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mercredi 5 février 2014

Rwanda - 20 ans après, exigeons la fin de l'impunité

L'année 2014 marque les 20 ans du génocide des Tutsi au Rwanda et les 20 ans de l'engagement de Survie pour informer sur ce thème et dénoncer sans relâche les complicités françaises dans ce génocide.
C'est une année majeure pour la lutte contre l'impunité, car s'est ouvert le 4 Février à Paris le premier procès d'un présumé génocidaire rwandais en France.
C'est également une année majeure pour l'association, puisque Survie est engagée dans ce combat judiciaire, et lance en parallèle une campagne pour exiger la fin de l'impunité pour les complices du génocide.

Actualité judiciaire
Le procès du présumé génocidaire rwandais Pascal Simbikangwa, pour complicité de génocide, s'est ouvert aujourd'hui à la Cour d'assises du Tribunal de Paris. Survie, aux côtés d'autres associations, est partie civile dans ce procès et y est représentée par un avocat.
Lire notre communiqué de presse : Simbikangwa, un procès historique mais tardif
Le Collectif pour les parties civiles sur le Rwanda (CPCR) a créé un site internet où vous pourrez suivre au jour le jour son déroulé :

Campagne « Génocide des Tutsi au Rwanda 20 ans après – Exigeons la fin de l'impunité »
 Survie lance en 2014 une campagne exigeant la fin de l'impunité pour les complices du génocide et poursuit son travail d'information et d'interpellation sur la complicité de la France dans ce génocide.
Outre l'engagement de Survie dans le combat judiciaire, de nombreuses actions sont prévues pour cette campagne, notamment :
  • un appel contre l'impunité et des mobilisations dans l'espace public autour de ce thème ;
  • une journée d'action nationale en avril dans les groupes locaux ;
  • la tournée de deux intervenants dans les groupes locaux : Venuste Kayimahe, auteur du livre France-Rwanda, les coulisses du génocide ; et François Graner pour son livre Le sabre et la machette : officiers français et génocide Tutsi. Nous vous invitons à vous rapprocher du groupe local le plus proche pour être informé-e de leur venue.
  • un colloque à Paris au printemps sur le thème de l'impunité.
Des outils d'information et de communication seront à votre disposition : un espace dédié sur le site internet, un 4-pages actualisé sur la complicité française dans le génocide des Tutsi, une exposition réalisée par le groupe Survie Haute-Savoie, une communication spécifique sur l'actualité judiciaire, etc.

Réédition du livre de François-Xavier Verschave Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda
Fin 1994, quelques mois après la fin du génocide, François-Xavier Verschave publiait déjà un livre dense, très documenté, et profondément choquant sur le rôle de l'Etat français dans le génocide.
A l'occasion des 20 ans du génocide des Tutsi et de sa campagne, Survie a soutenu la réédition de ce livre, vous pouvez vous le procurer auprès du siège de Survie et de nos groupes locaux (au prix de 17€).

Participez !

L’accord de coopération de défense entre la France et le Mali ou le retour au temps béni des colonies

Alors que l’opération Serval vient de fêter sa première année, l’association Survie dénonce la signature imminente d’un accord de coopération de défense entre la France et le Mali, qui constitue un grave retour en arrière sur le plan de l’indépendance et de la souveraineté maliennes, comme plusieurs mouvements de la société civile malienne s’en sont déjà alarmés. 

Tandis que le gouvernement précédent avait amorcé la divulgation et la soumission au Parlement de huit « partenariats de défense », destinés à remplacer les accords signés au lendemain des indépendances africaines avec certaines anciennes colonies françaises [1], un accord tout aussi stratégique avec le Mali devrait être signé le 20 janvier dans le plus grand secret. Les informations sur cet accord révélées par Le Monde laissent présager d’une future mainmise de la France sur le Mali hautement condamnable.



Alors que la tendance de ces dernières années était à l’amorce d’une réduction, particulièrement souhaitable, de la présence de l’armée française en Afrique, l’accord devrait entériner le maintien sur le territoire malien d’une force permanente d’un millier d’hommes, sous couvert de lutte antiterroriste. Un déploiement permanent va à l’encontre de l’histoire des relations militaires entre la France et le Mali et de l’accord de coopération militaire de 1985 entre les deux pays, stipulant explicitement l’impossibilité de déployer des unités constituées de l’armée françaises sur le territoire malien.

La pérennisation de l’opération Serval, dont le cadre légal actuel est déjà scandaleux, interroge les motivations réelles du gouvernement français dans le déclenchement de la guerre.

Sans complexe, la France annonce qu’elle va fouler aux pieds la souveraineté de l’Etat malien, déjà mise à mal par la situation à Kidal : « Paris agira selon ses besoins. S’il s’agit officiellement de mieux échanger le renseignement, cela n’ira pas jusqu’à informer au préalable les autorités maliennes des actions entreprises », peut-on lire dans l’article du Monde. On y apprend également que la tutelle exercée par les militaires français sur les troupes maliennes sera pérennisée puisque des détachements français encadreront l’armée nationale, mais qu’en plus Serval pourra jouer le rôle de « force de réaction rapide » pour l’armée malienne. » En vertu de cet accord la France sera de fait toute puissante sur le territoire malien, reléguant le Mali au rang de simple département comme au temps de la colonisation.

En conséquence, Survie demande :
  • L’annulation de l’accord de défense entre la France et le Mali
  • La complète transparence des accords de défense et de coopération militaire
  • Un contrôle parlementaire systématique des actions engagées par l’exécutif français en matière de défense, y compris la signature de tels accords
  • La fermeture des bases militaires françaises sur le continent africain. 
[1] Côte d’Ivoire, Cameroun, République centrafricaine, Comores, Djibouti, Gabon, Sénégal, Togo

vendredi 24 janvier 2014

Boubacar Diop: «L'exception française, c'est ce refus de décoloniser»

" Peut-être faudrait-il écrire dans les écoles : 
«La Françafrique est un crime contre l’Humanité !» "
 

|  Par Thomas Cantaloube

Cet article  est offert par le site mediapart.


Co-auteur avec Aminata Traoré de La Gloire des imposteurs, l'écrivain sénégalais évoque les liens néfastes de la France avec ses anciennes colonies à l'heure des interventions au Mali et en Centrafrique. « La France devrait se livrer à un honnête examen de conscience au lieu de continuer à prendre le monde à témoin de sa générosité et de sa grandeur d’âme en Afrique », dit-il.

C’est un petit livre de correspondance à l’ancienne, des mails échangés au gré des mois pendant deux ans entre deux intellectuels africains : la Malienne Aminata Traoré, essayiste, altermondialiste et ancienne ministre de la culture de son pays, et le Sénégalais Boubacar Boris Diop, romancier et journaliste. 
Entamés début 2012, leurs échanges se trouvent vite accaparés par la conquête du nord du Mali par les djihadistes, puis par l’intervention française. Mais les mails que s’envoient ces deux écrivains, rassemblés dans un livre qui vient de paraître, La Gloire des imposteurs (Éditions Philippe Rey), concernent également une multitude d’autres sujets liés à l’Afrique, leur continent de naissance et celui où ils ont choisi de vivre : une Afrique, principalement sa partie francophone, qu’ils aimeraient voir libérée des chaînes pesantes du néo-colonialisme, débarrassée des autocrates et dépeceurs en tous genres, et traçant sa propre route dans le XXIe siècle.

Nous avons profité du passage à Paris de Boubacar Boris Diop pour l’interroger sur les différents fils de réflexion qui traversent son ouvrage et qu’il n’est pas incongru de relier à l’actuelle opération française en Centrafrique.


Votre livre de correspondance avec Aminata Traoré est marqué par l’intervention française au Mali. Depuis, il y a eu une nouvelle opération hexagonale en Centrafrique, qui est la cinquantième depuis les indépendances. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Boubacar Boris Diop. Le compte est vite fait : une intervention militaire par an pendant un demi-siècle. C’est une situation unique : la Grande-Bretagne n’a jamais monté une opération dans son ex-empire colonial sous prétexte de sauver tel ou tel pays de ses démons. On peut en dire de même du Portugal et de la Belgique. Toutes ces anciennes puissances européennes ont compris que le fait colonial a une fin et qu’il faut savoir en prendre acte.
Cette exception française, le refus de décoloniser, devrait inciter les Français à se demander : « Pourquoi sommes-nous les seuls à agir de la sorte ? » Complice des génocidaires du Rwanda, la France devrait se livrer à un honnête examen de conscience au lieu de continuer à prendre le monde à témoin de sa générosité et de sa grandeur d’âme en Afrique.

Que l’on ne me dise surtout pas que je suis en train de me défausser sur la France : je sais bien que nous sommes, nous intellectuels et hommes politiques d’Afrique francophone, totalement responsables de ce qui nous arrive. La France n’ose pas piétiner la souveraineté de ses anciennes colonies d’Afrique du Nord ou d’Asie et si elle se comporte ainsi avec nous, c’est que nous la laissons faire. Nous revenons très souvent sur cette incroyable veulerie des élites d’Afrique francophone dans notre livre. Notre génération a failli, nous avons failli avec elle, Aminata Traoré et moi-même, mais nous avons à cœur d’aider les jeunes à prendre la mesure du lavage de cerveau qui nous a transformés en zombies et a mené nos pays à leur perte.


Au Mali, dans la foulée de l’opération Serval, les Maliens applaudissaient l’intervention française. En Centrafrique, au mois de novembre 2013, tout le monde sur place, citoyens ordinaires et politiciens, appelait de ses vœux une intervention étrangère. N’est-ce pas troublant ?

C’est plus que troublant, c’est très choquant. Les jeunes Maliens qui applaudissaient les soldats de Serval étaient sincères, ils venaient d’être délivrés des djihadistes. Mais ces vivats ne pouvaient qu’être éphémères, ce que ne semblaient pas avoir compris de nombreux journalistes français qui nous tympanisaient avec leurs cocoricos. Je me suis un peu moqué d’eux à l’époque en disant qu’à leur place, je me serais quand même dit que la mariée est trop belle. Après toutes les atrocités commises au cours des siècles par la France en Afrique, ces applaudissements étaient tout simplement contre nature. Et comme il fallait s’y attendre, un sentiment anti-français a vite pris le dessus sur ces effusions.
Je ne dirais pas que ce ressentiment est très fort au Mali mais il existe, surtout à cause du statut singulier de Kidal, cette ville du nord offerte comme un sanctuaire à la rébellion touareg.

Un des indices de ce rapide désamour, c’est l’attitude du nouveau président Ibrahim Boubacar Keita. Je m’étais personnellement attendu à le voir se montrer aussi docile qu’éperdu de reconnaissance envers Paris. Et voilà qu’aussitôt après avoir dit merci, dignement, il se met à poser les vrais problèmes, notamment celui de Kidal, sur un ton courtois mais ferme. Ça, c’est un signe des temps et il devrait faire réfléchir les maîtres d’œuvre de la politique africaine de la France. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.

Les limites, dangers et ambiguïtés de l’opération en Centrafrique devraient également alerter qui de droit. La France faisait la loi chez Bokassa et elle n’arrive même plus à faire la police à Bangui… Il est évident que les 1 600 soldats de Sangaris ne pourront jamais contrôler un pays de plus de 600 000 kilomètres carrés. Ils ont juste réussi à jeter de l’huile sur le feu et chacun voit bien que la situation n’a jamais été aussi grave.

D’ailleurs, dans les deux cas, Mali et Centrafrique, le tableau est presque toujours présenté de façon caricaturale : les Africains s’entretuent, comme à leur habitude, et des soldats blancs arrivent et les séparent car eux sont civilisés. C’est d’un simplisme outrancier. On passe trop vite par pertes et profits la forte présence militaire de nombreux pays africains. Au Mali, les Nigérians sont plus de 1 200, les Sénégalais sont environ 500, dont deux sont morts il y a quinze jours, mais on oublie surtout les 1 800 soldats du Tchad, pays qui a payé le plus lourd tribut dans cette guerre. Si la situation s’est améliorée au Mali, c’est avant tout grâce à leur sacrifice.
Malheureusement, le rôle important des Tchadiens dans cette guerre (NDR - sept soldats français sont morts au Mali contre plusieurs dizaines de Tchadiens) a permis de re-légitimer Idriss Déby. Ce chef d’État que l’on aurait pu croire condamné par l’histoire s’est trouvé hélas brusquement projeté au centre du jeu. On a eu le même sentiment lorsque le père Georges Vandenbeusch a été libéré au Cameroun : François Hollande a multiplié les remerciements appuyés à Paul Biya, un autre dinosaure de la Françafrique que l’on espérait voir quitter sous peu la scène. Bref, la situation est beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre un lapidaire « nous intervenons, nous évitons le bain de sang et nous rentrons chez nous ! ».


La Françafrique n’est plus ce qu’elle était du temps de Jacques Foccart, mais en même temps, elle n’a été remplacée par aucune autre politique alternative, et la France continue de jouer un jeu ambigu en intervenant en Afrique, en remerciant Déby ou Biya…

On n’est certes plus à l’ère des réseaux mafieux de Foccart, des putschs militaires et des mallettes d’argent « rétrocédées » aux présidents français par leurs homologues africains.

La Françafrique a su évoluer intelligemment, elle s’est mis une belle cravate par souci de respectabilité mais, dans le fond, rien n’a changé.

Et pourtant chaque nouveau locataire de l’Élysée tient à annoncer solennellement que « La Françafrique, c’est fini ! ». C’est en fait un aveu, une façon de reconnaître que ce système de domination est immoral et indéfendable. Il n’en est pas moins indispensable à la France, car au-delà du colossal profit matériel qu’elle en tire, il lui garantit une position plus forte sur l’échiquier politique international.

Si elle perd l’Afrique, la France n’a plus rien à faire au Conseil de sécurité et je la verrais au même rang que l’Italie et l’Espagne. Personne ne parlerait du « couple franco-allemand » ! C’est sans doute pour cette raison qu’il existe un consensus exceptionnel dans la classe politique française sur la politique africaine de Paris.

En la matière, il n’y a ni gauche ni droite et même l’extrême gauche sait se faire très discrète sur le sujet. Mais c’est, encore une fois, à nous Africains de mettre fin à la Françafrique par notre combat. Ce que montre l’histoire humaine, c’est que celui qui ne se bat pas reste dans les fers. Il faut être bien naïf pour prendre au sérieux un chef d’État français jurant, la main sur le cœur, de mettre fin à une situation si profitable à son pays.


Vous êtes d’ailleurs très critiques dans votre livre sur les intellectuels africains, qui s’adressent principalement à des publics étrangers et non à leurs concitoyens. Mais est-ce vraiment un déficit de pensée et d’idées, ou l’absence de lieux de débats publics en Afrique ?

Les lieux de débats ne manquent pas. Par exemple, deux amis écrivains et moi-même avons récemment créé une maison d’édition et repris une librairie dakaroise où on discute beaucoup, la presse est libre au Sénégal et les contre-pouvoirs, partis et syndicats, fonctionnent tant bien que mal… On ne peut cependant nier le phénomène de la fuite des cerveaux. C’est en effet à partir de l’étranger que certains de nos meilleurs intellectuels, en tout cas les plus écoutés, parlent d’une Afrique qu’ils ont parfois quittée très jeunes. Et c’est à des étrangers qu’ils en parlent, pas à leurs compatriotes.

Leurs postures d’intellectuels de la globalité, ça veut dire qu’ils parlent d’un village planétaire complètement désert, quasi pétrifié. Leur réflexion est brillante, souvent érudite, mais je la trouve creuse et tellement détachée du réel que c’en est parfois comique. Avec cela, on réussit le tour de force de disserter sur les crises dans les pays africains francophones en occultant et leur singularité historique et l’action de la France. Il est vrai qu’il est plus facile de récolter les faveurs du public français lorsqu’on critique les dictateurs africains sans rien dire de leurs parrains... Ce n’est pas très digne.

Il faut ajouter à tout cela une information sur l’Afrique si lacunaire et orientée que les discussions restent très superficielles et vagues. C’est par exemple via RFI et France 24 que nous savons ce qui passe sur le continent, même dans les pays frontaliers. Et cela laisse forcément des traces. La balkanisation intellectuelle est telle que même si nous parlons toujours de l’Afrique comme d’un seul pays, vous ne verrez jamais un journal sénégalais titrer sur Blaise Compaoré (NDR - le président du Burkina Faso).


Le moment de l’écriture de votre ouvrage correspond en partie à celui des printemps arabes. Je trouve que vous avez un regard très critique sur ces événements.

Je suis un peu réservé, oui. Je vivais en Tunisie lorsque tout cela est arrivé, et ça m’a fourni des clefs pour lire ces événements. Pendant que les télévisions occidentales s’excitaient sur le « printemps arabe », moi, je me posais toutes sortes de questions. Il y avait dans toute cette agitation un air de déjà-vu, de déjà entendu. Je me suis souvenu qu’après le discours de La Baule de Mitterrand, il y a eu des soulèvements populaires et des conférences nationales en Afrique francophone au sud du Sahara. Des dictateurs comme Mobutu, Bongo, Eyadema ont dû composer, pour la première fois de leur vie, avec leurs peuples.

Très vite, on s’est rendu compte qu’il s’agissait du simple réaménagement d’un système à bout de souffle, une façon de le réhydrater. Avec les fameuses « indépendances » des années soixante aussi, on s’était de même fait joliment avoir, comme chacun sait. J’ai eu l’impression que les révolutions arabes, c’était juste ça, malgré le bruit et la fureur, un marché de dupes.
Mais je ne dis pas cela pour disqualifier le « printemps arabe », je sais bien que comparaison n’est pas raison. Cette révolte est venue des profondeurs de la société. En Tunisie, c’est passé par le suicide de Bouazizi mais personne n’a rien vu venir, pas même Ben Ali. De même, les rassemblements sur la place Tahrir n’étaient pas au programme, c’est le peuple égyptien qui a obligé les Occidentaux à laisser tomber Moubarak.
Mais d’autres agendas, particulièrement pervers, se sont rapidement engouffrés dans la brèche, comme on l’a vu en Libye, en Syrie ou à l’occasion des tentatives d’intimidation, restées sans suite, du Maroc et de l’Algérie. Et aujourd’hui, mes amis tunisiens ont plutôt tendance à déchanter.


Comment expliquez-vous que cette étincelle qui s’est propagée dans le monde arabe en 2011, avec des fortunes très diverses, ne se soit pas du tout répandue au sud du Sahel, alors que les mêmes conditions semblaient réunies : des vieux dictateurs, des appareils d’État corrompus… ?

J’ai presque envie de dire que c’est une curiosité de la science politique… Pour ne prendre qu’un seul exemple : Blaise Compaoré, c’est un dictateur, il n’y a aucun doute là-dessus, mais à Ouagadougou vous pouvez lire chaque matin une presse très critique à l’égard de son régime. Grâce à certaines soupapes de sécurité, vous n’avez pas du tout à Yaoundé ou à Ouaga ce sentiment d’étouffement que l’on pouvait éprouver en Tunisie sous Ben Ali. En outre, dans chaque pays subsaharien, les gens savent se battre quand il le faut. Il y a juste deux semaines, 75 responsables du parti de Compaoré ont démissionné en bloc, et au Sénégal, lorsque Abdoulaye Wade a voulu prolonger son mandat, toute la population s’est dressée contre lui.
Ce n’était pas envisageable ni en Libye, ni en Tunisie, ni en Égypte, car dans ces pays du « printemps arabe » le peuple était supposé tout accepter sans broncher. Tout cela montre à quel point il faut se méfier des apparences. À mon avis, les sociétés humaines progressent par petites poussées millimétriques, pas forcément en faisant de grands bonds en avant.


En revenant sur votre jeunesse dans le livre, vous semblez regretter votre engagement au côté du communisme dont vous dites que c’était un combat qui concernait avant tout l’Occident et non pas l’Afrique. Est-ce qu’on ne peut pas relier cela au fait que les indépendances en Afrique ont coïncidé avec l’apogée de la guerre froide : les nouveaux pays africains se sont retrouvés sommés de choisir un camp et certains des dirigeants les plus prometteurs comme Patrice Lumumba ont été assassinés au nom de cette lutte idéologique ?

L’exemple du Congo est intéressant : en 1961, ce pays est à la croisée des chemins, il peut aller vers l’indépendance avec Lumumba ou avec Mobutu, mais puisque c’est la guerre froide, on élimine sans pitié le patriote congolais et le fantoche Mobutu, placé sur le trône, saccage littéralement son pays pendant plus de trente ans avec la complicité de ses parrains étrangers. Au Congo, c’est l’espoir qui a été assassiné. Pour ce qui est du communisme, nous avons surtout regretté dans La Gloire des imposteurs le fait que n’ayons pas réussi à adapter cette idéologie à nos réalités. Dans la fougue de la jeunesse, nous avions une lecture assez primitive du marxisme, réduisant tout aux rapports de production et à la lutte des classes. Lorsque certains parlaient de la culture, on les accusait de faire preuve de nationalisme étroit.

À l’époque, nous aurions dû davantage écouter des hommes comme Cheikh Anta Diop (historien, anthropologue et homme politique sénégalais, Ndlr) et faire l’effort de mieux connaître nos sociétés avant de prétendre les changer. Faute de repères sûrs, nous nous sommes trouvés face à un vide abyssal ; lorsque le Mur de Berlin s’est effondré, nous avons été complètement désemparés. La plupart des militants de cette époque-là sont passés de l’intégrisme communiste à l’intégrisme islamique, ce qui est une façon de s’obstiner dans le contournement de soi. Je suis d’accord avec Lévi-Strauss pour qui l’obligation de se déterminer par rapport au capitalisme ou au communisme a été pendant la guerre froide une façon d’imposer la rationalité occidentale au monde entier.


Sans trop vous étendre sur cette comparaison, vous notez dans votre livre que les Sud-Américains ont gardé un certain ressentiment, une méfiance instinctive à l’égard des États-Unis qui les ont dominés pendant des décennies, alors que l’Afrique francophone continue, elle, de regarder la France avec bienveillance malgré les douleurs et les méfaits de la colonisation.

Je déplore surtout notre faible capacité d’indignation. La mémoire des peuples sud-américains est riche des luttes de Sandino, de Bolivar, de Che Guevara, mais aussi des souffrances de ceux que l’on a torturés en Argentine ou du martyre d’Allende au Chili… Cette mémoire-là, elle continue à nourrir une résistance multiforme à l’impérialisme américain.

Or qui se souvient en Afrique francophone des luttes du peuple camerounais et des terribles massacres de l’armée française en pays Bamiléké ? On parle bien sûr de Thomas Sankara, d’Amilcar Cabral et de Lumumba, mais ils ne nous servent pas autant qu’il le faudrait de repères pour la réflexion et l’action.

Je pense que la seule vraie réussite militante de l’Afrique indépendante, ça a été la lutte contre l’apartheid. Dans toutes les écoles du Sénégal, au-dessus du tableau noir, il était écrit : « L’apartheid est un crime contre l’Humanité. »
Ça n’a l’air de rien mais des générations qui grandissent avec ces mots-là sous leurs yeux, c’est précieux pour l’idéal de liberté et de souveraineté d’une nation. Ces mots font surgir des images et ils étaient en résonance, pour le jeune Sénégalais, avec ce qu’il avait entendu le matin à la télé ou à la radio.

Peut-être faudrait-il écrire dans toutes les salles de classe : « La Françafrique est un crime contre l’Humanité ! »
Mais je dis cela pour m’amuser, je sais bien que ce n’est pas demain la veille et c’est bien là tout notre problème.


Il y a une persistance de la Françafrique dans les mentalités françaises, illustrée par le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, qui est profondément méprisant…

Sarkozy ne pensait peut-être pas aux Africains en général mais aux anciens colonisés que nous sommes. Du reste, quelques jours après son discours de Dakar, il va au Cap et y tient des propos si convenus que tout le monde les a oubliés, car là-bas, il se sait loin du pré carré, dans un pays qu’il est obligé de respecter. On raconte aussi que François Mitterrand avait un mépris viscéral pour les dirigeants d’Afrique francophone avec qui il traitait. Il savait que ces gens étaient en train de brader leurs pays, de vendre leurs peuples à l’encan et il en profitait sans état d’âme mais il ne pouvait pas les sentir, c’était plus fort que lui. À Dakar, Sarkozy est en pays conquis, il se dit : « Je suis chez moi, je peux y aller à fond la caisse. » On ne le rappelle pas aussi souvent qu’il le faudrait, sans doute par pudeur, mais ce discours complètement fou a été salué par des applaudissements nourris à Dakar !


J'ai rencontré Boubacar Boris Diop pendant une heure dans un café parisien mercredi 15 janvier 2014. Il a relu et amendé la retranscription de notre entretien.








samedi 18 janvier 2014

L'édito de Billets d'Afrique et d'Ailleurs (janvier 2014)


Retrouvez ici chaque mois l'édito du mensuel publié par SURVIE :
Billets d'Afrique et d'ailleurs.
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La guerre, c’est la paix. Le pillage, c’est l’aide. L’ignorance, c’est la force.

13 janvier 2014 par Odile Tobner

 

On est frappé par la sauvagerie et l’archaïsme qui marquent nos relations avec nos « anciennes » colonies d’Afrique francophone, où le recours à la force constitue toujours l’alpha et l’oméga.

En entendant Hollande affirmer lors de ses voeux à la nation que les interventions de l’armée française en Afrique n’avaient d’autre but que d’y ramener la paix, on croyait revoir Guy Mollet défendre la « pacification » de l’Algérie. Rien d’étonnant, puisque la loi de programmation militaire qui vient d’être votée rend à nos militaires les « pouvoirs spéciaux » qu’ils avaient reçus du gouvernement SFIO de Mollet et Mitterrand pour « pacifier  » l’Algérie – en réalité pour y pratiquer en toute impunité tortures et exactions, avec le succès que l’on sait. Déploiements de troupes dans des pays en proie à des troubles civils, soutien à des dictatures compradores, déstabilisations sournoises et corruption, voilà à quoi se résume notre politique africaine, et le fait qu’elle se revête depuis l’opération Licorne des habits du droit international ne change en rien à son caractère foncier : la violence.

Durant ce temps, la Grande-Bretagne a su nouer avec un Commonwealth profondément renouvelé des relations civilisées. Même un pays comme la Chine, dont les médias français dénoncent sans relâche l’expansion en Afrique, tisse des liens avec la société civile africaine via une politique généreuse d’octroi de visas et de bourses aux étudiants africains, bien éloignée de la crainte obsessionnelle de la démographie africaine qui marque nos rapports avec les migrants venus d’Afrique.
C’est que nos médias de masse abreuvent l’opinion française d’une propagande négrophobe destinée à justifier le recours à la violence en faisant des habitants de ces pays un ramassis de brutes à réduire par le feu et à tenir sous le joug de dictatures bestiales.
Ils nous pilonnent sans relâche de bavardages de prétendus experts transpirant le racisme et d’images de masses africaines se livrant à des lynchages, sans jamais donner la parole aux citoyens maliens, camerounais, togolais, centrafricains, qui sont pourtant nombreux à parler parfaitement notre langue, hormis pour exprimer une position de stricte vassalité à la politique françafricaine.

Verrouillé par cette idéologie négrophobe qui justifie en dernière analyse l’exploitation brutale de l’Afrique francophone, notre pays est définitivement incapable de considérer les femmes et les hommes de ces pays comme des citoyens avec lesquels instaurer un dialogue politique.
Tout autant imprégnés de cette négrophobie dans laquelle ils macèrent, nos dirigeants enfoncent notre pays dans une guerre généralisée contre l’Afrique francophone, aux dépens de tout autre projet collectif – toutes nos politiques publiques sont en décadence, à commencer par notre système d’éducation, de moins en moins performant – et pour quel bénéfice ?
Les intérêts que l’establishment politico-militaire drogué à la violence prétend défendre en Afrique ne sont en rien nationaux puisqu’ils sont ceux de multinationales qui ne paient d’impôts ni dans les pays dont ils exploitent les ressources, ni même en France.
Même les groupes particuliers qui dans ces pays avaient fondé quelque espoir sur l’intervention de la France se retournent peu à peu contre elle quand ils comprennent qu’ils ont été joués – c’est le cas en Côte d’Ivoire, et déjà au Mali et en Centrafrique.

En poursuivant dans la violence une histoire commune commencée dans la violence, ce n’est pas tant l’avenir de l’Afrique que celui de la France que notre gouvernement compromet, d’une façon peut-être définitive

 

 

L'édito de Billets d'Afrique et d'Ailleurs (décembre 2013)

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La république françafricaine

6 décembre 2013 par Odile Tobner


La Centrafrique est un cas d’école pour qui veut mesurer les ravages de la Françafrique. Aucun pays africain n’a été aussi étroitement tenu sous tutelle française ; aucun n’est aussi délabré que la République centrafricaine, cinquième pays le plus pauvre du monde en dépit des richesses de son sous-sol.


La déliquescence de l’État [1] a laissé tout latitude aux bandes armées qui s’imposent par la terreur. Avec moins de cinq millions d’habitants la Centrafrique est aujourd’hui un pays sans routes, sans hôpitaux, sans écoles, sans eau potable, sans électricité. Soixante-dix pour cent de la population, abandonnée à elle-même, se trouve au-dessous du seuil de pauvreté et souffre de malnutrition ; le taux de mortalité à l’âge de cinq ans est de 220 pour mille et l’espérance de vie est de 44 ans. La moitié des habitants sont analphabètes. Tel est le triste bilan des régimes qui se sont succédé, tous sous une étroite dépendance de Paris. L’État-fantôme ne contrôle pas l’exploitation des ressources, bois, diamant, dont une grande partie fuit en contrebande vers les pays voisins.

L’histoire de la Centrafrique est celle d’un désastre continu. Après avoir été saigné à blanc par trois quarts de siècle d’une exploitation qui a dépeuplé le territoire et qui a permis l’édification de grandes fortunes françaises, notamment celles des Giscard d’Estaing ou de la famille de l’expert ès-droits de l’homme BHL, l’ex-Oubangui-Chari aborde l’indépendance en 1960 avec à peine deux millions d’habitants pour un territoire grand comme la France. Les bases militaires de Bouar et de Bangui assurent une présence permanente de l’armée française, qui a fait de la RCA un de ses terrains de jeu de prédilection, écrasant toute tentative de rébellion et assurant à la France une gestion quasi directe du pouvoir politique.

Cette souveraineté de fait a permis à la France d’entretenir soigneusement la déliquescence de la RCA, pour mieux servir ses visées stratégiques et livrer le territoire au pillage de ses affairistes. Le seul objectif des subventions françaises depuis l’indépendance, et européennes depuis les années 2000, est d’assurer la continuité de l’exploitation des matières premières et l’accès aux aéroports.

Aujourd’hui que le chaos où est plongée la Centrafrique, devenue la proie de bandes armées venues du Congo, de l’Ouganda, du Soudan, du Tchad, menace leurs intérêts, les pays occidentaux envisagent une intervention militaire, maquillée d’humanitaire bien sûr. Ainsi le 20 novembre le directeur du bureau Afrique du département d’État des États- Unis, Robert Jackson, s’alarme d’une situation de « pré-génocide » en Centrafrique. Laurent Fabius lui fait immédiatement écho, affirmant que « la République centrafricaine est au bord du génocide ». Le mot fait mouche et dès le lendemain le même annonce que la France va déployer un millier de soldats supplémentaires, venant s’ajouter aux 400 qui gardent en permanence l’aéroport de Bangui et quelques sites français dont celui de Total, et renforcer les quelque 3000 militaires de la Force militaire d’Afrique Centrale, la FOMAC, déjà présents sur le terrain.
Il est probable qu’ils seront rejoints, sans tambour ni trompette, par nos forces spéciales, qui opèrent déjà en toute discrétion dans le nord du Cameroun. On rétablira une apparence d’ordre et les habitants continueront à périr d’inanition en silence, sans troubler la marche des affaires as usual.
La politique françafricaine est décidément une grande réussite.


[1] Vincent Munié , Agonie silencieuse de la Centrafrique , Le Monde diplomatique , 29/09/2013 et Vincent Munié, Centrafrique stratégie française , Le Monde diplomatique , février 2008

vendredi 15 novembre 2013

L'édito de Billets d'Afrique et d'Ailleurs (novembre 2013)

Retrouvez ici chaque mois l'édito du mensuel publié par SURVIE :
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CPI : Consécration Pénale de l’Impunité


L’engagement de poursuites contre le président du Kenya a provoqué la réunion, le 12 octobre, d’un sommet extraordinaire de l’Union Africaine consacré à « la relation entre l’Afrique et la Cour pénale internationale » et intensifié les attaques portées par certains chefs d’État africains, notamment anglophones, contre la cour, accusée de limiter ses poursuites à l’Afrique, de pratiquer une justice « sélective et politique » (Kagame), voire « impérialiste et raciste » (Kenyatta). Il est vrai qu’à voir les visages des poursuivis affichés sur le site de la CPI, on se croirait dans un rêve du Ku Klux Klan plutôt qu’à l’aube d’une justice universelle. La CPI ne serait-elle finalement qu’un moyen supplémentaire de s’assurer la soumission des gouvernements africains, une menace brandie contre les non-alignés ?


Il est de fait que les règles de fonctionnement de la CPI constituent une régression au regard des principes démocratiques les plus élémentaires [1]. Ainsi les victimes n’ont pas accès à la CPI, qui ne peut être saisie que par le Conseil de sécurité ou les États parties. C’est la consécration d’une justice politique, au mépris du principe de la séparation des pouvoirs. le Conseil de sécurité de l’ONU est le véritable procureur de la CPI, puisqu’il peut bloquer ou être à l’initiative des poursuites.
Le fait est d’autant plus choquant que trois membres du Conseil de sécurité, les États-Unis, la Russie et la Chine ne sont pas États parties. C’est consacrer doublement l’impunité des grandes puissances et de leurs alliés.

Or nul n’ignore la part prise par celles-ci, notamment la France et les États-Unis, dans les déstabilisations et les sanglantes guerres civiles qui déchirent l’Afrique. Limitant ses poursuites au continent africain, on ne voit pas comment la CPI pouvait dès lors ne pas être instrumentalisée au service des intérêts géostratégiques de celles-ci.
C’est ce qui s’est passé en Afrique francophone, où elle agit comme un nouvel instrument de la Françafrique. Loin de toute impartialité, elle a pris franchement partie dans la guerre civile qui, loin des caméras, continue à ensanglanter la Côte d’Ivoire : si Laurent Gbagbo est retenu à la Haye, en attente de son jugement, aucune poursuite n’est engagée contre les chefs des milices du nord, tels Guillaume Soro, qui ont plongé le pays dans la guerre civile et dont les massacres ont servi la venue au pouvoir de Ouattara. Au contraire, Soro a été chaleureusement reçu par Moreno Ocampo, procureur près de la cour jusqu’en juin 2012.

Quant au traitement réservé par les deux procureurs successifs de la CPI au sinistre Compaoré, il offense l’idée même d’une justice internationale. Après qu’Ocampo en a fait son interlocuteur privilégié, Fatou Bensouda, actuel procureur près la CPI, voit en lui « un acteur important dans la paix, la justice et le règlement des conflits ».
L’impunité dont jouit le plus grand fauteur de guerre en Afrique de l’ouest, celui qui a armé et entretenu les guerres civiles du Liberia, l’allié de Charles Taylor condamné pour complicité de crimes en Sierra-Leone, celui qui a suscité et nourri la rébellion en Côte d’Ivoire, donné asile aux rebelles du Mali, est consacrée, c’est un comble, par l’institution créée contre l’impunité !

Cette instrumentalisation politique de la CPI la réduit à n’être qu’une imposture.

Plutôt que la défendre aveuglément en l’état en spéculant sur une hypothétique amélioration, les ONG, dont Survie, qui ont soutenu le projet ambitieux d’une justice internationale doivent exiger une profonde réforme qui remette au premier rang la plainte des victimes quelles qu’elles soient, faute de quoi cette institution risque de sombrer dans un discrédit qui abolira pour longtemps l’espoir de voir reculer l’impunité.


 13 novembre 2013 par Odile Tobner


[1] Cf. Théophile Kouamouo, Cinq bonnes raisons de dire non à la CPI, in Le nouveau Courrier


Les éditos de Billets d'Afrique et d'Ailleurs de juin à octobre 2013


Retrouvez ici les éditos de juin, juillet, septembre et octobre 2013 du mensuel publié par SURVIE : Billets d'Afrique et d'ailleurs.
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Juin 2013 :

L’arroseur arrosé

Dans les pays développés, l’opinion publique commence à s’émouvoir de ce que, au moment où la charge fiscale pèse de plus en plus lourdement sur les épaules des contribuables, les plus grosses fortunes et surtout les grandes firmes multinationales y échappent presque totalement.
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 Juillet 2013 :

Après Serval, les vautours

Comme prévu, l’intervention française au Mali, forte de 4000 soldats français, de moyens matériels aussi coûteux que sophistiqués et de la « chair à canons » de 2000 Tchadiens, a vaincu sans péril les 2000 djihadistes équipés de pick-ups, de mitrailleuses et d’armes légères qui avaient pris le contrôle des localités du nord.
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Septembre 2013 :

Mercenaires et chevaliers

« Plus qu’un mercenaire, un chevalier ». C’est par ces mots que le Président du Conseil national des barreaux a choisi de saluer la mort de Jacques Verges, se joignant au concert de commentaires, tantôt flatteurs, tantôt acerbes ou critiques qui ont accompagné la disparition le mois dernier d’un avocat souvent présenté comme un héraut de l’anticolonialisme par ceux qui n’ont jamais daigné s’intéresser à son lourd passif françafricain. Un chapitre bien moins reluisant que les combats menés au service de l’indépendance de l’Algérie et de la défenses des opprimés.
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Octobre 2013 :

Du Valls dans un bas de soie

Selon notre gouvernement, la France de 2025 n’a rien à craindre de son parc de cinquante-huit réacteurs nucléaires, parc vieillissant dont le plus ancien est situé sur une faille sismique ; du chômage massif et de la paupérisation croissante de sa société ; de la faillite de l’ensemble de ses services publics ; de l’explosion des dépenses budgétaires nées des guerres sans fin menées par ses armées. Non, la France de 2025 n’est menacée que par deux choses : l’Islam et «  la démographie très importante » de l’Afrique, dixit notre ministre de l’intérieur - il faut sans doute comprendre « croissance démographique » -, sans que ces propos aient suscité la moindre opposition de ses collègues roses ou verts [1].
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Les Tirailleurs sénégalais, des mensonges d’État au devoir de réhabilitation

Survie Gironde participera les 29 et 30  novembre prochains à la première commémoration du massacre des tirailleurs sénégalais au camps de Thiaroye.

Le 1er décembre 1944, Thiaroye, village de pêcheurs à proximité de Dakar,
est réveillé à l’aube par des détonations d’armes automatiques, arsenal mis en
branle par le commandement militaire français de Dakar, pour mater dans le sang des ex-prisonniers de guerre dont le tort principal est de réclamer le paiement des rappels de solde avant d’être démobilisés 
Face aux promesses non tenues de l’administration militaire française, la colère gronde dans les rangs des Tirailleurs alors que les circulaires officielles, introuvables dans les archives, légitiment leurs revendications. 
Sous le prétexte de maintien de l’ordre, la hiérarchie militaire ordonne de faire feu sur les Tirailleurs sans défense qui s’étaient rebellés en refusant de rejoindre leurs villages respectifs.
Le bilan donné par le commandement de l’armée à Dakar, le 5 décembre 1944,
fait état de 24 Tirailleurs tués sur le coup et de 46 autres décédés après transfert
à l’hôpital, soit 70 Tirailleurs massacrés
Plusieurs dizaines de Tirailleurs ont été jugés et condamnés à des peines de prison. Selon le gouvernement français, le bilan officiel de ce massacre perpétré est, jusqu’à présent, de 35 Tirailleurs tués. 
Il compte parmi les pages très sombres de notre histoire.

À l’occasion de cette commémoration organisée pour la première fois, l’historienne Armelle Mabon, qui travaille depuis plusieurs années sur les prisonniers de guerre « indigènes » de la Seconde Guerre mondiale, revient sur cet épisode tragique proposant un état des lieux des dissimulations, des mensonges de l’armée couverts par le pouvoir civil.

Ces soldats de l’armée française spoliés et victimes de leur propre hiérarchie,
qui a commis contre eux un carnage, et dissimulé, voire même détruit les preuves de cette forfaiture, sont, jusqu’à présent, toujours les coupables à partir d’accusations mensongères.

Seul le pouvoir politique est aujourd’hui en mesure de reconnaître les
faits tels qu’ils se sont réellement déroulés et prendre toutes les dispositions
nécessaires pour corriger cette situation de déni de droit faite à ces soldats de
l’armée française.



vendredi 29 novembre à 16h

Armelle Mabon présentera ses travaux 

et échangera avec le public 

à Sciences-Po Bordeaux, salle Mauriac 

(tram B arrêt Montaigne-Montesquieu)

entrée gratuite et ouverte à toutes et tous

____________________


Samedi 30 novembre à 14h

Conférence d'Armelle Mabon

suivi de la projection du film de Serge Simon 

sur les tirailleurs "oubliés" au camp du Courneau à La Teste 

Athénée Municipal, place St Christoly

(tram A et B, arrêt hôtel de ville)

entrée gratuite


 
Programme du 30 novembre :
14h      ouverture
14h15 introduction par Ibrahima Thioub
14h30 Conférence d'Armelle Mabon
15h30 débat avec le public
16h15 pause
16h30 Projection du film de Serge Simon
17h30 échanges avec le réalisateur
18h      clôture de la journée







La paix en Afrique ne doit pas se décider à l’Elysée avec des dictateurs !

A l’initiative de François Hollande, un Sommet de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique aura lieu à Paris les 6-7 décembre. Il s’agit du premier Sommet France-Afrique organisé sous François Hollande, qui, a convoqué lui même ce sommet, choisi son thème et décidé de l’organiser à Paris, dans un lieu aussi symbolique que l’Elysée.

Signez la pétition Dictateurs à l’Elysée ! Dites non au Sommet de la honte !


Comme ses prédécesseurs, le Président français parait ainsi considérer le continent africain comme une zone qui ne doit pas échapper à l’influence de la France.
Dans la tradition des Sommets France-Afrique, la plupart des dictateurs africains du « pré-carré » francophone seront présents.

Parmi eux, le tchadien Idriss Déby, au pouvoir depuis 1990, Paul Biya (Cameroun, depuis 1982), Denis Sassou Nguesso (Congo-B, depuis 1979), Blaise Compaoré (Burkina Faso, depuis 1987), sans oublier les héritiers des régime Bongo et Eyadéma au Gabon et au Togo et le président djiboutien Oumar Guelleh.

Tous ont en commun de bénéficier du soutien diplomatique, économique (via l’aide publique) et militaire ou policier de la France.
Tous ont été reçus au moins une fois à l’Elysée depuis l’élection de François Hollande.
Tous soutiennent la France dans ses nombreuses interventions militaires menées sur le continent africain, où elle dispose toujours de bases militaires et de forces pré-positionnées.
En échange du soutien à ces interventions, comme celle menée récemment au Mali, c’est le silence de la France sur les exactions commises qui est attendu. Les démocrates tchadiens, togolais et djiboutiens ont ainsi subi dans leur chair en 2013 les conséquences diplomatiques du soutien de leurs chefs d’Etat à l’opération Serval .

Les dictateurs de la Françafrique sont auteurs de nombreuses violations des droits de l’Homme documentés par un grand nombre de rapports émanant d’ONG et organisations internationales.
Le soutien de la France à des dictateurs, les ventes d’armes et les nombreuses interventions militaires menées par la France sur le continent africain pour les soutenir (comme au Tchad en 2008) n’ont en rien amélioré la sécurité et les conditions de vie de leurs populations.
La situation actuelle en Centrafrique, où la France a installé et/soutenu tous les dictateurs qui se sont succédés est une des illustrations des conséquences de cette funeste politique.
Et lorsque la France prétend intervenir au nom des droits de l’Homme et dans un cadre multilatéral, comme elle l’a fait en Côte d’Ivoire, en Libye ou au Mali, c’est toujours avec des motivations ambiguës, liées à ses intérêts géostratégiques.

Considérant qu’un sommet sur la paix et la sécurité en Afrique ne doit pas se tenir à l’initiative et sur le sol d’une ex-puissance coloniale caractérisée par son ingérence sur le continent et en présence de dictateurs qui y ruinent tout espoir de paix, nous, associations et citoyen-ne-s français-e-s et africain-e-s réclamons :
  • L’annulation de ce sommet
  • La fin du soutien diplomatique, économique, militaire, policier et des ventes d’armes aux régimes répressifs
  • La suppression des bases militaires françaises en Afrique
Premiers signataires : Survie, MRD Djibouti,ARD Djibouti, Afriques en lutte, La Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD),

Signez la pétition Dictateurs à l’Elysée ! Dites non au Sommet de la honte !


Pour dénoncer cette hypocrisie et dresser un bilan citoyen de l’interventionnisme militaire français en Afrique, nous proposons deux autres mobilisations en plus de la pétition

1. Le tribunal citoyen de la Françafrique : le mercredi 4 décembre, de 18h à 22h, au Grand Parquet à Paris.

Le tribunal citoyen de la Françafrique visera à dresser le bilan de 50 ans de Françafrique et d’interventions françaises sur le sol africain, à travers la mis en accusation de la Françafrique.
Un jury de citoyen-nes, un juge et des avocats seront en charge de mener à bien les interrogatoires de témoins – chercheurs, militant-e-s d’associations, personnalités africaines sur des questions ayant trait à la Françafrique – afin de faire apparaître les causes et les responsabilités en particulier sur les questions ayant trait à la sécurité/ insécurité et à la paix/guerre en Afrique, depuis les 15 dernières années (depuis le Sommet France-Afrique du Louvre). Des personnalités venues de différents horizons viendront témoigner sur les réalités qu’ils connaissent, à travers des témoignages courts d’une dizaine de minutes, afin d’édifier le jury.
Venez écouter ces témoignages sur les réalités de la Françafrique de ces 15 dernières années ou en savoir plus sur la réalité de la présence française en Afrique et de ce que cachent les discours sur la paix et la sécurité mis en avant au Sommet officiel de l’Elysée.

2. Un rassemblement inter-organisations, le jeudi 5 décembre à 18h place de la République à Paris

Un rassemblement est organisé à l’initiative de nombreuses organisations françaises et africaines Place de la République sous le mot d’ordre unitaire suivant :
  • annulation du sommet
  • fin du soutien diplomatique, économique, militaire, policier et des ventes d’armes aux régimes répressifs
  • suppression des bases militaires françaises en Afrique


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lundi 14 octobre 2013

Manifestation anti-Areva au Niger (lemonde)

Des milliers de personnes ont manifesté samedi 12 octobre dans la cité minière d'Arlit dans le nord du Niger contre le groupe nucléaire français Areva, qui exploite depuis plus de quarante ans l'uranium dans cette zone désertique, a-t-on appris auprès des organisateurs.
"L'objet de la manifestation qui a regroupé quelque 5 000 personnes est de soutenir le gouvernement dans ses prochaines discussions avec Areva au sujet de notre uranium", a indiqué Azaoua Mamane, l'un des organisateurs. Les manifestants – élus locaux et membres de la société civile, auxquels se sont joints des habitants –, ont défilé dans les rues de la ville en scandant des "slogans anti-Areva", qu'ils accusent de "polluer" leur environnement déjà très hostile. M. Mamane reproche également à Areva de "provoquer la radioactivité" et "de ne s'être guère soucié des préoccupations quotidiennes des habitants".
Il dresse un bilan accablant de la présence du groupe nucléaire français sur le sol nigérien depuis près d'un demi-siècle :
"La population a hérité de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs stockés à Arlit et Areva continue de pomper gratuitement 20 millions de mètres cubes d'eau par an pendant que la population meurt de soif. Les rues et les habitations d'Arlit sont construits à l'aide de résidus radioactifs et la nappe phréatique usée et contaminée s'assèche par la faute d'Areva".
Le premier ministre du Niger, Brigi Rafini, a affirmé au début du mois que le Niger va "passer au peigne fin" ses contrats miniers avec Areva qu'il juge "déséquilibrés".
En mai, un double attentat à la voiture piégée contre l'armée nigérienne et Areva par les islamistes du Mujao avait fait vingt morts. Selon Areva, quatre-vingts ressortissants français sont présents au Niger sur trois sites et dans la capitale, Niamey.