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lundi 13 avril 2015

Alain Juppé démenti par la Mission d'information parlementaire

Ce vendredi 10 avril 2015, commentant la déclassification des archives de l'Élysée sur le Rwanda pour la période de 1990 à 1995, Alain Juppé a déclaré : « J'ai déjà dit à plusieurs reprises que l'idée que la France ait pu participer, organiser ou avoir une responsabilité, quelle qu'elle soit, dans le génocide était une falsification historique » reprenant en effet les mêmes termes qu'il tenait l'an dernier, à la même époque : « La campagne de falsification historique dont la France est régulièrement la cible depuis vingt ans suscite incompréhension et indignation. »
En nous reportant au rapport de la Mission d'Information Parlementaire (MIP)1 française de 1998, et plus particulièrement à son analyse de l'action de la diplomatie française menée par Alain Juppé en 1994, nous présentons ici les éléments principaux qui interrogent grandement quant à ses responsabilités de Ministre des Affaires Étrangères durant le génocide des Tutsi.

Chacun peut y lire que la Mission d'Information Parlementaire estime que la diplomatie française n'a pas tenu compte des informations dont elle disposait sur la préméditation du génocide, qu'elle a « commis une erreur » dans son soutien au Gouvernement Intérimaire Rwandais, et que la ligne qu'elle a tenu tout au long de l'année 1994, désignée par les parlementaires comme « l'obsession du cessez-le-feu », a fini par « placer la France dans une situation intenable. »
Ces éléments qui constituent une responsabilité de la France dans le génocide des Tutsi relèveraient donc, selon Alain Juppé, de la falsification historique.

À ces éléments soulevés par la MIP il y a 17 ans, des chercheurs, des historiens, des journalistes, ainsi que l'association Survie, en ont ajouté de très nombreux autres qui accusent les autorités françaises d'une complicité2 dans le génocide des Tutsi.
Pour Survie Gironde, si les responsabilités d'Alain Juppé en tant que Ministre des Affaires Étrangères ne sont plus à démontrer, le discours inamovible qu'il maintient depuis 21 ans visant à dédouaner la France de toute implication dans ce crime, au mépris de l'ensemble de ces travaux et recherches, relève d'un aveuglement incompréhensible.

À propos de la planification du génocide : « la France aurait pu s’interroger »

Si, pour Alain Juppé, avant le génocide, et ce jusqu'en mars 1994, « le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française », la MIP ne faisait pas du tout le même constat en rendant ses conclusions en 1998 :

« Compte tenu des faibles progrès enregistrés sur la voie de la démocratisation, la France aurait pu s’interroger davantage sur la cohérence de sa politique consistant à inciter le Président Habyarimana à démocratiser un régime qui pratiquait des atteintes répétées aux droits de l’homme, tout en l’assurant de notre indéfectible soutien militaire et diplomatique. »

Dans son travail sur la Mission d'Information Parlementaire, Marc Le Pape, chercheur au CNRS, écrivait en 1999 : « l'enquête parlementaire montre [que] la France n'a pas réagi de manière adaptée à la gravité d'une évolution caractérisée, de 1990 à 1994, par le développement de massacres puis d'attentats politiques, l'apparition de milices, la distribution d'armes dans la population, la force publique et clandestine prise par des hommes de pouvoir préconisant le massacre des Tutsis, les manœuvres du président Habyarimana contre le partage du pouvoir, les initiatives et succès militaires du Front patriotique rwandais (FPR). »3

Enfin, comme cela était rappelé à Alain Juppé dans une lettre ouverte en avril 2014, les autorités françaises ne pouvaient pas ignorer que « le génocide était prévisible dès [1990] »4, mais ont pourtant continué de soutenir militairement, et financièrement, un régime dont la politique raciste affichait clairement son projet génocidaire. Connaissant la menace de génocide pesant sur les Tutsi, pourquoi la France n'a-t-elle pas conditionné sa coopération à la suppression des mentions hutu, tutsi et twa sur les cartes d'identités rwandaises ?
Ce qui ressort des déclarations d'Alain Juppé c'est que depuis 1994, époque à laquelle il déclarait que le génocide était une « folie […] déclenchée » suite à l'assassinat du Président Habyarimana, sa position n'a pas changé. Ce constat interroge sur sa reconnaissance du caractère planifié du génocide des Tutsi, des années auparavant5.

Le soutien diplomatique français au coup d'État

Le 8 avril 1994, l’ordre d’opération Amaryllis6 mentionnait explicitement que la garde présidentielle procédait, dans la capitale, depuis le 7 avril au matin, à «  [l’] arrestation et [l’] élimination des opposants et des Tutsi  ». Les autorités françaises avaient donc, dès les premières heures du génocide, une vision claire de la situation.
Lors de son audition devant la MIP en 1998, Jean-Michel Marlaud, ambassadeur de France au Rwanda de mai 1993 à avril 1994, a indiqué que « la situation s’était dégradée assez vite au cours de cette journée du 7 avril et que, vers dix heures, Paris était informé par télégramme d’une escalade dans la violence : la garde présidentielle exécutait un certain nombre de personnalités. »
En effet, ce 7 avril, le premier Ministre Agathe Uwilinglyimana, démocrate favorable aux accords d'Arusha, est assassinée, ainsi que plusieurs des ministres et les chefs des partis modérés, sans oublier le Président de la Cour Constitutionnelle, Joseph Kavaruganda, qui devait assurer la prestation de serment suite au décès du Président de la République.
Pour les journalistes Benoît Collombat et David Servenay, « les autorités françaises sont informées quasiment en temps réel de l’enchaînement de ces événements. L'ambassadeur de France, Jean Michel Marlaud, suit heure par heure l'évolution de la crise »7.

Or, comment ont réagi les autorités françaises devant ce coup d'état meurtrier ?
Pour B. Collombat et D. Servenay « la France continue de soutenir ses alliés. Le lendemain, 8 avril, Jean Michel Marlaud accueille à l'Ambassade de France une réunion de plusieurs politiques pour travailler à la formation du gouvernement intérimaire rwandais (le GIR) ».
Et en effet, devant la MIP, Jean-Michel Marlaud déclarait :
« La matinée du 8 avril avait été marquée par [...] l'arrivée à l'ambassade de France de plusieurs ministres. Ces derniers ont alors tenu une réunion au cours de laquelle ils ont fixé trois orientations [...] : remplacer les ministres ou les responsables morts ou disparus, tenter de reprendre en main la garde présidentielle en vue d'arrêter les massacres et, enfin, réaffirmer leur attachement aux accords d'Arusha. Ils se sont néanmoins refusé à nommer M. Faustin Twagiramungu Premier Ministre en remplacement de Mme Agathe Uwilingiyimana. »
Le prétendu « attachement aux accords d'Arusha » n'avait aucune valeur dans la mesure où Faustin Twagiramungu était justement le Premier Ministre prévu par ces accords.

«  La France a commis une erreur » politique

Le 27 avril 1994, Bruno Delaye, conseiller de François Mitterrand aux Affaires africaines, Edouard Balladur, Premier ministre, et Alain Juppé, Ministre des Affaires Étrangères, reçoivent à Paris Jérôme Bicamumpaka, ministre des Affaires Étrangères du Gouvernement Intérimaire Rwandais (GIR), lequel est en train d'exécuter le génocide, accompagné de l'idéologue extrémiste Jean-Bosco Barayagwiza. La réception de ces personnes « rendait le génocide respectable », selon l'historienne Alison Des Forges. La MIP relève que la France fut le seul pays occidental à traiter avec eux (la Belgique leur avait refusé les visas). Ses conclusions sur cette réception sont sans équivoque :

« La France, en revanche, multiplie au cours de la période allant du 13 avril (départ d’Amaryllis) au 19 juin (présentation de l’opération Turquoise à l’ONU) les rencontres avec les différents acteurs et parmi eux les membres du Gouvernement intérimaire reçu le 27 avril à Paris par M. Bruno Delaye. Dans cet objectif, la France était effectivement la seule à être restée en contact avec toutes les parties, dont le Gouvernement intérimaire. Sur ce point, compte tenu du déroulement du génocide commandité par le Gouvernement intérimaire, la France a commis une erreur en considérant qu’elle pouvait accorder autant de crédit et autant de poids à tous les représentants des acteurs du conflit. » (Souligné par nous).

« La France dans une situation intenable »

À l'Assemblée nationale, le 18 mai 1994, Alain Juppé dénonçait sans ambiguïté le génocide : « Génocide : destruction systématique d'un groupe ethnique. Telle est la définition. C'est la raison pour laquelle, [...] j'ai moi-même utilisé ce terme il y a quelques jours puisque c'est bien de cela qu'il s'agit au Rwanda. Face à l'offensive du Front patriotique rwandais, les troupes gouvernementales rwandaises se sont livrées à l'élimination systématique de la population tutsie, ce qui a entraîné la généralisation des massacres. »
Pourtant, début juillet 1994, Alain Juppé exposait, lors d'une conférence de presse, les différents principes qui avaient guidé la politique française : « Premier principe : nous avons dès le début exprimé une condamnation claire du génocide qui a été perpétré par les milices hutues au lendemain de l’assassinat du président Habyarimana. [...] Nous avons demandé que les auteurs de ce génocide soient identifiés, jugés et punis. […] Deuxième principe : nous avons exclu à tout moment de nous interposer entre les belligérants. Pour nous il n’est pas question de prendre parti. »
Ainsi, la politique défendue par le Ministre français des Affaires Étrangères consistait à ne pas « prendre parti » entre des « belligérants », après avoir pourtant défini ces derniers comme d'un côté les victimes et d'un autre les auteurs d'un génocide !
De plus, alors qu'en mai il attribuait clairement la réalisation du génocide aux « troupes gouvernementales rwandaises », nous constatons que début juillet un glissement des responsabilités vers « les milices hutues » s'est produit dans son discours.

Pour la Mission d'Information Parlementaire, tout au long de la réalisation du génocide, la voie diplomatique choisie par la France sera « l'obsession du cessez-le-feu ».
Sur France 2, début juillet 1994, soit trois mois après le début du génocide, Alain Juppé n'en démordait toujours pas : « L'objectif, c'est le cessez-le-feu, c'est la reprise du processus d'Arusha » !
Là encore, les conclusions de la MIP sont sans appel :
« La recherche d’un cessez-le-feu à tout prix, qui ne viendra jamais officiellement, [...] aura fini par placer la France dans une situation intenable. »

Livraisons d'armes par les autorités françaises aux auteurs du génocide pendant sa réalisation

Nous ne nous étendrons pas ici sur des éléments déjà relevés ailleurs. Nous renvoyons le lecteur à la lettre ouverte adressée à Alain Juppé l'an dernier, dans laquelle sont mentionnées plusieurs livraisons d'armes par la France au Rwanda, malgré l'interdiction posée par les accords d'Arusha puis l'embargo de l'ONU. 

Signalons juste deux éléments récents :
- Une note du 24 février 1995 de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense, rendue publique le 22 avril 2014 par le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, mentionne « la poursuite des livraisons d’armes aux Forces armées rwandaises jusqu’en juillet 1994 ».
- Le 24 juin 2013, une information judiciaire a été ouverte suite au dépôt de plainte par la FIDH, la LDH et Survie contre Paul Barril, ancien capitaine de gendarmerie, du chef de complicité de génocide, pour avoir notamment contracté le 28 mai 1994 un accord d’assistance de fourniture d’armes et de munitions et de formation et d’encadrement, avec le Premier ministre du Gouvernement intermédiaire rwandais (GIR), Jean Kambanda.

Pas possible « d'affirmer que Turquoise ne poursuit qu'un objectif exclusivement humanitaire »

Alain Juppé est l'un des derniers à continuer de prétendre que l'opération militaire française Turquoise était strictement « humanitaire » : « Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire », écrivait-il sur son blog en 2010, ajoutant : « tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions »
Alors lisons ces conclusions : « le caractère neutre et humanitaire de l'opération Turquoise ne fait pas de doute ». En effet, la neutralité, on l'a vu, consistait à ne pas s'interposer entre des « belligérants », pourtant auparavant définis comme les victimes et les auteurs d'un génocide... Humanitaire, l'opération Turquoise le fut en effet par endroits où elle sauva quelques milliers de Tutsis et protégea des réfugiés. Mais la conclusion de la MIP ne s'arrête pas là :
« Il n’apparaît pas pour autant possible d'affirmer que Turquoise ne poursuit qu'un objectif exclusivement humanitaire », puis plus loin :
« la France n’a sans doute pas fixé initialement à l’opération Turquoise un objectif exclusivement humanitaire ».

C'est bien ce qu'est venu confirmer le témoignage de l’ex-capitaine Guillaume Ancel, qui a participé à l’opération Turquoise, interviewé en 2014 sur France Culture. Il affirme en effet avoir reçu deux ordres de combattre le FPR. Le premier, transmis le 22 juin 1994, était de réaliser un raid sur Kigali, lors duquel le rôle d’Ancel était d’aller près du front pour désigner aux avions leurs cibles. Le second, le 30 juin, était d’aller stopper par la force le FPR à l’est de la forêt de Nyungwe. Une opération annulée in extremis, le 1er juillet.

Aider les génocidaires à prendre la fuite plutôt que les arrêter

Parce que la France est signataire de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, et parce que l'opération Turquoise, placée dans le cadre du chapitre VII de la charte de l'ONU, pouvait recourir à « tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs humanitaires énoncés », les forces françaises avaient le devoir d'interrompre le génocide et d'arrêter les coupables, notamment à partir du 28 juin, date de sa reconnaissance par l'ONU.
Non seulement elles ne le feront pas, mais elles permettront aux génocidaires de s'enfuir au Zaïre.

Deux documents démontrent que la diplomatie française est consciente des devoirs de la France
Une note du 15 juillet du Quai d’Orsay indique que les membres du Gouvernement Intérimaire Rwandais en fuite ont été averties que « leur présence dans la zone n’était pas souhaitée » et amènerait les Français « à les mettre en résidence surveillée jusqu’à remise aux Nations Unies ».
Une dépêche Reuters où le quai d’Orsay indique que les ministres rwandais responsables du génocide doivent être internés. Mais on lit une annotation de la main d’Hubert Védrine, alors secrétaire général de l’Elysée : « Lecture du Président. Ce n’est pas ce qui a été dit chez le Premier Ministre ».

De fait, alors qu'ils sont très nombreux à passer dans la zone contrôlée par la France, aucun responsable du génocide des Tutsi ne sera arrêté. En revanche, le mensuel de la Légion étrangère, Képi Blanc, d’octobre 1994 confirme que : « Battue sur le terrain, l’armée ruandaise se replie, en désordre, vers la « zone humanitaire sûre ». L’E.M.T. [l’état-major tactique français] provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition ruandais vers le Zaïre. Le 17 juillet, le gouvernement ruandais passe au Zaïre. »

Falsification ou cécité ?

Marc Le Pape conclut son travail en ces termes : « une autre alternative n'a jamais été envisagée par le rapport et les auditions : ne pas intervenir au Rwanda en octobre 1990, un pays avec lequel la France n'avait pas d'accord de défense […]. Rien ne permet de dire que la non-intervention aurait eu les conséquences catastrophiques qu'on lui prête. En fait de conséquences catastrophiques, c'est la voie choisie qu'il faut mettre en cause ».
Alain Juppé espère que les archives de l'Élysée sur le Rwanda déclassifiées montreront que « l'idée que la France ait pu participer, organiser ou avoir une responsabilité, quelle qu'elle soit, dans le génocide [est] une falsification historique ». 
Cela est peu probable. 
En revanche, les documents militaires et diplomatiques français, les travaux des parlementaires, de chercheurs, d'historiens, les témoignages, démontrant la complicité de la France dans le génocide des Tutsi débordent des tiroirs, et sont déjà disponibles aux citoyens français. Mais encore faut-il ouvrir les yeux pour les voir.

Survie Gironde
Le 13 avril 2015



1 - Paul Quilès, Pierre Brana et Bernard Cazeneuve, Enquête sur la tragédie rwandaise [1990-1994], assemblée nationale, Paris, 1998. Disponible sur internet.

2 - La complicité est un crime défini par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda : "Un accusé est complice de génocide s’il a sciemment et volontairement aidé ou assisté ou provoqué une ou d’autres personnes à commettre le génocide, sachant que cette ou ces personnes commettaient le génocide, même si l’accusé n’avait pas lui-même l’intention spécifique de détruire en tout ou en partie le groupe national, ethnique, racial et religieux, visé comme tel."

3 - Marc Le Pape, Le Rwanda au Parlement, une enquête sur la tragédie rwandaise, dans Esprit n°5, Mai 1999

4 - Propos de Georges Martres, ambassadeur de France au Rwanda de 1989 à 1993, devant la MIP.

5- Rappelons que la préméditation, la planification, le caractère systématique et la mise en œuvre par un État des crimes commis caractérisent la qualification de génocide.

6 - Opération militaire française d’évacuation des Français et des Européens.

7 - Benoît Collombat et David Servenay : Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda. La découverte, avril 2014





Pour aller plus loin :

* Alain Juppé, de l’« honneur » à la falsification, article paru en octobre 2014 dans le mensuel de Survie Billets d'Afrique et d'Ailleurs (p.11-12). Disponible au format PDF.

* Alain Juppé et le Rwanda, de Jean-Pierre Cosse. L'Harmattan, février 2014.

* Les publications, actions en justice et revendications de Survie sur la complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, et l’ensemble des publications de Survie.

* Le livre très complet et détaillé de Jacques Morel intitulé La France au cœur du génocide des Tutsi. On peut le télécharger, ainsi que de nombreux documents, depuis cette page.

* Le site de Commission d'Enquête Citoyenne, qui a réuni en 2004 des associations et des citoyens français qui ont produit un rapport.

* Le site de la revue La nuit rwandaise.

* Le site de l'association bordelaise Cauri qui travaille sur la mémoire du génocide des Tutsi.




vendredi 3 avril 2015

7 et 11 avril 2015 : Commémorations du génocide des Tutsi et conférence gesticulée

Il y a 21 ans, l’État Français apportait, en toute connaissance de cause, son indéfectible soutien à un régime qui préparait puis réalisait un génocide, celui des Tutsi du Rwanda.

Comme tous les 7 avril depuis cette complicité, l'association SURVIE sera cette année encore auprès des rescapés et des familles de victimes, pour se souvenir de ce million de personnes, de bébés, d'enfants, de femmes, d'hommes et de vieillards, à qui l'on n'a pas seulement ôté la vie, mais qui ont été exclus de l'humanité par leurs bourreaux, et ceux qui les ont soutenus.

C'est pour ne pas les oublier, et leur rendre leur humanité, que Survie Gironde sera aux côtés de l'association Cauri ce mardi 7 avril 2015.
Un premier rendez-vous est donné à 11h au pont de pierre pour un traditionnel jet de fleurs sur la Garonne, puis à 18h dans le parc de la chapelle de Mussonville (tram C arrêt Mussonville), au siège de l'Homme debout dédié par la commune de Bègles aux victimes du génocide des Tutsi.
 
 
 
Samedi 11 avril à 17h, à la maison cantonale (20 rue de Chateauneuf à Bordeaux), Survie Gironde a le plaisir de vous inviter à une conférence gesticulée :

 Mille collines, mille coopérants ... et moi, et moi, et moi ?
 
Les 2 "conférenciers gesticulants" nous parlerons des années 1992-1993 au Rwanda, pour rappeler que ce génocide n'avait rien de "spontané", comme cela a souvent été dit, mais qu'il fut planifié, organisé, et annoncé aux autorités françaises. 
 
Rappelons que lors de son audition par la Mission d'Information Parlementaire française de 1998, l'ambassadeur français au Rwanda Georges Martres témoignera que "le génocide était prévisible dès cette période [1990]"
 
Retrouvez et partagez cet événement sur la page facebook de Survie Gironde : https://fr-fr.facebook.com/survie33
 

dimanche 7 décembre 2014

16 Décembre: présentation du livre "Le Sabre et le Machette"


Rencontre /Débat avec François Graner autour de son livre : 

Le sabre et la machette
 Officiers français et génocide tutsi 


20 ans après, la responsabilité de l'état français et de son état major dans le génocide des tutsi du Rwanda reste un sujet couvert par une lourde chape de plomb. "Le sabre et la machette" recoupe les déclarations des officiers français qui ont agi au Rwanda à l'époque, afin d'en relever les nombreuses incohérences. Dans une démarche quasi-scientifique, le physicien François Graner nous démontre que les zones d'ombre entourant la rôle de la France sont encore bien présentes, et poussera certainement le lecteur à s'approprier une question d'ordre nationale.

Mardi 16 décembre à 20h
à l'Athénée Libertaire

Organisé par la Librairie du Muguet et Survie Gironde


jeudi 11 septembre 2014

Guillaume Ancel à Uzeste

Le 27 septembre prochain, à 15 heures, l’association CAURI et la compagnie UZ ET COUTUMES vous invitent à rencontrer l'ancien officier Guillaume ANCEL à Uzeste (près de Langon), au 4 rue Faza.

Capitaine de l’armée de Terre en 1994, Guillaume Ancel est intervenu au Rwanda en plein génocide pendant la très controversée Opération Turquoise (22 juin-22 août 1994). Les révélations contenues dans son livre Vents sombres sur le lac Kivu (THEBOOKEDITION.COM, février 2014), poursuivies sur son blog et lors d'interviews dans les médias nous éclairent sur la réalité de cette intervention française. Celle-ci qui affichait un objectif humanitaire aurait dû, dit l’officier français «logiquement intervenir contre les génocidaires, c’est-à-dire contre le gouvernement rwandais et ses forces armées. Au lieu de cela, nos responsables politiques ont décidé que nous devions stopper leurs opposants militaires. J’ai reçu l’ordre, le 22 juin, de préparer un raid sur Kigali pour reprendre la capitale et le 30 juin de guider les frappes aériennes contre les colonnes du Front patriotique rwandais (FPR)» (Le Monde, 30 août 2014).

Venez écouter ce témoin et débattre avec lui. Nous, citoyens français, devons regarder en face les responsabilités de notre pays dans le génocide des Tutsi rwandais (1 million de civils exterminés en 3 mois) afin que les erreurs et les fautes commises par nos dirigeants ne puissent pas se reproduire.

dimanche 29 juin 2014

Dossier sur la lettre ouverte à Alain Juppé et sa réaction



Au mois d'avril dernier, un collectif de citoyens adressait une lettre ouverte à Alain Juppé, afin de lui demander des détails concernant son rôle de ministre des affaires étrangères en 1994, au moment du génocide des Tutsi du Rwanda, ainsi que des explications sur les propos qu'il a pu tenir depuis.

Suite à cette interpellation et à la réaction de M. Juppé, Survie Gironde a réalisé le dossier ci dessous qui regroupe :
  • la lettre ouverte,
  • la réponse d'Alain Juppé,
  • et un commentaire de cette réponse signé par Survie Gironde.
Ce commentaire souligne les nombreuses questions précises que M. Juppé a choisi de laisser sans réponse. Ce texte reprend également les déclarations récentes d'anciens officiers et responsables politiques français qui confirment la légitimité de ces questions.







vendredi 20 juin 2014

Rwanda : lettre ouverte aux parlementaires suite à l’audition d’Hubert Védrine

Madame la Députée, Monsieur le Député, Madame la Sénatrice, Monsieur le Sénateur,

Au mois d’avril, lors de la vingtième commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda, la présence française dans ce pays entre 1990 et 1994 a fait l’objet d’un débat qui s’est durci à un point jamais atteint lors des années précédentes. La presse française a répercuté les interrogations insistantes concernant la politique menée au Rwanda, ainsi que les accusations portées par des journalistes, des chercheurs, des associations. Des responsables politiques se sont exprimés sur le sujet.
Un point a particulièrement retenu l’attention de Survie.
Lors de son audition par la commission de la défense de l’Assemblée nationale, le 16 avril dernier, Hubert Védrine a admis l’existence de livraisons d’armes à l’armée rwandaise pendant le génocide des Tutsi (avril à juillet 1994).
Interrogé par le député socialiste Joaquim Pueyo, qui lui demande : « Est-ce que la France a livré des munitions aux forces armées après le début du génocide ? À quelle date ? », l’ancien secrétaire général de l’Élysée répond :
« Ce que je crois être le cas, ce que j’ai compris à l’époque ou après, avec le recul ou maintenant, c’est que la France a donc armé l’armée rwandaise pour résister aux attaques du FPR et de l’armée ougandaise, avec un certain type d’armement qui n’a jamais servi au génocide. Donc c’était armé dans ce but à partir de 1990 et après. Donc il y a eu des livraisons d’armes pour que l’armée rwandaise soit capable de tenir le choc parce que s’il n’y avait pas d’armée capable de tenir le choc, vous pouvez oublier Arusha et tout le reste, il n’y a plus les éléments, il n’y a plus le levier pour obtenir un compromis politique. Donc, il est resté des relations d’armement et c’est pas la peine de découvrir sur un ton outragé qu’il y a eu des livraisons qui se sont poursuivies : c’est la suite de l’engagement d’avant, la France considérant que pour imposer une solution politique, il fallait bloquer l’offensive militaire. Ça n’a jamais été nié, ça. Donc, c’est pas la peine de le découvrir, de le présenter comme étant une sorte de pratique abominable masquée. C’est dans le cadre de l’engagement, encore une fois, pour contrer les attaques, ça n’a rien à voir avec le génocide [1]. » 

Après Bernard Kouchner, selon lequel « Paris a livré des armes jusqu’en août 1994 », M. Védrine reconnaît donc lui aussi l’existence de ces livraisons. Or, un embargo international avait été décrété le 17 mai 1994 par l’Organisation des Nations Unies.

Hubert Védrine justifie les livraisons d’armes pendant le génocide par la nécessité de « contrer les attaques » du Front Patriotique Rwandais (FPR) « pour imposer une solution politique ».
Mais, dans le contexte génocidaire, aider l’armée rwandaise à « bloquer l’offensive militaire » du FPR revenait à permettre que se poursuive le génocide des Tutsi à l’arrière du front, puisque ce sont les troupes du FPR qui mettaient fin à l’extermination des Tutsi au fur et à mesure de leur progression.
M. Védrine refuse par ailleurs de prendre en compte ce que les documents militaires français eux-mêmes nous apprennent sur le rôle de l’armée rwandaise dans le génocide. L’ordre d’opération Amaryllis, daté du 8 avril 1994, indique ainsi que « les membres de la garde présidentielle » ont procédé dès le 7 avril au matin à Kigali à « [l’]arrestation et [l’]élimination des opposants et des Tutsi ». Pour sa part, l’ordre d’opération Turquoise du général Lafourcade, daté du 25 juin 1994, mentionne « un génocide perpétré par certaines unités militaires rwandaises et par des milices Hutues à l’encontre de la minorité Tutsie ». Il n’y a donc aucune ambiguïté sur le rôle joué par les Forces armées rwandaises dans les massacres. Comment M. Védrine peut-il dès lors prétendre que l’État français ne leur a fourni qu’« un certain type d’armement qui n’a jamais servi au génocide » ?
Le distinguo qu’il opère entre les armes ayant servi à combattre le FPR et les armes ayant servi au génocide n’a aucun sens. En affirmant, dans l’exposé liminaire de son audition, que « [les Hutu] n’ont pas fait les massacres avec les armes françaises fournies pour tenir la frontière avec l’Ouganda. Les massacres, comme vous le savez, ont été faits à coups de machettes, village par village », il réécrit l’Histoire : en réalité, une part non négligeable des victimes du génocide a été tuée par armes à feu (balles, éclats de grenade, etc) [2]. Le modus operandi courant était d’attaquer les Tutsi, préalablement regroupés dans des édifices publics ou des centres religieux, à la grenade et au fusil, avant de les achever à l’arme blanche. Étant donné qu’à l’exception peut-être des munitions pour hélicoptères, tous les types d’armes dont disposaient les Forces Armées Rwandaises (FAR) ont été utilisés pour commettre le génocide (armes de poing, munitions de 5.56 et 7.62 pour les fusils R4, Kalachnikov, et Fal, grenades à main, grenades à fusil, et même obus de mortier), il fait peu de doute que les livraisons d’armes par notre pays à partir d’avril 1994 ont servi à la fois à la guerre contre le FPR et au génocide des Tutsi.
Hubert Védrine devrait par conséquent expliquer qui sont les responsables politiques ou militaires français de l’époque qui ont donné l’ordre de livrer des armes aux génocidaires pendant le génocide, quels types d’armes ont été livrés, à quelles dates, par quels canaux, avec quels financements. Est-ce que Paul Barril, signataire le 28 mai 1994 d’un contrat de fourniture d’hommes et de munitions avec le Gouvernement intérimaire rwandais, a joué un rôle dans une « stratégie indirecte » évoquée à la fois par le général Quesnot et le général Huchon [3] ?
Il appartient au Parlement de demander des comptes au pouvoir exécutif sur la politique menée au Rwanda. Il est aujourd’hui évident que le travail important conduit en 1998 par la Mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilès n’a pas permis d’éclairer la question des livraisons d’armes pendant le génocide –ce qui sous-entend que l’exécutif a menti aux députés en leur cachant ces livraisons.
N’en va-t-il pas de même pour d’autres aspects de l’action de la France au Rwanda pendant le génocide ? Entre autres : pourquoi le Gouvernement intérimaire rwandais s’est-il constitué pour partie à l’ambassade de France les 8 et 9 avril 1994 et quel rôle l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud a-t-il joué dans sa formation ? Pourquoi l’opération Amaryllis, n’a-t-elle pas eu pour objectif de stopper les massacres des Tutsi dans les premiers jours du génocide ? Pourquoi des liens politiques, diplomatiques et militaires étroits ont-ils été maintenus avec le Gouvernement intérimaire rwandais et les FAR pendant le génocide ? Quels étaient les objectifs de l’opération Turquoise en dehors de ceux affichés officiellement ? Nos soldats ont-ils évacué le Gouvernement intérimaire rwandais vers le Zaïre ?
La responsabilité qui vous incombe en tant qu’élu-e est de contribuer à établir la vérité sur cette politique.
Pour cela, nous vous demandons de faire en sorte :
  • que soit communiqué aux magistrats du pôle anti-terroriste et du pôle « génocide et crimes contre l’humanité » du tribunal de grande instance de Paris l’ensemble des archives concernant les dossiers qu’ils instruisent (attentat du 6 avril 1994, plaintes contre des militaires de l’opération Turquoise, rôle de Paul Barril pendant le génocide) ;
  • qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée pour faire toute la lumière sur les livraisons d’armes aux Forces Armées Rwandaises dans lesquelles notre pays est impliqué, avant, pendant et après le génocide ;
  • que cette commission exige la déclassification de tous les documents liés à ces livraisons et qu’elle tienne toutes ses auditions publiquement. 
Veuillez agréer, Madame la députée, Monsieur le député, Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur, l’expression de nos sentiments respectueux.

[1] http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5324.commission-de-la-defense--m-hubert-vedrine-sur-la-politique-de-la-france-au-rwanda-16-avril-2014... La question de M. Puyeo se trouve à 1’02’’ dans son intervention. La réponse de M. Védrine se trouve à 6’40’’ dans son intervention finale. Il est à noter que la transcription officielle des propos de M. Védrine gomme les éléments qui permettent de comprendre qu’il parle des livraisons ayant eu lieu après le début du génocide.
[2] La proportion est par exemple de 15 % dans la préfecture de Kibuye (Dictionnaire nominatif des victimes du génocide dans la préfecture de Kibuye, réalisé par l’association Ibuka).
[3] Général Christian Quesnot, chef d’état-major particulier de François Mitterrand, le 6 mai 1994 ; général Jean-Pierre Huchon, chef de la mission militaire de coopération, le 9 mai 1994.

Rwanda : les jeunes des partis politiques exigent “la vérité, maintenant !”

Rwanda : les jeunes des partis politiques exigent “la vérité, maintenant !”  


20 ans après, une partie de la classe politique française continue d’obstruer l’éclatement de la vérité concernant la collaboration de certains hauts responsables français avec le régime génocidaire au Rwanda avant, pendant et après le génocide contre les Tutsis.
La nouvelle génération engagée rejette l’héritage empoisonné de la collaboration que l’on tente de lui imposer, interpelle la génération précédente sur ses silences et sur les responsabilités des personnalités concernées, et exige de connaître “la vérité, maintenant !”.
C’est le sens de la tribune signée par le Mouvement Antiraciste Européen - EGAM, les dirigeants des jeunesses des partis de différentes couleurs politiques et des associations et syndicats de jeunesse.
La tribune “Génocide des Tutsis : la vérité, maintenant !” est publiée aujourd’hui simultanément par Libération, la Libre Belgique et le New Times (Rwanda). Vous trouverez également le texte à la suite de ce message.
Emmenée par l’EGAM, une délégation des signataires se rendra au Rwanda du samedi 21 au dimanche 29 juin prochains, accompagnée par des dirigeants antiracistes européens engagés dans la lutte contre différentes expressions du négationnisme. Elle y portera auprès des jeunes générations ce message de clarté et d’humanité, y commémorera le génocide des Tutsis, et contribuera ainsi à restaurer l’honneur de la France et la dignité des victimes en donnant corps aux droits de l’homme.

Génocide des Tutsis : la vérité, maintenant !

Par Paul Morin, Directeur Exécutif du Mouvement Antiraciste Européen - EGAM, Laura Slimani, Présidente des Jeunes Socialistes, Antoine Carette, Président des Jeunes Démocrates - Modem, Laura Chatel et Lucas Nédélec, Secrétaires fédéraux des Jeunes Ecologistes, Nordine Idir, Secrétaire général du Mouvement des Jeunes Communistes de France, Selim-Alexandre Arrad, Président des Jeunes Radicaux de Gauche, Sacha Reingewirtz, Président de l’Union des Etudiants Juifs de France, Raphaël Der Agopian, Président de l’Union Générale des Arméniens de Bienfaisance – Jeunes, Blaise Cueco, Coordinateur national de SOS Racisme, William Martinet, Président de l’Union Nationale des Etudiants de France, Corentin Durand, Président de l’Union Nationale Lycéenne, Sonia Aïchi, Présidente de la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne.

Comme tout crime contre l’humanité, le génocide des Tutsis du Rwanda nous concerne. D’autant que ce crime fait aussi partie de l’histoire de notre pays. Notre génération refuse la loi du silence et réclame la vérité. C’est pourquoi nous irons, ensemble, au Rwanda, où nous porterons ce message à la société civile et aux jeunes générations rwandaises.

Disons-le en effet clairement : Paris a soutenu le régime génocidaire au Rwanda avant, pendant et après le génocide perpétré contre les Tutsis, qui fit plus de 800 000 victimes entre avril et juillet 1994. Une poignée de personnalités, de droite comme de gauche, situées au plus haut niveau de l’appareil d’Etat, endossa au cours du second septennat de François Mitterrand, la responsabilité d’une politique secrète qui dura a minima de 1990 à 1994.

Cette politique, qui ne fut jamais discutée au Parlement, et encore moins devant les Français, prit la forme d’un soutien politique, militaire et diplomatique envers les extrémistes rassemblés dans le mouvement Hutu Power, mouvement dont l’appareil d’Etat français connaissait la nature structurellement raciste, totalitaire, génocidaire.

Depuis vingt ans maintenant, cette poignée de responsables, croyant ainsi sauver leur honneur, refusent de répondre de leurs actes et tentent d’obstruer l’éclatement de la vérité en tenant un discours de déni, voire de négationnisme.

Les faits sont pourtant éloquents.

Il est établi que, d’octobre 1990 à la fin 1993, alors même que de nombreux télégrammes diplomatiques alertaient de la possible extermination totale de la population tutsi au Rwanda[1], Paris a soutenu les extrémistes, notamment en formant et armant la Gendarmerie nationale, les Forces armées et la Garde présidentielle qui allaient être les fers de lance du génocide[2]. Ce soutien, alors direct, ne fut interrompu ni pendant l’extermination, ni même après[3].

Il est établi que le gouvernement putschiste et génocidaire fut formé à l’ambassade de France, sous l’égide de l’ambassadeur de France, au lendemain de l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana[4]. Ce fut le dernier acte d’un coup d’Etat, entamé avec l’attentat et l’assassinat de la Première Ministre démocrate Agathe Uwilingiyimana, quelques heures avant la réunion à l’ambassade.

Il est établi que seules les autorités françaises ont accepté de recevoir en plein génocide, le 27 avril 1994, Jérôme Bicamumpaka, ministre des Affaires étrangères du gouvernement génocidaire, et Jean-Bosco Barayagwiza, membre fondateur de « Radio-la-haine », la funeste Radio Mille Collines[5].

Il est établi que l’Opération Turquoise, lancée le 22 juin sous le chapitre VII de l’ONU, ne fut pas, comme cela a été officiellement présenté, une opération neutre et humanitaire. Certes les ordres de l’Opération Turquoise stipulaient qu’il convenait de « faire cesser les massacres », mais ils visaient aussi à « rétablir l’autorité » des forces locales « civiles et militaires » qui venaient de commettre le génocide[6].

Il est établi que, pour se porter au secours des rescapés, des soldats français ont dû désobéir aux ordres de l’état-major de Turquoise. De cela, les rescapés des collines de Bisesero, abandonnés aux milices génocidaires trois jours durant par les soldats français, témoignent implacablement[7].

Il est établi que cette opération « militaro-humanitaire » a permis de couvrir la retraite vers le Zaïre du gouvernement génocidaire et des milices, sous la protection de fait d’un contingent qui, malgré son engagement sous chapitre VII de l’ONU, avait reçu ordre des plus hautes autorités politiques et militaires françaises de rester l’arme au pied[8].

La liste des faits incriminants est longue, fondée sur des documents officiels, des enquêtes journalistiques et la mission d’information parlementaire de 1998. Les éléments cités ne sont pas exhaustifs mais ils disent bien la profondeur de la collaboration entre certains hauts responsables français et le régime auteur du génocide.

Depuis vingt ans, ces hauts responsables se drapent dans « l’honneur de la France » qui serait, disent-ils, mis en cause. Leur rhétorique indigne vise à enrôler d’autorité la France toute entière afin d’abriter leurs responsabilités derrière son innocence.

La question aujourd’hui posée est donc simple, claire, nette : cette poignée de personnalités sont-ils la France ?

A cette question, la France qui vient, celle de notre génération, répond avec clarté et fermeté par la négative.

Nous, dirigeants de jeunesses de partis politiques français, d’associations de jeunesse, défendons et soutenons le devoir de vérité, tout de suite. La recherche de la vérité sur le génocide des Tutsis est pour nous un absolu. Elle ne relève pas d’un compromis dans un rapport de forces politique ou diplomatique, ni d’un soutien politique à un régime ou à un gouvernement particuliers.

A ceux qui pensent qu’un mensonge national vaut mieux qu’une vérité qui met en cause certains Français, nous disons que la France n’est jamais aussi grande et digne que lorsqu’elle fait face, avec courage et lucidité, à son passé. Le travail de vérité est une exigence, lever le voile un impératif.

Notre génération, toutes tendances politiques républicaines confondues, rejette, contre ceux qui tentent de nous l’imposer, l’héritage empoisonné de la collaboration. Nous combattons l’indifférence, le déni et le silence d’Etat. La lutte contre le négationnisme n’est pour nous pas négociable.

Dans cette lutte, nous n’entendons pas laisser une poignée de hauts responsables parler au nom de la France, donc en notre nom à tous, ni utiliser impunément comme bouclier rhétorique une France à qui rien n’a jamais été demandé, qui n’y est pour rien. A eux, qui instrumentalisent l’honneur d’un pays et croient sauver le leur en cachant la vérité, nous disons que plus le temps passe, plus ils seront jugés durement par l’histoire et par la France.

Nous exigeons de ceux qui ont endossé cette politique criminelle, en premier lieu quand ils font partie de nos formations, qu’ils aient le courage de répondre sans faux fuyants aux questions précises, nourries et factuelles que pose la politique qui fut menée par Paris. Des zones d’ombre demeurent sur le champ et l’étendue des responsabilités individuelles. Il convient de rentrer dans le détail, d’examiner les faits, les multiples preuves. L’ouverture immédiate des archives s’impose pour permettre aux historiens de travailler sans entraves.

Nous irons à Bisesero inhumer ceux qui y ont été exterminés et rendre hommage à ces soldats français de Turquoise qui, confrontés à un choix terrible et douloureux, eurent le courage de désobéir aux ordres pour sauver des hommes, des femmes et des enfants voués à la mort.

Nous voulons par notre présence marquer celle de la France au Rwanda en ces temps de commémorations, qui s’achèvent le 4 juillet.

Ce qui est en jeu, c’est notre rapport à la vérité.
C’est notre relation à l’Afrique.
C’est notre capacité à affronter l’histoire.
Ce sont nos valeurs démocratiques fondamentales.
Ce qui est en jeu, c’est l’honneur de notre pays.

Le vrai.

[1] Le risque d’une « élimination totale des Tutsis » est mentionné dans un télégramme diplomatique dès le 15 octobre 1990 par l’ambassadeur de France au Rwanda, George Martres.
[2] « Les soldats de la garde présidentielle) étaient entraîné, mais vraiment bien entraînés et je pense qu’ils ont du massacrer un maximum de personnes. Oui, ils étaient craints d’ailleurs. La Garde présidentielle, le groupe d’intervention principalement, était très craint parce qu’ils avaient été entraînés par les Français et bien entraînés. Les gens savaient exactement de quoi ils étaient capables ». Adjudant-chef Thierry Prungnaud, GIGN. Instructeur de la garde présidentielle en 1992 et membre d’un détachement COS, Commandement des opérations spéciales, pendant l’opération Turquoise, témoignage diffusé par France Culture en avril 2005.
[3] La DGSE propose le 4 mai 1994 « une condamnation publique sans appel des agissements de la garde présidentielle et du colonel Bagosora » Cette note est ignorée. En 2008, le colonel Bagosora est condamné à perpétuité par le TPIR, peine réduite à trente-cinq ans de prison après appel.
[4] « La matinée du 8 avril avait été marquée par [...] l'arrivée à l'ambassade de France de plusieurs ministres. Ces derniers ont alors tenu une réunion au cours de laquelle ils ont fixé trois orientations : remplacer les ministres ou les responsables morts ou disparus, tenter de reprendre en main la garde présidentielle en vue d'arrêter les massacres et, enfin, réaffirmer leur attachement aux accords d'Arusha. Ils se sont néanmoins refusés à nommer M. Faustin Twagiramungu Premier ministre en remplacement d'Agathe Uwilingiyimana. Vers 20 heures, l'ambassade a été informée de la nomination d'un président de la République et d'un gouvernement intérimaire. La composition de ce gouvernement était apparemment conforme aux accords d'Arusha puisqu'elle prévoyait une répartition des portefeuilles entre partis politiques. » Jean-Michel Marlaud, ambassadeur de France à Kigali. MIP, Tome 3, auditions, vol. I, p. 296-297.
[5] « En visite à paris où il a été reçu par les autorités françaises, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire rwandais mis en place en place après la mort du président Juvenal Habyarimana le 6 avril, Jérôme Bicamumpaka a jugé ‘’exagéré’’ le chiffre de 100.000 morts avancé comme bilan des massacres commis dans son pays au cours des trois dernières semaines. ‘’A mon avis, 100 000, c’est trop, 100 000 morts, je n’y crois’’, a-t-il-dit au cours d’une conférence de presse. » Le Monde, 30 avril 1994.
[6] « Affirmer auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et noter détermination à faire cesser les massacres sur l’ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité ». Ordre d’opération de Turquoise, 22 juin 1994, MIP, annexes, p.386.
[7] Instruction judiciaire ouverte à Paris en novembre 2005 à la suite du dépôt de plaintes contre X au tribunal des Armées pour « complicité de génocide et/ou crimes contre l’humanité »
[8] « Battue sur le terrain, l’armée ruandaise se replie, en désordre, vers la zone humanitaire sûre. L’E.M.T (Etat-major tactique de l’opération Turquoise) provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition ruandais vers le Zaïre. Le 17 juillet, le gouvernement ruandais passe au Zaïre » Mensuel de la légion étrangère, Képi blanc, octobre 1994.

dimanche 11 mai 2014

mercredi 28 mai : Conférence-débat de Boubacar Boris Diop à Mollat

La section de Gironde de l'Union des Travailleurs Sénégalais de France, UTSF, dans le cadre du Sénéfesti 2014, et Survie Gironde ont le plaisir et l'honneur de recevoir Boubacar Boris Diop pour une conférence débat, suivie d'une séance de signatures, dans les salons de la librairie Mollat le mercredi 28 mai de 18h à 19h30.

Professeur de philosophie, romancier, journaliste et ancien directeur du journal indépendant Le Matin à Dakar, Boubacar Boris Diop s’est imposé comme l'un des écrivains et intellectuels majeurs de l’Afrique francophone contemporaine.

La gloire des imposteurs, son dernier ouvrage co-écrit avec Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre malienne de la Culture, poursuit son analyse des relations entre l'Afrique et l'Occident. Cet ouvrage, échange épistolaire entre les deux intellectuels, revient sur la récente intervention française au Mali, mais également en Côte d'Ivoire et en Lybie, pour développer leurs points de vue sur la politique française en Afrique : "l'exception française, c'est ce refus de décoloniser". 
 
Mais les auteurs dressent également un portrait sans concession de leurs compatriotes africains dont la volonté d'indépendance, politique comme intellectuelle, leurs fairait trop défaut. 
 
Trop peu de voix africaines libres comme celle de Boubacar Boris Diop parviennent à nos oreilles. La sienne invite à un dialogue sincère entre nos peuples.

http://www.mollat.com/rendez-vous/boubacar_boris_diop-65177235.html