" Peut-être faudrait-il écrire dans les écoles :
«La Françafrique est un crime contre l’Humanité !» "
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Co-auteur avec Aminata Traoré de La Gloire des imposteurs,
l'écrivain sénégalais évoque les liens néfastes de la France avec ses
anciennes colonies à l'heure des interventions au Mali et en
Centrafrique. « La France devrait se livrer à un honnête examen de
conscience au lieu de continuer à prendre le monde à témoin de sa
générosité et de sa grandeur d’âme en Afrique », dit-il.
C’est un petit livre de correspondance à l’ancienne, des mails
échangés au gré des mois pendant deux ans entre deux intellectuels
africains : la Malienne Aminata Traoré, essayiste, altermondialiste et
ancienne ministre de la culture de son pays, et le Sénégalais Boubacar
Boris Diop, romancier et journaliste.
Entamés début 2012, leurs échanges
se trouvent vite accaparés par la conquête du nord du Mali par les
djihadistes, puis par l’intervention française. Mais les mails que
s’envoient ces deux écrivains, rassemblés dans un livre qui vient de
paraître, La Gloire des imposteurs (Éditions
Philippe Rey), concernent également une multitude d’autres sujets liés à
l’Afrique, leur continent de naissance et celui où ils ont choisi de
vivre : une Afrique, principalement sa partie francophone, qu’ils
aimeraient voir libérée des chaînes pesantes du néo-colonialisme,
débarrassée des autocrates et dépeceurs en tous genres, et traçant sa
propre route dans le XXIe siècle.
Nous avons profité du passage à Paris de Boubacar Boris Diop pour
l’interroger sur les différents fils de réflexion qui traversent son
ouvrage et qu’il n’est pas incongru de relier à l’actuelle opération
française en Centrafrique.
Votre livre de correspondance avec Aminata Traoré est marqué par
l’intervention française au Mali. Depuis, il y a eu une nouvelle
opération hexagonale en Centrafrique, qui est la cinquantième depuis les
indépendances. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Boubacar Boris Diop. Le compte est vite fait : une
intervention militaire par an pendant un demi-siècle. C’est une
situation unique : la Grande-Bretagne n’a jamais monté une opération
dans son ex-empire colonial sous prétexte de sauver tel ou tel pays de
ses démons. On peut en dire de même du Portugal et de la Belgique.
Toutes ces anciennes puissances européennes ont compris que le fait
colonial a une fin et qu’il faut savoir en prendre acte.
Cette exception
française, le refus de décoloniser, devrait inciter les Français à se
demander :
« Pourquoi sommes-nous les seuls à agir de la sorte ? »
Complice des génocidaires du Rwanda, la France devrait se livrer à un
honnête examen de conscience au lieu de continuer à prendre le monde à
témoin de sa générosité et de sa grandeur d’âme en Afrique.
Que l’on ne me dise surtout pas que je suis en train de me défausser
sur la France : je sais bien que nous sommes, nous intellectuels et
hommes politiques d’Afrique francophone, totalement responsables de ce
qui nous arrive. La France n’ose pas piétiner la souveraineté de ses
anciennes colonies d’Afrique du Nord ou d’Asie et si elle se comporte
ainsi avec nous, c’est que nous la laissons faire. Nous revenons très
souvent sur cette incroyable veulerie des élites d’Afrique francophone
dans notre livre. Notre génération a failli, nous avons failli avec
elle, Aminata Traoré et moi-même, mais nous avons à cœur d’aider les
jeunes à prendre la mesure du lavage de cerveau qui nous a transformés
en zombies et a mené nos pays à leur perte.
Au Mali, dans la foulée de l’opération Serval, les Maliens
applaudissaient l’intervention française. En Centrafrique, au mois de
novembre 2013, tout le monde sur place, citoyens ordinaires et
politiciens, appelait de ses vœux une intervention étrangère. N’est-ce
pas troublant ?
C’est plus que troublant, c’est très choquant. Les jeunes Maliens qui
applaudissaient les soldats de Serval étaient sincères, ils venaient
d’être délivrés des djihadistes. Mais ces vivats ne pouvaient qu’être
éphémères, ce que ne semblaient pas avoir compris de nombreux
journalistes français qui nous tympanisaient avec leurs cocoricos. Je me
suis un peu moqué d’eux à l’époque en disant qu’à leur place, je me
serais quand même dit que la mariée est trop belle. Après toutes les
atrocités commises au cours des siècles par la France en Afrique, ces
applaudissements étaient tout simplement contre nature. Et comme il
fallait s’y attendre, un sentiment anti-français a vite pris le dessus
sur ces effusions.
Je ne dirais pas que ce ressentiment est très fort au
Mali mais il existe, surtout à cause du statut singulier de Kidal,
cette ville du nord offerte comme un sanctuaire à la rébellion touareg.
Un des indices de ce rapide désamour, c’est l’attitude du nouveau
président Ibrahim Boubacar Keita. Je m’étais personnellement attendu à
le voir se montrer aussi docile qu’éperdu de reconnaissance envers
Paris. Et voilà qu’aussitôt après avoir dit merci, dignement, il se met à
poser les vrais problèmes, notamment celui de Kidal, sur un ton
courtois mais ferme. Ça, c’est un signe des temps et il devrait faire
réfléchir les maîtres d’œuvre de la politique africaine de la France.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.
Les limites, dangers et ambiguïtés de l’opération en Centrafrique
devraient également alerter qui de droit. La France faisait la loi chez
Bokassa et elle n’arrive même plus à faire la police à Bangui… Il est
évident que les 1 600 soldats de Sangaris ne pourront jamais contrôler
un pays de plus de 600 000 kilomètres carrés. Ils ont juste réussi à
jeter de l’huile sur le feu et chacun voit bien que la situation n’a
jamais été aussi grave.
D’ailleurs, dans les deux cas, Mali et Centrafrique, le tableau est
presque toujours présenté de façon caricaturale : les Africains
s’entretuent, comme à leur habitude, et des soldats blancs arrivent et
les séparent car eux sont civilisés. C’est d’un simplisme outrancier. On
passe trop vite par pertes et profits la forte présence militaire de
nombreux pays africains. Au Mali, les Nigérians sont plus de 1 200, les
Sénégalais sont environ 500, dont deux sont morts il y a quinze jours,
mais on oublie surtout les 1 800 soldats du Tchad, pays qui a payé le
plus lourd tribut dans cette guerre. Si la situation s’est améliorée au
Mali, c’est avant tout grâce à leur sacrifice.
Malheureusement, le rôle important des Tchadiens dans cette guerre (
NDR - sept soldats français sont morts au Mali contre plusieurs dizaines de Tchadiens)
a permis de re-légitimer Idriss Déby. Ce chef d’État que l’on aurait pu
croire condamné par l’histoire s’est trouvé hélas brusquement projeté
au centre du jeu. On a eu le même sentiment lorsque le père Georges
Vandenbeusch a été libéré au Cameroun : François Hollande a multiplié
les remerciements appuyés à Paul Biya, un autre dinosaure de la
Françafrique que l’on espérait voir quitter sous peu la scène. Bref, la
situation est beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre un
lapidaire
« nous intervenons, nous évitons le bain de sang et nous rentrons chez nous ! ».
La Françafrique n’est plus ce qu’elle était du temps de Jacques
Foccart, mais en même temps, elle n’a été remplacée par aucune autre
politique alternative, et la France continue de jouer un jeu ambigu en
intervenant en Afrique, en remerciant Déby ou Biya…
On n’est certes plus à l’ère des réseaux mafieux de Foccart, des putschs militaires et des mallettes d’argent
« rétrocédées »
aux présidents français par leurs homologues africains.
La Françafrique
a su évoluer intelligemment, elle s’est mis une belle cravate par souci
de respectabilité mais, dans le fond, rien n’a changé.
Et pourtant
chaque nouveau locataire de l’Élysée tient à annoncer solennellement que
« La Françafrique, c’est fini ! ». C’est en fait un aveu, une
façon de reconnaître que ce système de domination est immoral et
indéfendable. Il n’en est pas moins indispensable à la France, car
au-delà du colossal profit matériel qu’elle en tire, il lui garantit une
position plus forte sur l’échiquier politique international.
Si elle perd l’Afrique, la France n’a plus rien à faire au Conseil de
sécurité et je la verrais au même rang que l’Italie et l’Espagne.
Personne ne parlerait du
« couple franco-allemand » ! C’est sans
doute pour cette raison qu’il existe un consensus exceptionnel dans la
classe politique française sur la politique africaine de Paris.
En la
matière, il n’y a ni gauche ni droite et même l’extrême gauche sait se
faire très discrète sur le sujet. Mais c’est, encore une fois, à nous
Africains de mettre fin à la Françafrique par notre combat. Ce que
montre l’histoire humaine, c’est que celui qui ne se bat pas reste dans
les fers. Il faut être bien naïf pour prendre au sérieux un chef d’État
français jurant, la main sur le cœur, de mettre fin à une situation si
profitable à son pays.
Vous êtes d’ailleurs très critiques dans votre livre sur les
intellectuels africains, qui s’adressent principalement à des publics
étrangers et non à leurs concitoyens. Mais est-ce vraiment un déficit de
pensée et d’idées, ou l’absence de lieux de débats publics en Afrique ?
Les lieux de débats ne manquent pas. Par exemple, deux amis écrivains
et moi-même avons récemment créé une maison d’édition et repris une
librairie dakaroise où on discute beaucoup, la presse est libre au
Sénégal et les contre-pouvoirs, partis et syndicats, fonctionnent tant
bien que mal… On ne peut cependant nier le phénomène de la fuite des
cerveaux. C’est en effet à partir de l’étranger que certains de nos
meilleurs intellectuels, en tout cas les plus écoutés, parlent d’une
Afrique qu’ils ont parfois quittée très jeunes. Et c’est à des étrangers
qu’ils en parlent, pas à leurs compatriotes.
Leurs postures d’intellectuels de la globalité, ça veut dire qu’ils
parlent d’un village planétaire complètement désert, quasi pétrifié.
Leur réflexion est brillante, souvent érudite, mais je la trouve creuse
et tellement détachée du réel que c’en est parfois comique. Avec cela,
on réussit le tour de force de disserter sur les crises dans les pays
africains francophones en occultant et leur singularité historique et
l’action de la France. Il est vrai qu’il est plus facile de récolter les
faveurs du public français lorsqu’on critique les dictateurs africains
sans rien dire de leurs parrains... Ce n’est pas très digne.
Il faut ajouter à tout cela une information sur l’Afrique si
lacunaire et orientée que les discussions restent très superficielles et
vagues. C’est par exemple via RFI et France 24 que nous savons ce qui
passe sur le continent, même dans les pays frontaliers. Et cela laisse
forcément des traces. La balkanisation intellectuelle est telle que même
si nous parlons toujours de l’Afrique comme d’un seul pays, vous ne
verrez jamais un journal sénégalais titrer sur Blaise Compaoré (
NDR - le président du Burkina Faso).
Le moment de l’écriture de votre ouvrage correspond en partie à
celui des printemps arabes. Je trouve que vous avez un regard très
critique sur ces événements.
Je suis un peu réservé, oui. Je vivais en Tunisie lorsque tout cela
est arrivé, et ça m’a fourni des clefs pour lire ces événements. Pendant
que les télévisions occidentales s’excitaient sur le
« printemps arabe »,
moi, je me posais toutes sortes de questions. Il y avait dans toute
cette agitation un air de déjà-vu, de déjà entendu. Je me suis souvenu
qu’après le
discours de La Baule de
Mitterrand, il y a eu des soulèvements populaires et des conférences
nationales en Afrique francophone au sud du Sahara. Des dictateurs comme
Mobutu, Bongo, Eyadema ont dû composer, pour la première fois de leur
vie, avec leurs peuples.
Très vite, on s’est rendu compte qu’il s’agissait du simple
réaménagement d’un système à bout de souffle, une façon de le
réhydrater. Avec les fameuses
« indépendances » des années
soixante aussi, on s’était de même fait joliment avoir, comme chacun
sait. J’ai eu l’impression que les révolutions arabes, c’était juste ça,
malgré le bruit et la fureur, un marché de dupes.
Mais je ne dis pas
cela pour disqualifier le
« printemps arabe », je sais bien que
comparaison n’est pas raison. Cette révolte est venue des profondeurs de
la société. En Tunisie, c’est passé par le suicide de Bouazizi mais
personne n’a rien vu venir, pas même Ben Ali. De même, les
rassemblements sur la place Tahrir n’étaient pas au programme, c’est le
peuple égyptien qui a obligé les Occidentaux à laisser tomber Moubarak.
Mais d’autres agendas, particulièrement pervers, se sont rapidement
engouffrés dans la brèche, comme on l’a vu en Libye, en Syrie ou à
l’occasion des tentatives d’intimidation, restées sans suite, du Maroc
et de l’Algérie. Et aujourd’hui, mes amis tunisiens ont plutôt tendance à
déchanter.
Comment expliquez-vous que cette étincelle qui s’est propagée dans
le monde arabe en 2011, avec des fortunes très diverses, ne se soit pas
du tout répandue au sud du Sahel, alors que les mêmes conditions
semblaient réunies : des vieux dictateurs, des appareils d’État
corrompus… ?
J’ai presque envie de dire que c’est une curiosité de la science
politique… Pour ne prendre qu’un seul exemple : Blaise Compaoré, c’est
un dictateur, il n’y a aucun doute là-dessus, mais à Ouagadougou vous
pouvez lire chaque matin une presse très critique à l’égard de son
régime. Grâce à certaines soupapes de sécurité, vous n’avez pas du tout à
Yaoundé ou à Ouaga ce sentiment d’étouffement que l’on pouvait éprouver
en Tunisie sous Ben Ali. En outre, dans chaque pays subsaharien, les
gens savent se battre quand il le faut. Il y a juste deux semaines, 75
responsables du parti de Compaoré ont démissionné en bloc, et au
Sénégal, lorsque Abdoulaye Wade a voulu prolonger son mandat, toute la
population s’est dressée contre lui.
Ce n’était pas envisageable ni en Libye, ni en Tunisie, ni en Égypte, car dans ces pays du
« printemps arabe »
le peuple était supposé tout accepter sans broncher. Tout cela montre à
quel point il faut se méfier des apparences. À mon avis, les sociétés
humaines progressent par petites poussées millimétriques, pas forcément
en faisant de grands bonds en avant.
En revenant sur votre jeunesse dans le livre, vous semblez
regretter votre engagement au côté du communisme dont vous dites que
c’était un combat qui concernait avant tout l’Occident et non pas
l’Afrique. Est-ce qu’on ne peut pas relier cela au fait que les
indépendances en Afrique ont coïncidé avec l’apogée de la guerre
froide : les nouveaux pays africains se sont retrouvés sommés de choisir
un camp et certains des dirigeants les plus prometteurs comme Patrice
Lumumba ont été assassinés au nom de cette lutte idéologique ?
L’exemple du Congo est intéressant : en 1961, ce pays est à la
croisée des chemins, il peut aller vers l’indépendance avec Lumumba ou
avec Mobutu, mais puisque c’est la guerre froide, on élimine sans pitié
le patriote congolais et le fantoche Mobutu, placé sur le trône, saccage
littéralement son pays pendant plus de trente ans avec la complicité de
ses parrains étrangers. Au Congo, c’est l’espoir qui a été assassiné.
Pour ce qui est du communisme, nous avons surtout regretté dans
La Gloire des imposteurs le
fait que n’ayons pas réussi à adapter cette idéologie à nos réalités.
Dans la fougue de la jeunesse, nous avions une lecture assez primitive
du marxisme, réduisant tout aux rapports de production et à la lutte des
classes. Lorsque certains parlaient de la culture, on les accusait de
faire preuve de nationalisme étroit.
À l’époque, nous aurions dû davantage écouter des hommes comme
Cheikh Anta Diop (historien, anthropologue et homme politique sénégalais, Ndlr) et
faire l’effort de mieux connaître nos sociétés avant de prétendre les
changer. Faute de repères sûrs, nous nous sommes trouvés face à un vide
abyssal ; lorsque le Mur de Berlin s’est effondré, nous avons été
complètement désemparés. La plupart des militants de cette époque-là
sont passés de l’intégrisme communiste à l’intégrisme islamique, ce qui
est une façon de s’obstiner dans le contournement de soi. Je suis
d’accord avec Lévi-Strauss pour qui l’obligation de se déterminer par
rapport au capitalisme ou au communisme a été pendant la guerre froide
une façon d’imposer la rationalité occidentale au monde entier.
Sans
trop vous étendre sur cette comparaison, vous notez dans votre livre
que les Sud-Américains ont gardé un certain ressentiment, une méfiance
instinctive à l’égard des États-Unis qui les ont dominés pendant des
décennies, alors que l’Afrique francophone continue, elle, de regarder
la France avec bienveillance malgré les douleurs et les méfaits de la
colonisation.
Je déplore surtout notre faible capacité d’indignation. La mémoire
des peuples sud-américains est riche des luttes de Sandino, de Bolivar,
de Che Guevara, mais aussi des souffrances de ceux que l’on a torturés
en Argentine ou du martyre d’Allende au Chili… Cette mémoire-là, elle
continue à nourrir une résistance multiforme à l’impérialisme américain.
Or qui se souvient en Afrique francophone des luttes du peuple
camerounais et des terribles massacres de l’armée française en pays
Bamiléké ? On parle bien sûr de Thomas Sankara, d’Amilcar Cabral et de
Lumumba, mais ils ne nous servent pas autant qu’il le faudrait de
repères pour la réflexion et l’action.
Je pense que la seule vraie réussite militante de l’Afrique
indépendante, ça a été la lutte contre l’apartheid. Dans toutes les
écoles du Sénégal, au-dessus du tableau noir, il était écrit :
« L’apartheid est un crime contre l’Humanité. »
Ça n’a l’air de rien mais des générations qui grandissent avec ces
mots-là sous leurs yeux, c’est précieux pour l’idéal de liberté et de
souveraineté d’une nation. Ces mots font surgir des images et ils
étaient en résonance, pour le jeune Sénégalais, avec ce qu’il avait
entendu le matin à la télé ou à la radio.
Peut-être faudrait-il écrire
dans toutes les salles de classe :
« La Françafrique est un crime contre l’Humanité ! »
Mais je dis cela pour m’amuser, je sais bien que ce n’est pas demain la veille et c’est bien là tout notre problème.
Il y a une persistance de la Françafrique dans les mentalités
françaises, illustrée par le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, qui
est profondément méprisant…
Sarkozy ne pensait peut-être pas aux Africains en général mais aux
anciens colonisés que nous sommes. Du reste, quelques jours après son
discours de Dakar, il va au Cap et y tient des propos si convenus que
tout le monde les a oubliés, car là-bas, il se sait loin du pré carré,
dans un pays qu’il est obligé de respecter. On raconte aussi que
François Mitterrand avait un mépris viscéral pour les dirigeants
d’Afrique francophone avec qui il traitait. Il savait que ces gens
étaient en train de brader leurs pays, de vendre leurs peuples à l’encan
et il en profitait sans état d’âme mais il ne pouvait pas les sentir,
c’était plus fort que lui. À Dakar, Sarkozy est en pays conquis, il se
dit : «
Je suis chez moi, je peux y aller à fond la caisse. » On
ne le rappelle pas aussi souvent qu’il le faudrait, sans doute par
pudeur, mais ce discours complètement fou a été salué par des
applaudissements nourris à Dakar !
J'ai rencontré Boubacar Boris Diop pendant une heure dans un café
parisien mercredi 15 janvier 2014. Il a relu et amendé
la retranscription de notre entretien.