Afrique n°206, octobre 2011
[9] « Le commerce extérieur entre la France et l’Afrique centrale en 2011 », Service Économique Régional de l’Ambassade de France au Cameroun, février 2012
[10] Ambassade de France au Cameroun




vendredi 25 janvier 2013

Rwanda : des pièces accablantes pour la France

Nous vous invitons à lire cet article publié le 24 Janvier 2013 par Elisabeth Felury, sur le site du Parisien.

C’est une lettre de quelques lignes, tapée à la machine. Signée par Augustin Bizimana, le ministre de la Défense rwandais, elle est adressée « au Capitaine Paul Barril ». « Monsieur,… la situation dans mon pays devient de plus en plus critique… Vu l’évolution actuelle du conflit, je vous confirme mon accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises. » La missive insiste sur « l’urgence » de la requête.
Elle est datée du 27 avril 1994. A cette date, le génocide rwandais a commencé depuis trois semaines. Depuis que, le 6 avril, l’avion du président Juvénal Habyarimana a été abattu. Les Hutus, accusant les Tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir commis l’attentat, lancent un effroyable génocide. Hommes, femmes, vieillards, enfants : en quatre mois, essentiellement à coups de machette, ils massacrent 800000 Tutsis (évaluation de l’ONU).


3M$ de factures d’armes, de munitions et d’hommes


Quatre ans après l’attentat contre le président rwandais, une enquête est ouverte en France pour déterminer qui a abattu l’aéronef. Très rapidement, en dépit des très nombreuses contradictions et insuffisances de ses investigations, le juge Bruguière accuse le FPR.
Mais, depuis que son successeur Marc Trévidic a repris le dossier, les cartes ont été entièrement rebattues. Le rôle des autorités françaises dans le génocide apparaît particulièrement ambigu. A ce titre, la lettre au capitaine Barril, récemment versée au dossier et dont nous nous sommes procuré la copie, est saisissante.
Lorsqu’il est sollicité par le ministre de la Défense rwandais, le capitaine Barril n’est pas n’importe qui. « Paul Barril, à cette époque, c’est la France, résume une source judiciaire. Faire appel à lui, c’est faire appel à la France. » Ancien patron du GIGN, cela fait déjà plusieurs années que, avec sa société Secrets, Barril travaille dans l’ombre, à la demande de François de Grossouvre (un conseiller de Mitterrand), pour le gouvernement rwandais. Officiellement, Barril est d’abord chargé d’« une mission d’infiltration » au service du gouvernement rwandais, avant d’être sollicité par la veuve Habyarimana pour enquêter sur les auteurs de l’attentat. Officieusement, son rôle est nettement plus discutable.
L’été dernier, à la demande du juge Trévidic, une série de perquisitions menées chez Barril et auprès de son entourage ont permis de mettre la main sur des documents accablants. Outre la demande de 1000 mercenaires, les enquêteurs ont récupéré des factures d’armes, de munitions et d’hommes, liées à « un contrat d’assistance » passé entre Barril et le gouvernement rwandais et daté du 28 mai 1994. Cartouches, obus, mortiers, grenades… le montant global dépasse les 3 M$. Le 20 décembre dernier, le juge Trévidic interroge le capitaine Barril sur ces documents. Le contrat d’assistance? « Cela n’a jamais existé », prétend l’intéressé. Les factures? « Cela ne s’est jamais fait. » Paul Barril, qui se présente désormais comme conseiller auprès des autorités qatariennes, a une expression pour résumer tout cela : « C’est de la mayonnaise africaine. » Une mayonnaise de près d’un million de morts.

Le Parisien

lundi 21 janvier 2013

Togo, élections législatives - Lettre ouverte du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politique en Afrique à Mme Ashton Catherine et M. Andris Piebalgs

Nous publions le communiqué du Collectif de solidarité avec les luttes sociales et politiques en Afrique à propos des élections législatives à venir au Togo.
Vous trouverez ce communiqué au format PDF sur le site http://www.electionsafrique.org




Paris, le 18 janvier 2013

Lettre ouverte à l’attention de : 
- Mme Ashton Catherine, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎, 
- M. Andris Piebalgs, commissaire au Développement de l’Union européenne

Copies :
-  M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères du gouvernement français
-  M. Pascal Canfin, ministre délégué au Développement du gouvernement français
-  M. Elmar Brok, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement Européen
-  Mme Eva Joly, présidente de la commission Développement du Parlement Européen
-  Présidents des groupes parlementaires du Parlement européen : o M. Joseph Daul, Parti Populaire Européen (Démocrates-chrétiens) o M. Johannes Swoboda, Alliance Progressiste des Socialistes & Démocrates o M. Guy Verhofstadt, Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe o M. Cohn-Bendit et Mme Rebecca Harms, Verts/Alliance libre européenne o M. Marek Grobarczyk, Conservateurs et Réformistes européens o Mme Gabi Zimmer, Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique o M. Emmanuel Bordez, Europe de la liberté et de la démocratie
- M. Calixte Batossie Madjoulba, ambassadeur du Togo en France
- M. Félix Kodjo Sagbo, ambassadeur du Togo à l’Union Européenne


Objet : Demande d’action urgente de l’Union européenne au Togo en vue d’une organisation des élections législatives transparentes, consensuelles et crédibles

Madame le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎,

Monsieur le commissaire au Développement de l’Union européenne,

Entre 2009 et 2011, l’Afrique francophone a connu une vague d’élections présidentielles dont les résultats ont souvent été contestés. Si des transitions démocratiques ont connu un certain succès, au Niger par exemple, la démocratisation du continent africain avance difficilement, et, certains régimes dictatoriaux ont réussi à trouver une ‘légitimité’ internationale en instrumentalisant une démocratie factice au moyen d’élections fraudées. Fin 2012, début 2013, le hasard des calendriers électoraux amène une nouvelle vague d’élections, cette fois, législatives. L’enjeu de démocratisation se déplace des présidentielles aux législatives, mettant l’accent sur le renforcement des institutions.

Au Togo, suite aux massacres de 2005 à l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir, en accord avec l’Organisation des Nations unies et le Programme des Nations Unies pour le Développement, l’Union Européenne a soutenu le pays au niveau des processus électoraux et de la construction de l’Etat de droit, par ses Missions d’Observation Electorale et ses financements. Cette action a indirectement conforté un régime caractérisé par la violence de la répression, l’impunité, la corruption, et le refus de toute alternance politique. Le soutien à la démocratisation a parfois perdu de son efficacité et de son sens. En 2010, l’Union européenne a financé à hauteur de 12,5 millions d’euros l’organisation de l’élection présidentielle, et a envoyé une Mission d’Observation, impliquant par son budget les contribuables européens. L’Union européenne était le garant attendu des résultats comme premier donateur et observateur. Les conditions de cette élection n’auraient pas été acceptées dans les démocraties adhérentes à l’Union européenne. L’Union européenne se doit de tirer les conséquences de son implication, particulièrement si elle continue de financer les élections au Togo. [1]

Si, parmi les principales dispositions de l’Accord Politique Global (APG) signé à Ouagadougou en 2006 entre le pouvoir togolais et les partis de l’opposition, suite aux 22 engagements pris en 2004 par l’Etat togolais auprès de l’UE, certaines ont partiellement été exécutées permettant au pouvoir de bénéficier des financements de l’Union européenne, les plus importantes notamment celles relatives aux réformes institutionnelles et constitutionnelles n’ont pu être mises en œuvre du fait du manque de volonté et de la mauvaise foi du pouvoir.

En 2012, l’ONU condamne sévèrement le gouvernement togolais sur la torture, en lui demandant de prendre rapidement des mesures qui auraient dû être prises depuis longtemps, mettant particulièrement en cause l’Agence Nationale de Renseignement (ANR), lui demandant de « mettre en œuvre les recommandations de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) sur les allégations de torture et de mauvais traitements dans les locaux de l’ANR et autres lieux de détention » [2]. Cette nouvelle condamnation démontre que le régime issu des massacres de 2005 a peu progressé dans la construction d’un Etat de droit.

Sans qu’il n’y ait de date certaine et alors que le chef de l’Etat togolais annonce dans ses vœux de nouvel an 2013 vouloir suivre un chronogramme avec une élection fin mars 2013, les législatives au Togo se dérouleront environ 3 ans après la présidentielle de mars 2010. Depuis cette date, les populations entraînées par l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), la coalition de partis réunis au sein du Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC), et, depuis le mois de mai 2012, le Collectif ‘Sauvons le Togo’ (CST), ainsi que la coalition « Arc-en-ciel », ont contesté les résultats de la présidentielle de 2010, et ont réclamé des élections législatives transparentes et organisées selon les standards internationaux. Le gouvernement a violemment réprimé les mouvements pacifiques de contestation, sans pour autant parvenir à briser la dynamique acquise au changement.

Ces coalitions de partis politiques réclament l’organisation consensuelle d’élections législatives face à la poursuite solitaire de l’organisation de ces élections par le gouvernement. Le Collectif ‘Sauvons le Togo’ a indiqué, le 1er janvier 2013 [3] « qu’il est prématuré d’aborder des questions liées à des élections sans la réalisation consensuelle des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Il convient plutôt de réunir les conditions devant ouvrir la voie à un dialogue structuré, franc et sincère, … Le Collectif ‘Sauvons le Togo’ réitère sa proposition pour la mise en place d’un comité préparatoire qui conviendra des modalités du dialogue, dans ses aspects liés à la composition, au fonctionnement et aux sujets à débattre. Pour la sérénité des débats, la présence d’un médiateur choisi consensuellement, avec l’assistance de la communauté internationale, s’impose. »

Comme les diplomaties des principaux pays occidentaux, l’Union européenne est de nouveau prise à témoin d’un processus biaisé. Etant donné l’historique de l’influence européenne au Togo, sa volonté d’accompagner le régime, dont des personnalités fortes sont elles-mêmes mises en cause, vers un objectif de démocratie, quand ce régime ne semble pas partager les valeurs démocratiques, n’a jamais été comprise par la majorité de la population togolaise. La poursuite de cette politique pourrait donc être de nouveau assimilée à une complicité avec le régime dictatorial. A ce stade, l’Union européenne a encore la possibilité de corriger la logique de son implication, pour devenir un acteur fiable et reconnu de la démocratisation.

La qualité de l’organisation d’un scrutin se détermine en amont : au niveau de l’indépendance de l’organisation vis-à-vis du pouvoir, la préparation des listes électorales, la qualité du découpage des circonscriptions, – point bloquant pour le Togo –, le contrôle des moyens de l’Etat, les moyens financiers de l’opposition, la liberté de la presse, l’indépendance et le travail de la justice en cas de répression policière. L’Union européenne a émis après des législatives de 2007 des recommandations qui n’ont jamais été appliquées par le gouvernement togolais. En effet, parmi les recommandations de la Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne (MOE-UE) des législatives d’octobre 2007 figure la recommandation selon laquelle « la représentativité des sièges dans la nouvelle législature doit se faire sur des critères démographiques » [4], pour mettre fin à la sur-représentativité manifeste du Nord par rapport au Sud. Ce déséquilibre, imposé par un régime électoralement illégitime, est à la base du trucage prévisible dans l’organisation des législatives par le gouvernement sans concertation avec l’opposition. D’autres recommandations allant dans le même sens sont venues se rajouter dans le rapport de la MOE-UE de 2010, et l’opposition demande leur application. [5]

A partir du « printemps arabe », la politique européenne, que ce soit au niveau de la Commission ou du Parlement, s’est engagée dans le sens d’une politique plus « cohérente vis-à-vis des régimes autoritaires » associant développement, droits humains, et démocratie [6]. Les élections législatives au Togo révèlent un enjeu important pour la démocratisation du continent parce qu’il s’agit d’un des seuls pays subissant une dictature militaire à façade démocratique où le régime pourrait quitter le pouvoir par les urnes, l’opposition ayant réussi à rester électoralement forte malgré les manœuvres récurrentes visant à la déstabiliser. S’il est bien organisé et si les résultats sont correctement restitués, le prochain scrutin permettrait de sortir d’une impasse et montrerait la capacité du Togo à s’engager dans une alternance. Les élections législatives envisagées au Togo pourraient ainsi mettre un terme à la dictature en donnant un exemple positif pour d’autres pays. Il s’agit donc d’un test pour la communauté internationale et en particulier pour l’Union Européenne, qui par son expérience des Missions d’Observation, a la possibilité de devenir un soutien efficace, rapide, reconnu, pour la généralisation de la démocratie en Afrique.

Les organisations signataires rassemblées au sein du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politique en Afrique soutiennent les forces démocratiques du Togo pour mettre fin à une dictature militaire, clanique et familiale, le pouvoir de Faure Gnassingbé découlant du régime de son père Eyadéma. Elles appellent l’Union Européenne à prendre la mesure des enjeux et de la gravité de la situation au Togo et à prendre ses responsabilités en conséquence.  

Elles demandent à l’Union européenne d’exiger au plus vite du gouvernement togolais qu’il s’engage à organiser des élections législatives crédibles, conformes aux recommandations déjà émises, en accord avec l’opposition réelle et légitime du Togo rassemblée autour des deux coalitions de partis, le FRAC et Arc-en-ciel, ainsi qu’autour du Collectif ‘Sauvons le Togo’.

Pour le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politique en Afrique,

les signataires : Afriques en luttes, Attac France, Plateforme Panafricaine, Survie, Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD, Congo Brazzaville), Ça suffit comme ça ! (Gabon ), Mouvement du 4 mars pour la Libération du Togo (MoLiTo), Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo – France (CACIT – France), Alliance Nationale pour le Changement en Ile-de-France (ANC-IDF, Togo), Union des Populations du Cameroun (UPC), Alliance Républicaine pour le Développement (ARD, Djibouti), Mouvement pour la Restauration Démocratique en Guinée Equatoriale (MRD), Parti Communiste Français, Parti de Gauche, Gauche Anticapitaliste, Convergence et Alternative, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique, Europe Ecologie les Verts.

dimanche 20 janvier 2013

Rencontre littéraire sur les mouvements sociaux au Burkina Faso en 2011

L'association MÉDIA FRÈRES INTERNATIONALE, en partenariat avec le Boulevard des Potes, propose une rencontre littéraire sur les mouvements sociaux au Burkina Faso en 2011, autour du livre de Lila Chouli:

Burkina Faso 2011
chronique d'un mouvement social.

Présentation par Dragoss Ouedraogo, anthropologue, cinéaste et réalisateur, Président du Mouvement Burkinabe des Droits de l'Homme et des Peuples.

Ça se passe au Boulevard des Potes
29 rue Bergeret à Bordeaux 

 JEUDI 24 JANVIER à 18h30





samedi 19 janvier 2013

Mali: "pas sûre que l’intervention militaire puisse résoudre en profondeur les problèmes"


Source: alternatives économiques: http://alternatives-economiques.fr/blogs/collin/2013/01/16/questions-sur-le-mali-a-berangere-rouppert-chercheur-au-grip/

Auteur d’une récente note d’analyse « L’étonnant consensus autour de l’intervention française au Mali, B. Rouppert du Think Tank belge le GRIP (pour Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité) porte un nouveau regard sur cette guerre, bien différent de celui que l’on peut trouver dans la presse française..

Question : L’intervention militaire de la France entre-t-elle dans un cadre onusien ?
Berangère Rouppert : La résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) ne semble pas ici prise comme base légale de l’intervention qui demande que tout soutien au Mali se fasse dans le cadre de la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali sous commandement africain). La plupart des commentateurs justifient l’intervention par le risque de sanctuarisation qui se profilait ainsi que sur le risque de voir Bamako tomber en quelques jours.
Paris a  en effet justifié son action sur la base de l’article 51 de la Charte de l’ONU qui souligne le « droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée». La question est là : qu’est ce qui prévaut ? La Charte des Nations unies ou le long processus de négociations multilatérales qui dure depuis un an et qui a abouti à ce consensus de la résolution 2085 ? En outre, ce même article 51 précise que ce droit à la légitime défense collective peut s’exercer  « jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales » : or, les mesures avaient déjà été prises par le CSNU et plaçaient tout appui des États membres dans le cadre de la MISMA. La France ne se place pas dans ce cadre-ci puisqu’elle agit en bilatéral. L’arrivée précipitée des contingents ouest-africains et du général nigérian commandant la MISMA pourrait être interprétée comme la construction d’une légitimation a posteriori, faisant de la France une composante à part entière de l’intervention sous commandement africain.
L’on justifie également cette intervention par la demande officielle d’aide du président malien par intérim au président français. Mais le président Traoré est assis sur une légitimité toute relative puisqu’elle émane d’un accord-cadre dont la constitutionnalité pose question car signé entre une organisation régionale et une junte arrivée au pouvoir par un coup d’état, et dont la valeur juridique est inconnue.

Question : Quel avenir pour cette intervention française au Mali ?
Berangère Rouppert : C’est tout le problème : où va-t-on ? Quelle est la stratégie de court terme, de moyen terme, de long terme et les possibilités de respecter les objectifs fixés ? Car l’objectif c’est de passer rapidement le relais à la CEDEAO. Mais quelle est la capacité actuelle des forces ouest-africaines à prendre le relais ? La question se pose en effet puisque le déploiement de la MISMA n’était prévu que pour septembre 2013 en raison des préparatifs nécessaires au bon déroulement de la mission : la préparation des contingents qui devaient partir, leur équipement, leur financement, des questions de logistiques. Là, leur arrivée est précipitée même si elle va prendre une, deux ou trois semaines et donc il est légitime de ce fait de s’interroger sur la capacité des forces ouest-africaines à soutenir l’effort de guerre  intensif nécessaire en lieu et place des forces françaises. Il en va de même pour l’armée malienne que l’on nous disait indisciplinée, corrompue, mal équipée, insuffisamment formée et qui devait bénéficier d’une formation par l’Union européenne : l’UE va certes déployer sa mission plus tôt que prévue mais il va falloir revoir le type de formation à dispenser sur du court terme et non plus du moyen terme et identifier les bataillons à former sachant que les plus opérationnels se trouvent sur le front.
Étant donnés ces doutes, l’on peut penser que les Français seront présents pour un long moment au Mali en première ligne jusqu’à ce que les forces africaines soient opérationnelles puis comme une composante importante de cette mission internationale sous commandement africain.
Par ailleurs, se pose la question de la sortie de crise. En effet, chasser les islamistes de Gao, Kidal et Tombouctou à grands renforts de bombardements aériens peut en effet ne prendre que “quelques semaines” ; en revanche, s’assurer que les combattants ne reviennent pas, s’inscrit dans la longue durée. Dans ces conditions, le risque d’enlisement, sur fond de guerre asymétrique, se profile à l’horizon. L’on ne peut écarter le risque que l’intervention française dans une ancienne colonie, bien qu’avalisée par de nombreux acteurs et demandée par le président malien par intérim, ne serve la cause des groupes islamistes et n’entraîne une mobilisation de nouvelles recrues séduites par les thèmes de la lutte contre l’ancienne puissance coloniale et, plus largement, de la lutte contre l’Occident.

Question : Comment expliquez-vous l’absence de soutien européen et américain à cette intervention militaire française ?
Berangère Rouppert : Les partenaires de la France ont répondu présents, par un soutien politique tout d’abord et par un soutien en termes logistiques, transport de troupes, évacuation médicale, ainsi que l’a demandé le gouvernement français. L’action de la France a été précipitée et a anticipé l’action internationale. La stratégie reste floue, la stratégie de sortie crise, si elle existe, n’est pas rendue publique. La prudence vient peut-être du fait que les Américains ont expérimenté en Afghanistan les limites de l’intervention militaire pour résoudre le problème des groupes islamistes. La France dit intervenir pour lutter contre le terrorisme international et mettre un coup d’arrêt aux actions des islamistes au Mali. Je ne suis pas sûre que l’intervention militaire puisse résoudre le problème des groupes islamistes et plus largement les problèmes du Mali qui sont d’ordre socio-économiques. C’est en s’attaquant aux problématiques socio-économiques que l’on obtiendra des résultats durables à même de diminuer l’influence des groupes islamistes et de combattre la diffusion de l’idéologie islamistes ou à tout le moins sa capacité d’attraction en ce qu’elle est à même de répondre mieux que l’État aux attentes des citoyens.

Question : La France intervient-elle pour soutenir un allié ou pensez-vous que d’autres raisons peuvent expliquer cette action?
Berangère Rouppert : Les flous sont encore nombreux. Peut-être que le temps aidera à les dissiper. La France dit intervenir pour lutter contre le terrorisme international et mettre un coup d’arrêt aux actions des islamistes au Mali. Comme je l’ai dit précédemment, je ne suis pas sûre que l’intervention militaire puisse résoudre en profondeur les problèmes à l’origine de l’enracinement de ces groupes au nord-Mali. En outre, l’Irak et l’Afghanistan l’ont montré, si les opérations militaires peuvent toucher durement les islamistes, elles ne les annihilent pas et ils sont toujours là.
La France a parlé de la protection de ses ressortissants au nombre de 6000 ; pourtant les responsables militaires sur place aux premiers jours de l’intervention ont dit que ce n’était pas « la priorité » (voir RFI du 13 janvier) même s’ils prenaient cette dimension en compte. Pour ce qui concerne les intérêts économiques, ils ne sont pas si importants que cela : la France n’est pas un gros investisseur dans le pays ni un gros fournisseur ; le Mali n’est pas un client important non plus. Il n’est pas sûr donc qu’il faille chercher de ce côté-ci.
Je pense qu’il faut considérer la situation sous un angle régional. La France a dans la région des partenaires économiques importants, au premier rang desquels se trouve l’Algérie ou encore la Côte d’Ivoire : la stabilité de la région lui importe beaucoup donc. A cela s’ajoute la dimension énergétique : en effet, qu’il s’agisse de la Mauritanie ou du Niger, de nombreuses firmes françaises, Total et Areva entre autres, exploitent le sous-sol de ces deux pays. Un glissement du conflit vers le nord-Niger pourrait être très préjudiciable à la France : l’approvisionnement en uranium via la firme Areva pourrait être perturbé, ce qui serait à même de perturber le fonctionnement de l’énergie nucléaire civile en France.

Question : Connaissez vous la réaction de la Chine et de la Russie devant cette action militaire française ?
Berangère Rouppert : Par la voix de son envoyé spécial pour l’Afrique, la Russie a rappelé, au lendemain de l’intervention française, que « toute opération militaire en Afrique peut et doit être menée sous la direction des Nations unies et l’Union africaine ». Une manière de condamner l’intervention française et de dire qu’elle se situe hors cadre onusien. Pourtant, l’ambassadeur russe à l’Onu a annoncé en début de semaine que « les actions sont conformes aux normes du droit international, elles s’inscrivent dans le cadre la résolution 2085 et sont conformes au droit international, ce recours à la force militaire ayant été décrété à la demande du gouvernement malien ». Quant à la Chine, elle met elle aussi l’accent sur la nécessité de voir se déployer rapidement la mission internationale prévue dans le cadre onusien.
La Russie et la Chine ont des intérêts énergétiques dans la zone sahélienne et privilégient la non-déstabilisation de la zone sahélienne. L’arrivée de la Chine au Sahel s’inscrit dans le cadre de sa politique destinée à sécuriser ses approvisionnements énergétiques d’une part, et, d’autre part, dans le cadre du développement du nucléaire civil. La China National Petroleum Corporation, la Chinese National Off-shore Oil Company et Sinopec sont présentes dans les pays sahéliens, notamment au Niger, en Mauritanie et au Tchad, et mènent également des prospections au Mali. Quant à la compagnie russe Gazprom, elle a commencé sa pénétration au Sahel par l’Algérie et le Nigeria. Via Gazprombank NGS, filière de Gazprom, la Russie a fini par obtenir du Niger en 2011 un accord de concession minière pour la recherche et l’exploitation de gisements d’uranium.

mercredi 16 janvier 2013

L'édito de Billets d'Afrique et d'Ailleurs (janvier 2013)

Retrouvez ici chaque mois l'édito du mensuel publié par SURVIE :
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Arcana imperii


Le procès des assassins de Firmin Mahé devait être l’occasion d’appliquer pour la première fois la loi pénale ordinaire à des exactions commises par des militaires français au cours d’opérations extérieures. On n’a pas été déçu : en prononçant des peines ridicules au regard de l’horreur du crime commis, la cour d’assises de Paris a reconnu à l’armée coloniale droit de vie et de mort sur l’indigène. En fait de lois de la République, c’est la loi de Lynch que la justice française a consacrée, avec l’approbation de tous les canards qui font l’opinion. 
 
C’est en effet à l’issue d’un véritable lynchage que Firmin Mahé a trouvé la mort ce 13 mai 2005. Blessé à la jambe par le tir d’une patrouille de la Force Licorne, il est emmené au camp français de Bangolo, où il est roué de coups, voire pire – le corps n’a jamais été rendu à la famille. Puis, peut-être pour dissimuler l’horreur de ce premier crime, quatre militaires l’emmènent inconscient dans un véhicule blindé, où il est étouffé au moyen d’un sac plastique.
Devant la Cour, les militaires français ont justifié ce déchaînement de violence en accusant cet homme d’être le chef des « coupeurs de route » qui mettaient à feu et à sang la « zone de confiance » créée par la France en janvier 2003, dans le cadre des accords de Marcoussis . Rien ne vint conforter ce récit hormis le témoignage d’une Ivoirienne exfiltrée en France après les faits et gratifiée sans délai de la nationalité française. Pourtant c’est ce conte qui fit autorité dans le prétoire. Pis, violant la présomption d’innocence dont elle est censée être une gardienne vigilante, l’avocate générale fit savoir dans son réquisitoire qu’elle « pensait » que Mahé était un dangereux criminel. De même, l’ensemble de la presse adopta sans réserve le point de vue de la défense, transformant des assassins en héros conformes à l’image du soldat français secourant la veuve et l’orphelin, quitte à enfreindre les règles sacrées du droit des gens.
Avocats de la défense, magistrats comme faiseurs d’opinion justifièrent ce crime par « la situation exceptionnelle » qui prévalait dans la zone de confiance. Pourtant, comme le souligne le journaliste Théophile Kouamouo, « à aucun moment, il n’a été question du pays qui avait conçu cette « zone de confiance », sans administration, sans police et sans justice, véritable foutoir organisé, dont le seul intérêt était qu’elle garantissait de la meilleure manière la partition de la Côte d’Ivoire : la France. »

Alors qu’elle aurait dû, au terme de l’accord de défense qui la liait à la Côte d’Ivoire, repousser les rebelles qui s’attaquaient à un État de droit, la France institutionnalisa la criminalité par les accords de Marcoussis, qui leur confiaient les ministères de la Défense et de l’Intérieur et créaient cette zone de non-droit, laissant le champ libre à toutes les exactions. Le maintien de l’ordre étant le prétexte de l’opération Licorne, on comprend dans ces conditions que l’armée n’ait eu d’autre choix que de faire endosser ces crimes à un innocent – c’est ainsi que le droit appelle tout homme qui n’a pas été régulièrement jugé et condamné, on a honte de devoir le rappeler à une magistrate chevronnée. (Lire par ailleurs page 7)

Ce n’était qu’un exploit parmi d’autres de nos soldats en Côte d’Ivoire.
En septembre 2003, quatre d’entre eux, censés garder la BCAO de Bouaké, ramassèrent 38 millions de francs CFA tombés des mains des rebelles alors que ceux-ci emportaient 20 milliards de francs CFA.
En septembre 2004, douze soldats français s’emparèrent de 65 millions de CFA à l’issue du casse de la BCAO de Man, dont ils avaient la garde. Ces affaires furent réglées en famille, sans la moindre publicité, par l’ex-tribunal aux armées.
Le 6 novembre 2004 le bombardement du cantonnement de l’armée française de Bouaké, tua neuf soldats. Les soldats français, qui occupaient l’aéroport de Yamoussoukro, détruisirent les avions de retour à leur base, et leurs pilotes biélorusses furent exfiltrés au Togo après avoir été brièvement retenus. Ce bombardement servit de prétexte à la descente des forces françaises sur Abidjan et à la résidence du président Gbagbo. La mobilisation populaire qui s’ensuivit s’acheva par la fusillade de l’Hôtel Ivoire, le 9 novembre, au cours de laquelle le détachement français déchargea ses armes sur la foule, faisant des dizaines de morts.
En Côte d’Ivoire, comme au Rwanda, l’armée française fut l’école du crime : c’est ce qui ne doit pas être dit.

Le 16 janvier 2013 par Odile Tobner