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mercredi 27 janvier 2016

Retrouver la conférence de Nicolas Sersiron

Lors de la Semaine de la Solidarité Internationale 2015, Survie Gironde avait organisé une conférence autour des impacts sociétaux et environnementaux de la dette, en invitant Nicolas Sersiron, président du CADTM France.
A tous ceux qui n'ont pu assister à cette intervention, et à ceux qui souhaitent la revoir, elle est à présent accessible sur le net.
Bon visionnage

vendredi 11 décembre 2015

Mercredi 16 décembre 2015 : Pétrole et dictature au Congo-Brazzaville

Mercredi 16 décembre 2015, Survie Gironde organise une conférence-débat intitulée :

Le pétrole au service de la dictature : 
le cas du Congo-Brazzaville

Parmi les questions qui seront abordées :
Comment le Congo-Brazzaville, riche en pétrole, se retrouve-t-il parmi les pays pauvres les plus endettés du monde ? A qui profite l'extraction de son pétrole ?
Où en est la politique de coopération française avec un État gangrené par la corruption et la violence ?
Comment se positionne-t-elle face au dictateur Sassou Nguesso qui modifie ces jours-ci la constitution pour se maintenir au pouvoir ?
Quelles actions peut-on mener en France pour soutenir le peuple congolais ?

Ça se passe au ZIG ZAG, 73 cours de l'Argonne, à partir de 19h  
(arrêt Saint Nicolas ou Victoire tram B)

Entrée libre.
La rencontre sera suivie d'un pot au bar pour des discussions informelles.
Pour aller plus loin vous pouvez consulter le dossier de Survie sur le Congo-Brazzaville :

Page facebook de l'événement : https://www.facebook.com/events/180485345634548/

mercredi 2 décembre 2015

Bisesero : les parties civiles demandent des mises en examen

Plus de 21 ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, les parties civiles dans la procédure ouverte au tribunal de grande instance de Paris du chef de complicité de génocide au Rwanda en 1994, demandent que toute la mesure de l’enquête soit enfin prise et notamment que les conséquences soient tirées des déclarations discordantes faites récemment par deux officiers supérieurs de l’armée française entendus sous le statut de témoin assisté et qui doivent, selon nos organisations, être mis en examen, pour ce qui concerne le volet Bisesero de l’instruction.

Constituées parties civiles depuis 2006 dans l’information judiciaire en cours, nos associations n’ont cessé de fournir aux différents juges saisis des observations et notes de nature à faire avancer la manifestation de la vérité.

 « Aujourd’hui et s’agissant en particulier des faits survenus dans les collines de Bisesero dans les derniers jours du mois de juin 1994 où plusieurs centaines de civils tutsi ont péri ou ont été blessés sous les coups de militaires de l’armée rwandaise et de miliciens, nous demandons aux juges saisis de mieux qualifier les responsabilités des militaires français alors présents » ont déclaré nos organisations.

Certains éléments des forces spéciales françaises ayant pour mandat exprès de faire cesser les massacres, même au moyen de la force, étaient stationnés à environ cinq kilomètres à vol d’oiseau de la scène de crimes dans la commune de Gishyita et disposaient d’informations, de moyens d’observations, de moyens de communication et des moyens matériels qui auraient dû permettre une intervention immédiate et salvatrice. Tel n’a pas été le cas. L’enquête a en effet révélé que la hiérarchie militaire disposait d’informations crédibles et suffisantes dès l’après-midi du 27 juin 1994.

Pourtant, et alors que les éléments de la procédure démontrent qu’ils ne pouvaient l’ignorer, les deux officiers supérieurs entendus par les juges soutiennent encore ne pas avoir été informés, entre les 27 et 30 juin 1994, de la réalité des massacres en cours sur les populations civiles Tutsi.

Les massacres dureront jusqu’au 30 juin, date à laquelle l’armée française « découvrira » les cadavres et les survivants dans des conditions qui restent à éclaircir. En effet, non seulement aucun document de la procédure ne fait état d’un ordre de mission émanant de l’état-major des armées ou du commandant de la force Turquoise pour intervenir à Bisesero et mettre fin aux massacres, mais surtout des militaires entendus dans la procédure font valoir que c’est en désobéissant aux ordres et en se rendant de leur propre initiative dans ces collines qu’ils ont pu sauver les derniers survivants. Les deux officiers supérieurs impliqués, responsables des opérations sur le terrain à l’époque des faits, ont été placés sous le statut de témoins assistés, qui paraît pour le moins inapproprié. Les éléments actuellement au dossier font au contraire présumer qu’existent contre eux des indices graves ou concordants de nature à justifier une mise en examen.

Au regard des avancées de l’instruction, il apparaît aujourd’hui nécessaire d’engager des responsabilités pénales concrètes, car l’abstention d’intervenir du 27 au 30 juin 1994, en ce qu’elle a permis de faciliter la préparation et la consommation du crime, peut juridiquement s’analyser en complicité de génocide par aide ou assistance.

Les parties civiles ont également déposé de nombreuses demandes d’actes qui visent en particulier à la transmission de documents militaires essentiels à la manifestation de la vérité et aux auditions de nombreux militaires et de nombreux journalistes présents au Rwanda en 1994 et jamais entendus.

Au delà des mises en examen demandées, la poursuite de l’instruction doit permettre de mieux comprendre la chaîne des responsabilités militaires et politiques.

CONTEXTE

Au cours du génocide des Tutsi au Rwanda, en 1994, la France a mené l’opération militaire Turquoise, autorisée par la résolution 929 du 22 juin 1994 du Conseil de sécurité de l’ONU. Selon son ordre d’opération, Turquoise devait « mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force. » Dirigée par le général français Jean-Claude Lafourcade, l’opération militaire présentée comme humanitaire a été décriée notamment en raison des événements survenus à Bisesero. Dans cette chaîne de collines située au nord de la zone Turquoise, des dizaines de milliers de Tutsi ont été massacrés d’avril à juillet 1994.

La FIDH, la LDH et SURVIE se sont constituées parties civiles aux côtés de victimes rwandaises ayant déposé des plaintes en février 2005 auprès du Tribunal aux armées de Paris pour complicité de génocide. L’instruction en cours doit permettre d’élucider les circonstances qui ont conduit à l’absence de protection de 2000 civils Tutsi de Bisesero et au massacre de 1000 d’entre eux par les forces génocidaires, et de déterminer les éventuelles responsabilités militaires et politiques françaises.

Plus d'informations:
- sur mediapart
- sur france info
- sur le monde
- sur libération

vendredi 13 novembre 2015

Conférence: "Dette et extractivisme : quelles conséquences sociales et écologiques?"

Dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale, l'association Survie Gironde vous convie à une projection/conférence/ débat le samedi 21 novembre à 17h à Darwin. Projection du documentaire Terres de schiste, conférence et débat avec N. Sersiron, président du CADTM France (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde) et auteur de "Dette et Extractivisme: la résistible ascensiond'un duo destructeur", avec le concours du Collectif SSI Bordeaux centre et du Projet Darwin.


N. Sersiron nous présentera les mécanismes du pillage des ressources et son impact, notamment sur le climat, et proposera des alternatives concrètes; venez en discuter.

Vous pouvez dors et déjà écouter une émission radio à laquelle Nicolas Sersiron à participer:


Entrée gratuite, places limitées

Darwin éco-système, 87 quai de Queyries, 33100 Bordeaux

lundi 13 avril 2015

Alain Juppé démenti par la Mission d'information parlementaire


Ce vendredi 10 avril 2015, commentant la déclassification des archives de l'Élysée sur le Rwanda pour la période de 1990 à 1995, Alain Juppé a déclaré : « J'ai déjà dit à plusieurs reprises que l'idée que la France ait pu participer, organiser ou avoir une responsabilité, quelle qu'elle soit, dans le génocide était une falsification historique » reprenant en effet les mêmes termes qu'il tenait l'an dernier, à la même époque : « La campagne de falsification historique dont la France est régulièrement la cible depuis vingt ans suscite incompréhension et indignation. »

En nous reportant au rapport de la Mission d'Information Parlementaire (MIP)1 française de 1998, et plus particulièrement à son analyse de l'action de la diplomatie française menée par Alain Juppé en 1994, nous présentons ici les éléments principaux qui interrogent grandement quant à ses responsabilités de Ministre des Affaires Étrangères durant le génocide des Tutsi.

vendredi 3 avril 2015

7 et 11 avril 2015 : Commémorations du génocide des Tutsi et conférence gesticulée

Il y a 21 ans, l’État Français apportait, en toute connaissance de cause, son indéfectible soutien à un régime qui préparait puis réalisait un génocide, celui des Tutsi du Rwanda.

Comme tous les 7 avril depuis cette complicité, l'association SURVIE sera cette année encore auprès des rescapés et des familles de victimes, pour se souvenir de ce million de personnes, de bébés, d'enfants, de femmes, d'hommes et de vieillards, à qui l'on n'a pas seulement ôté la vie, mais qui ont été exclus de l'humanité par leurs bourreaux, et ceux qui les ont soutenus.

C'est pour ne pas les oublier, et leur rendre leur humanité, que Survie Gironde sera aux côtés de l'association Cauri ce mardi 7 avril 2015.
Un premier rendez-vous est donné à 11h au pont de pierre pour un traditionnel jet de fleurs sur la Garonne, puis à 18h dans le parc de la chapelle de Mussonville (tram C arrêt Mussonville), au siège de l'Homme debout dédié par la commune de Bègles aux victimes du génocide des Tutsi.
 
 
 
Samedi 11 avril à 17h, à la maison cantonale (20 rue de Chateauneuf à Bordeaux), Survie Gironde a le plaisir de vous inviter à une conférence gesticulée :

 Mille collines, mille coopérants ... et moi, et moi, et moi ?
 
Les 2 "conférenciers gesticulants" nous parlerons des années 1992-1993 au Rwanda, pour rappeler que ce génocide n'avait rien de "spontané", comme cela a souvent été dit, mais qu'il fut planifié, organisé, et annoncé aux autorités françaises. 
 
Rappelons que lors de son audition par la Mission d'Information Parlementaire française de 1998, l'ambassadeur français au Rwanda Georges Martres témoignera que "le génocide était prévisible dès cette période [1990]"
 
Retrouvez et partagez cet événement sur la page facebook de Survie Gironde : https://fr-fr.facebook.com/survie33
 

dimanche 7 décembre 2014

16 Décembre: présentation du livre "Le Sabre et le Machette"


Rencontre /Débat avec François Graner autour de son livre : 

Le sabre et la machette
 Officiers français et génocide tutsi 


20 ans après, la responsabilité de l'état français et de son état major dans le génocide des tutsi du Rwanda reste un sujet couvert par une lourde chape de plomb. "Le sabre et la machette" recoupe les déclarations des officiers français qui ont agi au Rwanda à l'époque, afin d'en relever les nombreuses incohérences. Dans une démarche quasi-scientifique, le physicien François Graner nous démontre que les zones d'ombre entourant la rôle de la France sont encore bien présentes, et poussera certainement le lecteur à s'approprier une question d'ordre nationale.

Mardi 16 décembre à 20h
à l'Athénée Libertaire

Organisé par la Librairie du Muguet et Survie Gironde


jeudi 11 septembre 2014

Guillaume Ancel à Uzeste

Le 27 septembre prochain, à 15 heures, l’association CAURI et la compagnie UZ ET COUTUMES vous invitent à rencontrer l'ancien officier Guillaume ANCEL à Uzeste (près de Langon), au 4 rue Faza.

Capitaine de l’armée de Terre en 1994, Guillaume Ancel est intervenu au Rwanda en plein génocide pendant la très controversée Opération Turquoise (22 juin-22 août 1994). Les révélations contenues dans son livre Vents sombres sur le lac Kivu (THEBOOKEDITION.COM, février 2014), poursuivies sur son blog et lors d'interviews dans les médias nous éclairent sur la réalité de cette intervention française. Celle-ci qui affichait un objectif humanitaire aurait dû, dit l’officier français «logiquement intervenir contre les génocidaires, c’est-à-dire contre le gouvernement rwandais et ses forces armées. Au lieu de cela, nos responsables politiques ont décidé que nous devions stopper leurs opposants militaires. J’ai reçu l’ordre, le 22 juin, de préparer un raid sur Kigali pour reprendre la capitale et le 30 juin de guider les frappes aériennes contre les colonnes du Front patriotique rwandais (FPR)» (Le Monde, 30 août 2014).

Venez écouter ce témoin et débattre avec lui. Nous, citoyens français, devons regarder en face les responsabilités de notre pays dans le génocide des Tutsi rwandais (1 million de civils exterminés en 3 mois) afin que les erreurs et les fautes commises par nos dirigeants ne puissent pas se reproduire.

dimanche 29 juin 2014

Dossier sur la lettre ouverte à Alain Juppé et sa réaction



Au mois d'avril dernier, un collectif de citoyens adressait une lettre ouverte à Alain Juppé, afin de lui demander des détails concernant son rôle de ministre des affaires étrangères en 1994, au moment du génocide des Tutsi du Rwanda, ainsi que des explications sur les propos qu'il a pu tenir depuis.

Suite à cette interpellation et à la réaction de M. Juppé, Survie Gironde a réalisé le dossier ci dessous qui regroupe :
  • la lettre ouverte,
  • la réponse d'Alain Juppé,
  • et un commentaire de cette réponse signé par Survie Gironde.
Ce commentaire souligne les nombreuses questions précises que M. Juppé a choisi de laisser sans réponse. Ce texte reprend également les déclarations récentes d'anciens officiers et responsables politiques français qui confirment la légitimité de ces questions.







vendredi 20 juin 2014

Rwanda : lettre ouverte aux parlementaires suite à l’audition d’Hubert Védrine

Madame la Députée, Monsieur le Député, Madame la Sénatrice, Monsieur le Sénateur,

Au mois d’avril, lors de la vingtième commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda, la présence française dans ce pays entre 1990 et 1994 a fait l’objet d’un débat qui s’est durci à un point jamais atteint lors des années précédentes. La presse française a répercuté les interrogations insistantes concernant la politique menée au Rwanda, ainsi que les accusations portées par des journalistes, des chercheurs, des associations. Des responsables politiques se sont exprimés sur le sujet.
Un point a particulièrement retenu l’attention de Survie.
Lors de son audition par la commission de la défense de l’Assemblée nationale, le 16 avril dernier, Hubert Védrine a admis l’existence de livraisons d’armes à l’armée rwandaise pendant le génocide des Tutsi (avril à juillet 1994).
Interrogé par le député socialiste Joaquim Pueyo, qui lui demande : « Est-ce que la France a livré des munitions aux forces armées après le début du génocide ? À quelle date ? », l’ancien secrétaire général de l’Élysée répond :
« Ce que je crois être le cas, ce que j’ai compris à l’époque ou après, avec le recul ou maintenant, c’est que la France a donc armé l’armée rwandaise pour résister aux attaques du FPR et de l’armée ougandaise, avec un certain type d’armement qui n’a jamais servi au génocide. Donc c’était armé dans ce but à partir de 1990 et après. Donc il y a eu des livraisons d’armes pour que l’armée rwandaise soit capable de tenir le choc parce que s’il n’y avait pas d’armée capable de tenir le choc, vous pouvez oublier Arusha et tout le reste, il n’y a plus les éléments, il n’y a plus le levier pour obtenir un compromis politique. Donc, il est resté des relations d’armement et c’est pas la peine de découvrir sur un ton outragé qu’il y a eu des livraisons qui se sont poursuivies : c’est la suite de l’engagement d’avant, la France considérant que pour imposer une solution politique, il fallait bloquer l’offensive militaire. Ça n’a jamais été nié, ça. Donc, c’est pas la peine de le découvrir, de le présenter comme étant une sorte de pratique abominable masquée. C’est dans le cadre de l’engagement, encore une fois, pour contrer les attaques, ça n’a rien à voir avec le génocide [1]. » 

Après Bernard Kouchner, selon lequel « Paris a livré des armes jusqu’en août 1994 », M. Védrine reconnaît donc lui aussi l’existence de ces livraisons. Or, un embargo international avait été décrété le 17 mai 1994 par l’Organisation des Nations Unies.

Hubert Védrine justifie les livraisons d’armes pendant le génocide par la nécessité de « contrer les attaques » du Front Patriotique Rwandais (FPR) « pour imposer une solution politique ».
Mais, dans le contexte génocidaire, aider l’armée rwandaise à « bloquer l’offensive militaire » du FPR revenait à permettre que se poursuive le génocide des Tutsi à l’arrière du front, puisque ce sont les troupes du FPR qui mettaient fin à l’extermination des Tutsi au fur et à mesure de leur progression.
M. Védrine refuse par ailleurs de prendre en compte ce que les documents militaires français eux-mêmes nous apprennent sur le rôle de l’armée rwandaise dans le génocide. L’ordre d’opération Amaryllis, daté du 8 avril 1994, indique ainsi que « les membres de la garde présidentielle » ont procédé dès le 7 avril au matin à Kigali à « [l’]arrestation et [l’]élimination des opposants et des Tutsi ». Pour sa part, l’ordre d’opération Turquoise du général Lafourcade, daté du 25 juin 1994, mentionne « un génocide perpétré par certaines unités militaires rwandaises et par des milices Hutues à l’encontre de la minorité Tutsie ». Il n’y a donc aucune ambiguïté sur le rôle joué par les Forces armées rwandaises dans les massacres. Comment M. Védrine peut-il dès lors prétendre que l’État français ne leur a fourni qu’« un certain type d’armement qui n’a jamais servi au génocide » ?
Le distinguo qu’il opère entre les armes ayant servi à combattre le FPR et les armes ayant servi au génocide n’a aucun sens. En affirmant, dans l’exposé liminaire de son audition, que « [les Hutu] n’ont pas fait les massacres avec les armes françaises fournies pour tenir la frontière avec l’Ouganda. Les massacres, comme vous le savez, ont été faits à coups de machettes, village par village », il réécrit l’Histoire : en réalité, une part non négligeable des victimes du génocide a été tuée par armes à feu (balles, éclats de grenade, etc) [2]. Le modus operandi courant était d’attaquer les Tutsi, préalablement regroupés dans des édifices publics ou des centres religieux, à la grenade et au fusil, avant de les achever à l’arme blanche. Étant donné qu’à l’exception peut-être des munitions pour hélicoptères, tous les types d’armes dont disposaient les Forces Armées Rwandaises (FAR) ont été utilisés pour commettre le génocide (armes de poing, munitions de 5.56 et 7.62 pour les fusils R4, Kalachnikov, et Fal, grenades à main, grenades à fusil, et même obus de mortier), il fait peu de doute que les livraisons d’armes par notre pays à partir d’avril 1994 ont servi à la fois à la guerre contre le FPR et au génocide des Tutsi.
Hubert Védrine devrait par conséquent expliquer qui sont les responsables politiques ou militaires français de l’époque qui ont donné l’ordre de livrer des armes aux génocidaires pendant le génocide, quels types d’armes ont été livrés, à quelles dates, par quels canaux, avec quels financements. Est-ce que Paul Barril, signataire le 28 mai 1994 d’un contrat de fourniture d’hommes et de munitions avec le Gouvernement intérimaire rwandais, a joué un rôle dans une « stratégie indirecte » évoquée à la fois par le général Quesnot et le général Huchon [3] ?
Il appartient au Parlement de demander des comptes au pouvoir exécutif sur la politique menée au Rwanda. Il est aujourd’hui évident que le travail important conduit en 1998 par la Mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilès n’a pas permis d’éclairer la question des livraisons d’armes pendant le génocide –ce qui sous-entend que l’exécutif a menti aux députés en leur cachant ces livraisons.
N’en va-t-il pas de même pour d’autres aspects de l’action de la France au Rwanda pendant le génocide ? Entre autres : pourquoi le Gouvernement intérimaire rwandais s’est-il constitué pour partie à l’ambassade de France les 8 et 9 avril 1994 et quel rôle l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud a-t-il joué dans sa formation ? Pourquoi l’opération Amaryllis, n’a-t-elle pas eu pour objectif de stopper les massacres des Tutsi dans les premiers jours du génocide ? Pourquoi des liens politiques, diplomatiques et militaires étroits ont-ils été maintenus avec le Gouvernement intérimaire rwandais et les FAR pendant le génocide ? Quels étaient les objectifs de l’opération Turquoise en dehors de ceux affichés officiellement ? Nos soldats ont-ils évacué le Gouvernement intérimaire rwandais vers le Zaïre ?
La responsabilité qui vous incombe en tant qu’élu-e est de contribuer à établir la vérité sur cette politique.
Pour cela, nous vous demandons de faire en sorte :
  • que soit communiqué aux magistrats du pôle anti-terroriste et du pôle « génocide et crimes contre l’humanité » du tribunal de grande instance de Paris l’ensemble des archives concernant les dossiers qu’ils instruisent (attentat du 6 avril 1994, plaintes contre des militaires de l’opération Turquoise, rôle de Paul Barril pendant le génocide) ;
  • qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée pour faire toute la lumière sur les livraisons d’armes aux Forces Armées Rwandaises dans lesquelles notre pays est impliqué, avant, pendant et après le génocide ;
  • que cette commission exige la déclassification de tous les documents liés à ces livraisons et qu’elle tienne toutes ses auditions publiquement. 
Veuillez agréer, Madame la députée, Monsieur le député, Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur, l’expression de nos sentiments respectueux.

[1] http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5324.commission-de-la-defense--m-hubert-vedrine-sur-la-politique-de-la-france-au-rwanda-16-avril-2014... La question de M. Puyeo se trouve à 1’02’’ dans son intervention. La réponse de M. Védrine se trouve à 6’40’’ dans son intervention finale. Il est à noter que la transcription officielle des propos de M. Védrine gomme les éléments qui permettent de comprendre qu’il parle des livraisons ayant eu lieu après le début du génocide.
[2] La proportion est par exemple de 15 % dans la préfecture de Kibuye (Dictionnaire nominatif des victimes du génocide dans la préfecture de Kibuye, réalisé par l’association Ibuka).
[3] Général Christian Quesnot, chef d’état-major particulier de François Mitterrand, le 6 mai 1994 ; général Jean-Pierre Huchon, chef de la mission militaire de coopération, le 9 mai 1994.